Greta Thunberg, docteur honoris causa: mais qui s'égare?

Greta Thunberg ©EPA

La décision de l’Université de Mons d’attribuer à Greta Thunberg un doctorat honoris causa est pleinement justifiée. Greta Thunberg œuvre à la prise de conscience des dangers imminents qu’encourt l’humanité.

Par Philippe Dubois
Recteur de l'UMONS

L’"égarement des esprits": c’est, selon les auteurs d’une carte blanche publiée dans "L’Echo", ce dont témoigne la décision de l’Université de Mons d’attribuer à Greta Thunberg un doctorat honoris causa. L’institution montoise, prise au piège d’un certain catastrophisme ambiant, aurait-elle donc perdu les sens? C’est ce qu’insinuent ses détracteurs.

Comme toutes les universités, l’UMONS est profondément attachée à l’excellence. Elle le montre notamment par le haut niveau de sa recherche, dont la productivité mais aussi la grande qualité de ses équipes scientifiques, est internationalement reconnue. À l’UMONS, l’excellence se vit. Elle se célèbre aussi. C’est ainsi que depuis longtemps, les composantes initiales de l’actuelle université (la FPMs et l’UMH) ont initié en terres hainuyères la tradition d’honorer, par la délivrance de doctorats honoris causa (DHC), des chercheurs de haut vol pour l’excellence scientifique de leurs travaux.

Dynamiques sociétales

Mais, en tant qu’observatoire actif des évolutions du monde où elle se meut, l’Université cultive aussi un contact étroit avec les dynamiques sociétales. C’est ce qui l’amène à honorer, hors du champ de la recherche, des personnalités de premier plan pour l’exemplarité de leurs actions.

C’est ainsi que le Roi Baudouin, les frères Dardenne, Edwy Plenel ou encore Adamo et Yolande Moreau ont, durant les dernières décennies, été tour à tour honorés par l’UMONS. Et que dans d’autres institutions belges, des CEO, des peintres, des navigateurs, des cinéastes, des musiciens, des dirigeants de parc animalier ont justement été mis en avant.

©EPA

Dans la ligne de son plan d’action "Horizon 2030", centré sur le développement durable, l’UMONS, via son Conseil Académique et sur la base de propositions émises par son Conseil du Développement Durable (où siègent les étudiants), a voulu mettre à l’honneur trois personnes qui, dans des approches très différentes et par des voies d’une grande diversité ont toutes contribué à l’éveil des consciences à l’urgence d’un traitement citoyen des problématiques climatiques.

Nicholas Stern, d’abord, un économiste britannique ancien vice-président de la Banque mondiale et auteur du célèbre "rapport Stern" sur l’économie du changement climatique. Un journaliste un temps devenu ministre: Nicolas Hulot, qu’on ne présente plus. Et enfin, Greta Thunberg.

Droiture et discours dépouillé

Ce que l’UMONS a vu en elle, au contraire de ses détracteurs, c’est la limpidité, la fermeté et la droiture de son discours dépouillé, en pleine cohérence avec ses actions. C’est aussi l’espoir qu’elle inspire et la force qu’insuffle son exemple à quantité de jeunes de tous pays.

Ce que l’UMONS a vu en elle, au contraire de ses détracteurs, c’est la limpidité, la fermeté et la droiture de son discours dépouillé, en pleine cohérence avec ses actions. C’est aussi l’espoir qu’elle inspire et la force qu’insuffle son exemple à quantité de jeunes de tous pays, y compris la Belgique, découvrant à leur manière ce que peut vouloir dire "politique", pendant qu’ailleurs, le désenchantement gagne et la démocratie s’essouffle. Et tout cela réuni dans un être si jeune.

Comme les deux autres futurs DHC de l’UMONS, Greta Thunberg œuvre à la prise de conscience des dangers imminents qu’encourt l’humanité. Eux le font en économie, dans les médias ou la politique; elle, par sa jeunesse militante et son inébranlable ténacité.

Amnesty International ne s’y est pas trompé en lui remettant récemment le Prix Ambassadeur de la conscience 2019, récompensant des personnes qui "ont fait progresser la cause des droits humains en se laissant guider par leur conscience, en se dressant contre les injustices et en faisant usage de leurs talents afin d’encourager d’autres personnes à agir".

Inqualifiable

Alors, où est l’égarement? Dans le geste original d’une Université citoyenne du monde qui sait reconnaître la valeur de la pensée divergente, même et surtout dans la jeunesse? Ou dans le biais de ceux qui disent entendre les scientifiques mais n’écoutent pas ce qu’ils préconisent? Voire dans une surdité résolue à la voix de la raison, qui amène nos détracteurs, manifestement à court d’arguments respectables, à brandir un "syndrome d’Asperger", dans leur esprit évidemment disqualifiant?

C’est à n’en pas douter leur raison qui s’égare ici dans l’inqualifiable.

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