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Et si la relance passait par le déconfinement de l'espace public?

©Photo News

Il faut aussi concevoir les plans de mobilité du déconfinement. Adapter l’espace public au rythme des mesures sanitaires et économiques devrait devenir une priorité urgente pour tous les ministres et échevins responsables.

Des bacs à fleurs entre trois squares à Cureghem offrent désormais un peu de souffle aux habitants de la commune d’Anderlecht. Pendant cette crise du Coronavirus, les riverains profitent ainsi d’espace supplémentaire pour prendre de l’air, tout en respectant les distances d’hygiène. Trois initiatives urbanistiques temporaires ont également été implémentées à Bruxelles, dont deux au sud de la ville qui dispose de davantage d’espaces verts accessibles. Mais la méthode se propage vite: au total, sept communes bruxelloises tirent les mêmes conclusions des recommandations hygiéniques de l’OMS. La ville de Bruxelles compte transformer l'intérieur du petit ring en zone résidentielle.

Ces initiatives ponctuelles montrent ce qui est possible. Mais dans une ville de plus de 1,2 million d’habitants, les modifications peuvent paraître insignifiantes. Pour répondre à la situation actuelle, il faut une nouvelle répartition de l’espace public. Alors que le confinement rend les conséquences de l’inégalité sociale plus visibles, un urbanisme intelligent peut amortir certains aspects de ce développement.

Il est déjà indiqué de regarder au-delà de la phase actuelle. Il faut aussi concevoir les plans de mobilité du déconfinement. Adapter l’espace public au rythme des mesures sanitaires et économiques devrait devenir une priorité urgente pour tous les ministres et échevins responsables.

Trois arguments pour changer nos rues

La santé donne l’argument le plus important en faveur de ces mesures. Pendant le confinement, tout le monde doit sortir de chez soi pour faire des courses. Et tout le monde devrait avoir la possibilité d’exercer une activité physique pour garder la santé et le moral. L’envie de sortir va être plus difficile à contenir avec l’arrivée des beaux jours. La plupart des trottoirs bruxellois sont déjà trop étroits pour respecter la distance obligatoire entre deux personnes, sans parler de poussettes ou des chaises roulantes. À cela s’ajoute une nouvelle fonction au trottoir: il sert d’espace d’attente pour les clients des commerces ouverts. Devons-nous choisir entre le risque d’infection et le risque d’accident, si l’on marche sur la rue?

"Si les utilisateurs des transports en communs misent sur leur voiture " virus-proof ", les rues seront monopolisées par des bouchons."
Sindy Kinard, Annekatrien Verdickt et Malte Arhelger
Colectifs Filter Café Filtré & Critical Mass

Un deuxième argument est l’aspect social. Ces semaines de confinement créent, pour beaucoup de personnes, de l’ennui, de la solitude, ou bien des tensions dans le couple. Les logements à Bruxelles et dans d’autres villes belges sont souvent surpeuplés, parfois en mauvais état et souvent sans jardin. Ces circonstances sociales précaires amplifient les risques: l’ennui peut se transformer en dépression, la tension en violence domestique. Le manque d’espace et de jardins doit être compensé par une offre publique. Une gestion répressive du confinement augmente la pression de vouloir contourner le règles, de sortir pour voir les amis.  

Finalement, la question de la mobilité. Projetons-nous dans un futur proche tant attendu. Le déconfinement commencera, les employés regagneront leurs bureaux dans les centres-ville. Le risque de transmission a créé une méfiance profonde par rapport au transport en commun. Si les utilisateurs des transports en commun misent sur leur voiture "virus-proof", les rues seront monopolisées par des bouchons. Le risque de transmission sur les trottoirs et les pistes cyclables augmenterait en même temps que la vie urbaine deviendra insupportable. 

Des exemples venus d’ailleurs

D’autres villes européennes montrent qu’il ne faudra pas en arriver là. La ville de Bogotá en Colombie est un pionnier en la matière. Mais il suffit d’apprendre chez nos voisins européens. Berlin a non seulement créé de nouvelles larges pistes cyclables, mais aussi un guide technique pour leur mise en place. Le gouvernement français a demandé à son Club des villes et territoires cyclables de préparer un plan vélo pour le déconfinement. Paris, Lyon et Montpellier dessinent déjà de nouveaux réseaux cyclables.

Pour la période de confinement, il faut d’abord que la Région et les communes créent des conditions qui permettent à tout le monde de circuler à pied et à vélo en toute sécurité: des trottoirs élargis, des pistes cyclables confortables, ainsi que des zones résidentielles où les piétons sont prioritaires sur l’entièreté de la chaussée. La priorité serait aux quartiers les plus denses en manque d’espaces verts. 

Pour la période de déconfinement, des mesures plus avancées seront nécessaires. Un trajet de travail demande un réseau de pistes cyclables performant et sans faille en utilisant les pistes existantes et en créant de nouvelles pistes temporaires. Les navetteurs de l’extérieur des villes comme Bruxelles auront besoin de dispositifs "Park&Bike" attractifs auprès des parkings périphériques, existants et temporaires. Les systèmes de partage de vélos devront être adaptés. La protection de la santé des employés devrait devenir une préoccupation commune.

Les semaines passées ont montré une chose: quand c’est nécessaire, nous pouvons changer nos vies et nos habitudes de manière fondamentale. Si nous faisons face aux défis du déconfinement avec ce même niveau de détermination et de concentration, nous pouvons atteindre beaucoup.

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