Et pourtant, tout le monde sait ce qu'il faut faire…

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Il n’existe aucune réponse simple à un problème complexe, mais il apparaît de plus en plus clairement que la progression inexorable du désordre est engendrée par la multiplication des structures, un morcellement des compétences et une paperasserie étouffante.

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Par Baudouin Dubuisson
Administrateur de sociétés

L’approche des élections nous amène à réfléchir à ce que nous proposent les partis. Le Bureau du Plan s’est livré à un exercice des plus instructifs en chiffrant les programmes en présence. Le résultat est désolant. Aucun ne respecte les engagements belges ni en matière de déficit public, ni en matière de réduction de CO2; rien en matière de simplification, que du contraire: plusieurs centaines de nouvelles mesures, le tout débouchant sur une aggravation du déficit…

Les défis sont connus, notamment le réchauffement climatique et les inégalités, mais les solutions sont contradictoires.
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Faut-il alors s’étonner si, de manifestation des gilets jaunes en marche pour le climat, le gouffre qui sépare les élus de l’électorat va grandissant ? Les défis sont connus, notamment le réchauffement climatique et les inégalités, mais les solutions sont contradictoires: les taxes environnementales sont souvent antisociales, la création d’emplois favorise la précarité, le système économique creuse les inégalités, l’augmentation salariale favorise la croissance mais handicape la compétitivité et dope la pollution, l’immigration explose malgré le recul de la pauvreté dans le monde, l’abandon du nucléaire accroît les émissions de gaz carbonique.

L’inertie prévaut

Chaque citoyen sait ce qu’il faut faire mais chaque élément de solution d’un problème en aggrave un autre. Plus aucune proposition ne dispose d’une majorité, tout le monde est mécontent et rien n’avance. L’inertie prévaut sauf en cas d’urgence extrême: le budget ne permet pas de consacrer les milliards nécessaires au sauvetage de la planète, mais ceux-ci sont sur la table pour sauver le système bancaire. Des partis politiques aux mutuelles, des syndicats aux fédérations patronales, plus aucune structure intermédiaire ne parvient à synthétiser les préoccupations d’un électorat de plus en plus morcelé.

A tous les niveaux les structures se multiplient.
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Il n’existe aucune réponse simple à un problème complexe, mais il apparaît de plus en plus clairement que la progression inexorable du désordre est engendrée par la multiplication des structures, un morcellement des compétences et une paperasserie étouffante. À tous les niveaux les structures se multiplient: on crée les régions sans supprimer les provinces, trois nouvelles provinces quand on scinde le Brabant, une kyrielle d’ASBL en dessous des communes et des intercommunales au-dessus. Les temps changent, certains problèmes disparaissent ou changent de nature mais trop souvent les structures survivent et finissent par lutter pour leur propre existence comme Fost + qui refuse la consignation des cannettes et des bouteilles en plastique qui lui ferait perdre de précieuses recettes.

La multiplicité des structures entraîne évidemment des conflits de compétences et là, tout se corse: la santé publique est fédérale mais la prévention est communautaire, les aéroports sont régionaux mais le contrôle aérien est fédéral, la mobilité est à la fois nationale et régionale etc. Le tout sans hiérarchie des normes. Et quand l’Europe s’en mêle, c’est pour s’occuper depuis Bruxelles de pistes cyclables en Baie de Somme ou d’aménagements urbains à Bratislava; pour faire traiter des problèmes locaux par des services centraux.

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A force de voir les choses se compliquer les gens ne comprennent plus ce qu’on leur demande.
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Bien entendu, une fois les structures en place, nous sommes abreuvés de procédures administratives pour standardiser des situations qui ne sont pas standardisables et qui nécessitent sans cesse de nouvelles exceptions. A force de voir les choses se compliquer les gens ne comprennent plus ce qu’on leur demande: les déclarations fiscales nécessitent l’assistance d’un spécialiste, les dossiers de subsides celle de consultants. Le comble est atteint lorsque ces procédures bloquent carrément des actions ô combien nécessaires comme quand les règles européennes de comptabilité entravent les investissements publics dans l’isolation du parc immobilier public. Toujours cette priorité du court terme qui compromet le long terme.


Gérer la complexité

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Les idées ne manquent pourtant pas qui pourraient rassembler une majorité: taxer les héritages dans le pays des héritiers plutôt que dans celui du défunt, taxer le carburant des avions et des bateaux, réduire la fiscalité des bas revenus pour accroître la différence avec les demandeurs d’emploi, isoler les bâtiments publics, taxer les GAFA, remplacer les subsides aux entreprises par une réduction du taux de l’impôt des sociétés… Peine perdue, il y a toujours une règle, un niveau de pouvoir, un conflit de compétence ou une priorité à court terme qui bloque la décision.

Gérer la complexité suppose une vision globale et à long terme perdue depuis longtemps par les partis.
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Alors, que faire? Gérer la complexité suppose une vision globale et à long terme perdue depuis longtemps par les partis. Les vraies solutions, les solutions simples demandent du temps et le sens des priorités. S’il n’y avait qu’une seule mesure à prendre, elle devrait viser à améliorer cette vision; elle pourrait prendre la forme d’un Sénat réunissant nos anciens ministres. Un Sénat stable, réduit quantitativement mais renforcé par la cooptation de quelques personnalités de la société civile, assisté par le Bureau du Plan et les conseils de la Banque Nationale, pour guider utilement notre pays sur les chemins de la simplification et de l’avenir. Ce Sénat retrouverait lui-même une raison d’être. Est-ce trop demander?

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