carte blanche

Et si Trump avait raison?

Baudouin Dubuisson

Aujourd’hui la dette mondiale est une véritable épée de Damoclès suspendue au-dessus de l’économie mondiale. Seule une marche arrière peut la sauver de la catastrophe. Cette marche arrière implique un rééquilibrage commercial. Le président des Etats-Unis l’a compris. Il n’a certes pas agi avec élégance en engageant des mesures protectionnistes mais il semble difficile de lui donner tort sur le fond.

Par Baudouin Dubuisson
Administrateur de sociétés

Le protectionisme est de retour! Comment en être surpris? C’était écrit dans les astres. Si la dette mondiale est aujourd’hui la principale menace qui pèse sur l’économie, elle n’est jamais que la conséquence directe d’un libre échange qui fait toujours gagner les mêmes et creuse les déficits à l’extrême.

Depuis 1971, quand Richard Nixon a renoncé à la convertibilité du dollar, l’économie mondiale fonctionne à crédit.

Depuis 1971, quand Richard Nixon, confronté à l’irrémédiable diminution des réserves d’or de Fort Knox, a renoncé à la convertibilité du dollar l’économie mondiale fonctionne à crédit.

Jusqu’alors celle-ci bénéficiait d’un stabilisateur monétaire: un pays qui accusait une déficit commercial structurel se voyait contraint de dévaluer sa monnaie pour retrouver une certaine compétitivité, relancer son industrie et retrouver l’équilibre. Tous les pays du globe terrestre étaient logés à la même enseigne, tous sauf un: les Etats-Unis.

Ce stabilisateur avait pourtant une faille, une faille que l’économiste belge Robert Triffin avait mise en évidence au sortir des négociations de Bretton Woods : le développement de l’économie mondiale avait besoin d’un accroissement parallèle de la masse monétaire.

Le ver était dans le fruit

©AFP

Le dollar étant la monnaie internationale par excellence, l’augmentation de la masse de dollars en circulation hors Etats-Unis était indispensable. Et comme c’est le déficit commercial américain qui permet de faire sortir les dollars des Etats-Unis, croissance mondiale et déficit américain étaient indissolublement liés! Une situation qui ne pouvait durer éternellement. Le ver était déjà dans le fruit: tôt ou tard le déficit américain devait franchir un seuil et les réserves or s’épuiser…

Après 1971, avec l’inconvertibilité de la monnaie américaine, c’est donc le stabilisateur "naturel" de l’économie mondiale qui a disparu. Plus moyen d’utiliser la monnaie nationale pour remettre une économie nationale sur les rails en rétablissant la balance commerciale. Seul l’endettement permettait de reporter les mesures impopulaires.

Car même si le sujet fait encore parfois l’objet de débats, un pays en déficit commercial arrive rarement à équilibrer son budget et se condamne à emprunter. Un pays ne pouvant pas faire faillite, les banques, elles-mêmes poussées dans le dos par les règles dites "prudentielles" se sont donc pressées au portillon pour faire crédit et pousser à l’extrême l’endettement.

Le crédit permettait de maintenir le niveau de vie et de sauver les résultats électoraux à venir… En d’autres termes, l’économie mondiale a vécu à crédit.

Après 2007, les banques centrales ont encore appuyé sur le champignon pour relancer une économie qui avait pourtant trouvé un rythme de croisière aux alentours de 1,5%. Les pays déficitaires endettés et le secteur bancaire ont d’autant plus fait cause commune pour utiliser cette manne tombée du ciel que la concurrence mondiale et les prix du pétrole tiraient les prix, l’inflation et donc les taux d’intérêt vers le bas.

L’économie va ralentir

Aujourd’hui la dette mondiale est une véritable épée de Damoclès suspendue au-dessus de l’économie mondiale. Seule une marche arrière peut la sauver de la catastrophe. Cette marche arrière implique un rééquilibrage commercial.

Le président des Etats-Unis l’a compris en constatant que les marchés rechignaient à avaler les bons du trésor américain et que le principal détenteur de sa dette était aussi son principal concurrent dans la course à la domination du monde.

Il n’a certes pas agi avec élégance, s’est certainement trompé sur la méthode, mais il semble difficile de lui donner tort sur le fond.

L’économie va ralentir, les pays exportateurs seront les plus touchés, mais n’était-ce pas dans la logique des choses?

L’économie va ralentir, les pays exportateurs seront les plus touchés, mais n’était-ce pas dans la logique des choses?

En prenant l’initiative, certes maladroitement, Donald Trump nous permettra peut-être de contrôler le cours des événements plutôt que nous réveiller un matin devant un cataclysme aussi inattendu qu’incontrôlable?

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