chronique

Face à l'incertitude, les entrepreneurs montrent la voie

Les entrepreneurs sont souvent vus comme des super héros. Mais dans cette crise, beaucoup d'entre euxs ne rentrent pas forcément dans cette case. Une question se pose donc : comment sont-ils passés à l’action malgré l’incertitude?

Alors que la crise sanitaire du covid-19 immobilise une grande partie de nos communautés, nous sommes témoins du foisonnement d’initiatives citoyennes et entrepreneuriales. Certains, comme les habitués des FabLabs, ont déjà acquis la marche à suivre: guidés par un but commun, et sur base des ressources déjà à leur disposition, ils créent un patchwork parfois improbable pour répondre aux besoins du corps médical. À Namur, le réseau du TRAKK imprime en 3D les masques de protection si recherchés. À Louvain-la-Neuve, l’OpenHub développe en un temps record un nouveau type de ventilateur, aujourd’hui livré dans les hôpitaux belges.

Anaïs Angelucci et Julie Hermans 

Respectivement doctorante en entrepreneuriat (UCLouvain) & Professeure en entrepreneuriat (UCLouvain) 

Néanmoins, un grand nombre d’initiatives sont portées par des citoyens qui se "découvrent" entrepreneurs. D’autres, comme les étudiants-entrepreneurs, doivent remettre en question la démarche traditionnelle apprise dans les écoles de gestion. Au diable les analyses de marché, faisons fi des calculs de retour sur investissement et des business plans! Alors, quelle "marche à suivre" dans cette période d’incertitude?

Une cape rouge et des super pouvoirs?

Les entrepreneurs sont souvent vus comme des super héros tout droits sortis des films de Marvel: charismatiques, visionnaires et intelligents, ayant le gout du risque et des affaires. Dans cette crise, les entrepreneurs, makers, mères de famille ou étudiants ne rentrent pas forcément dans cette case. Une question se pose donc: comment sont-ils passés à l’action malgré l’incertitude.

Les étudiants-entrepreneurs démontrent qu’un passage rapide à l’action est fondamental. Contrairement à ceux qui restent des heures confinés à réfléchir à un plan d’action sans faille, ils ont rapidement lancé une plateforme d’entraide en soutien aux restaurateurs. Ils ont mobilisé les trois ressources dont ils disposaient déjà: leur personnalité qui a été interpellée par les conséquences de la crise, leurs compétences notamment de l’utilisation des réseaux sociaux mais aussi leur réseau de contacts pour créer une communauté.

Les entrepreneurs de crise vont donc davantage s’intéresser aux moyens déjà à leur disposition. En début de projet, seules comptent leur motivation, leurs compétences et la "perte acceptable" à savoir le temps et les ressources que nous sommes prêts à mettre au service du projet, sans vraiment savoir ce que nous en aurons en retour. Ainsi, les particuliers créateurs de masque décident du temps (pour certains 1 heure par jour et pour d’autres 5 heures) mais aussi du budget de tissu et de plastique qu’ils sont prêts à consacrer à cette activité. Cette logique de" perte acceptable "fonctionne dans un contexte d’incertitude où il est plus facile d’estimer les coûts que les gains futurs.

La tempête qui frappe

"Nos écoles et universités devront tirer leçon de cette crise."

Plutôt que de regarder par le hublot la tempête qui frappe les quatre coins du monde, les entrepreneurs de crise vont chercher à regagner un peu de contrôle sur leur environnement. Pour passer à l’action, il n’est pas indispensable d’imaginer le résultat final. Tel un patchwork, leur projet s’est développé au fur et à mesure que de nouvelles parties prenantes se sont ralliées à leur cockpit. Ainsi, la mère de famille qui a commencé à coudre pour protéger ses enfants se voit aujourd’hui le faire pour les aides-soignantes en manque de matériel médical et animer ne plateforme d’échanges entre créateurs de masques et utilisateurs.

Nos écoles et universités devront tirer leçon de cette crise. Nos programmes, principalement en science de gestion, accordent une place centrale à la gestion des risques – prévisibles, analysables, maitrisables – mais qu’en est – il de l’agir en incertitude? Comment amener nos étudiants à alterner les temps d’analyse et de mise en œuvre? Nous pouvons nous imprégner des initiatives de ces entrepreneurs de crise. Au travers de leurs yeux, l’incertitude est source de liberté. Elle nous rappelle que rien n’est écrit à l’avance et que tout reste à faire, notamment en support des vrais héros de la crise: ceux qui œuvrent auprès de nos malades et ceux qui permettent à la population de rester à domicile et à créer de nouveaux projets. 

À l’heure où nous vous écrivons ces lignes, demain n’existe pas encore. Alors à nous de jouer.

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