Et si on impliquait davantage les entreprises dans l'enseignement?

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Au début de cette nouvelle année scolaire, le chômage des jeunes en Belgique est de 14,8% alors que notre économie a un taux de vacance de 3,4%. En d’autres termes, il existe un fossé entre les connaissances que nous apprenons par l’éducation et les compétences dont les entreprises ont besoin aujourd’hui. Si nous voulons combler cet écart, nous devons impliquer davantage les entreprises dans la conception de notre éducation. La formation en alternance est un bon pas en avant, mais elle doit devenir plus attractive pour les entreprises, l’éducation et surtout les jeunes et leurs parents.

La Communauté flamande a lancé le 1er septembre la formation en alternance dans l’enseignement secondaire après trois années d’essais sur le terrain et la Communauté française, après la réforme de 2015, prend à nouveau l’initiative de mettre en œuvre une réforme en profondeur. Cependant, pour l’instant, il n’est pas évident qu’un jeune puisse, après une formation en alternance dans l’enseignement secondaire, maintenir ce type d’apprentissage dans l’enseignement supérieur. Cela limite donc les options pour des études ultérieures — pas nécessairement une perspective attrayante pour les parents et les jeunes.

Nico Reeskens

Président du Global Apprenticeship Network (GAN) Belgique et Country Manager de The Adecco Group Belgique

La formation en alternance ne deviendra un véritable parcours d’apprentissage dans notre paysage éducatif que si elle stimule de cette manière la poursuite des études après l’école secondaire. C’est pourquoi il est important de considérer les entreprises comme des prestataires de formation égaux. Par exemple, l’apprenant peut se recycler sans avoir à quitter le marché du travail pendant une longue période, et les entreprises peuvent s’engager davantage en faveur de possibilités d’apprentissage supplémentaires dans l’environnement professionnel. Cela rend également l’apprentissage en alternance intéressant pour un salarié ou un chômeur.

La Belgique a un besoin urgent d’établir une coopération durable entre l’éducation et notre marché du travail. Les Communautés flamande et française prennent actuellement de bonnes initiatives pour mettre en œuvre la formation en alternance dans l’enseignement supérieur et l’éducation des adultes, mais il faut un cadre qui stimule et surtout structure la co-création entre les deux acteurs. Prenons la Suisse. Les spécialistes du marché du travail et de l’éducation y conçoivent conjointement le programme d’études par l’intermédiaire de ce qu’on appelle les "conseils des compétences". C’est l’industrie, et non l’éducation, qui mène la danse. C’est là que réside la clé du succès. L’éducation est responsable du contenu. En mettant l’accent sur un dialogue structurel entre l’éducation et le marché du travail, il est facile de répondre à l’évolution des besoins, dans tous les secteurs.

Coopération entre l’éducation et le marché du travail

Le développement d’une telle coopération entre l’éducation et le marché du travail n’est possible que si la formation en alternance est suffisamment attractive pour nos entreprises.

Cela exige une reconnaissance et un bon déroulement au quotidien. Surtout dans le paysage belge des PME. La reconnaissance peut prendre la forme d’un financement pour la contribution apportée par les différentes parties concernées. Il est possible d’assurer le bon déroulement quotidien en soulageant autant que possible les parties concernées de la charge administrative. Pensons, par exemple, à des systèmes numériques qui facilitent la communication entre le monde professionnel, l’éducation et les apprenants.

La Communauté flamande et la Communauté française ont toutes deux besoin d’une agence unique pour la formation en alternance qui soutient les élèves, les enseignants, les prestataires de formation, les entreprises etc.

La formation en alternance à tous les niveaux d’enseignement, la co-création, le renouvellement du financement et la numérisation sont des défis qui ne peuvent être relevés qu’au moyen d’une politique efficace. La Communauté flamande et la Communauté française ont toutes deux besoin d’une agence unique pour la formation en alternance qui soutient les élèves, les étudiants, les enseignants, les prestataires de formation, les entreprises, les mentors, les hautes écoles et les universités à tous les niveaux de l’enseignement.

Une agence pour la formation en alternance

Aujourd’hui, les compétences en matière de formation en alternance sont encore trop réparties entre plusieurs agences et départements. Une agence pour la formation en alternance par communauté assurerait une unité dans la vision. Mais elle assurerait également l’unité dans l’organisation et la coordination avec un point de contact clair pour tous les partenaires dans le paysage de la formation et du marché du travail.

Ce n’est qu’en tenant compte de tous ces ingrédients que nous pourrons faire de la formation en alternance un parcours de formation dans lequel chaque élève, étudiant, employé, chômeur intéressé pourra combiner l’apprentissage dans une entreprise avec l’apprentissage chez un prestataire de formation à tout moment de sa carrière. Laissons la technologie fournir un soutien maximal et nommons un organisme directeur. Ce n’est que si les autorités flamandes et francophones prennent ces mesures que nous pourrons combler l’écart entre le chômage des jeunes et le taux de vacance.

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