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Faire de l’entreprise un sanctuaire dans l’ère post-corona

L'entreprise doit se transformer en "sanctuaire" pour entrer dans un nouveau mode de travail et une nouvelle économie. Il s'agit d'un point d'entrée et non d'un scénario de sortie de la crise du coronavirus.

Maintenant que la campagne de vaccination a atteint sa vitesse de croisière et que nous sommes confrontés à une période post-Corona, de nombreux chefs d'entreprise se demandent comment ils vont organiser leur travail désormais. Ceux qui dirigent des organisations de services (pensez aux communes, par exemple) se posent également la question. Selon des chiffres récents de Statbel, 42% des habitants de notre pays travaillent dans le secteur des services commerciaux et 37% dans le secteur à but non lucratif. La majorité d'entre eux sont dorénavant obligés de travailler à domicile. Et ensuite? S'il y a une chose qui doit être certaine, c'est que nous ne voulons pas revenir à nos anciennes habitudes professionnelles. Nous allons profiter de cette crise du coronavirus pour changer, n'est-ce pas? Et quelle est la meilleure approche ?

Former avant tout les managers

Le secteur des services au sens large est confronté à un défi littéralement révolutionnaire. La conception d'un nouveau concept de travail doit se fonder sur le sens de la mission de l'entreprise. Pour une bonne compréhension, le terme "entreprise" désigne ici aussi bien les entreprises à but lucratif que celles à but non lucratif. En d'autres termes: que représente l'entreprise, à part les budgets et les chiffres?

Un "sanctuaire" où nous pouvons nous abriter de toutes sortes de crises, qu'elles soient sanitaires, sécuritaires, de pénurie ou économiques.

 L'issue pour travailler différemment est en premier lieu conceptuelle et commence donc par la question: que ou qui voulons-nous être en tant qu'entreprise? Une question simple avec de nombreuses réponses complexes. Et si nous voulons toujours une réponse simple, il nous suffit de concevoir un "sanctuaire" pour nos collaborateurs, nos clients et nos partenaires. Un "sanctuaire" où nous pouvons nous abriter de toutes sortes de crises, qu'elles soient sanitaires, sécuritaires, de pénurie ou économiques. Un environnement qui nous permet de nous adapter avec souplesse aux circonstances changeantes.

Kris Poté. ©CSquare

Le point de départ doit résider dans le fait que nous pouvons travailler de n'importe où et que nous le faisons en dialoguant avec nos collègues et nos clients. Il existe suffisamment d'applications collaboratives sur le marché pour que cela puisse se mettre en place très rapidement. D'ailleurs, lorsque nous travaillons à domicile, nous utilisons tous déjà des applications collaboratives qui nous permettent non seulement de mener des réunions vidéo, mais aussi de traiter ensemble les schémas de travail et les documents. Bien sûr, il faut créer les conditions pour rendre le travail à distance durable: les adaptations du cadre juridique et l'optimisation de l'infrastructure à distance coulent de source. Le grand défi sera la confiance. Le management est généralement habitué à avoir des collaborateurs dans son champ de vision. Ce temps est révolu. Plus que les collaborateurs, c'est le management qui devra y être formé, ne sous-estimez pas cette démarche.

Confortable comme à la maison

Le bureau doit-il disparaître? Non, un "sanctuaire" est aussi un lieu de rencontre physique. Les contacts sociaux au travail favorisent la co-création et l'innovation. Des recherches menées par l'université du Michigan (États-Unis) montrent que les contacts sociaux améliorent les performances professionnelles. Le psychologue Oscar Ybarra va plus loin dans ses études: papoter devant la machine à café est même un excellent entraînement de la mémoire pour les activités relatives au travail. Réservez donc le bureau pour les réunions, les séances de collaboration et les rencontres informelles. Réorganisez aussi le bureau. Réduisez le nombre de postes de travail et augmentez le nombre de salons, de cuisines et de coins repas. Confortable comme à la maison, mais entouré de collègues. Pas tous les jours, mais à des heures fixes et en combinaison avec le travail à distance, à domicile ou ailleurs.

Et les plus de 300.000 voitures de société (chiffres Febiac) doivent-elles être mises au rebut dans le cadre du concept de "sanctuaire"? Non, également. Mais il y a des conditions. La combinaison du travail à distance et des réunions au bureau conduira à un modèle hybride dans lequel nous ferons également la navette différemment. Non plus pendant les pics de trafic classiques, mais de façon beaucoup plus étalée au fil des jours et des heures. Cela réduira certainement les embouteillages et le stress. Ajoutez à cela la pollution causée par les émissions de CO². En 2020, le tableau de bord environnemental de nombreuses entreprises a montré une diminution de plus de 50 % des émissions de CO². Pas étonnant, car les voitures de société étaient garées devant la porte. Nous ne devons pas manquer l'occasion de maintenir les émissions de CO² des voitures de société à ce faible niveau, voire à un niveau inférieur. L'électrification de la flotte de l'entreprise est une nécessité, n'hésitez pas. Si nous ne décidons pas nous-mêmes, le gouvernement le fera pour nous. Le ministre des Finances Van Peteghem l'a récemment annoncé.

Un sanctuaire est un écosystème avec tout un arrière-pays, où les gens commercent, négocient, se rencontrent, font la fête et se découvrent.

Le concept de "sanctuaire" est une approche axée sur les personnes pour entrer dans un nouveau mode de travail et une nouvelle économie. Il s'agit d'un point d'entrée et non d'un scénario de sortie de la crise du coronavirus. Un sanctuaire est un écosystème avec tout un arrière-pays, où les gens commercent, négocient, se rencontrent, font la fête et se découvrent. Si ce n'est pas une excellente perspective pour trouver le bonheur au travail, après la plus grande crise sanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale...

Par Kris Poté, vice president Capgemini

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