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Halte aux "nouveaux inquisiteurs"

"Je mangeais des côtes d’agneau tranquillement lorsqu’un vegan m’a accosté et m’a traitée de nazie." Voilà comment la journaliste et essayiste française Natacha Polony s’est retrouvée confrontée à ce qu’elle appelle les "nouveaux inquisiteurs".

Celle qui vient d’être nommée directrice de la rédaction de l’hebdomadaire "Marianne" signe avec le journaliste économique Jean-Michel Quatrepoint un ouvrage en forme de coup de gueule où elle dénonce le "minoritarisme", c’est-à-dire la manière dont des associations radicales transforment des justes causes (véganisme, antiracisme, #MeToo, homophobie, islamophobie) en croisades, au nom de la lutte du bien contre le mal. "Ils véhiculent une représentation du monde peuplé de dominés et de dominants. Ceux qui ne sont pas de leur côté sont des salauds. Chacun est sommé de se positionner. Plus de place pour l’humour qui doit être strictement encadré."

Dans cette atmosphère empreinte de politiquement correct, de dénonciation et de repentance, le coupable par excellence est "l’homme blanc hétérosexuel de plus de 50 ans". Cette vague de "nouveaux bigots" nous viendrait des Etats-Unis. Leur radicalisme se rapporte à la conception anglo-saxonne de la vie en société où le rôle de l’État se limite à réguler le marché et où l’équilibre entre des intérêts privés aboutit nécessairement au bien commun. En Europe au contraire, il y a un espace public neutre où l’État représente les citoyens et garantit le bien commun.

D’après les deux journalistes, cette opposition construite du bien contre le mal nous sort du champ politique pour nous emmener tout droit dans le religieux. Le risque, c’est de déboucher sur une société fragmentée, à l’américaine, où le débat d’idées est confisqué par des intérêts particuliers. Sur les ondes de BFM, Natacha Polony s’est voulue plus explicite encore: "Je ne veux pas finir dans un monde où on ne peut plus manger une côte de bœuf, boire un verre de vin et où il faudra un tampon de la préfecture pour pouvoir draguer."

J-P.B.

"Délivrez-nous du bien", Natacha Polony et Jean-Michel Quatrepoint, éd. De l’Observatoire, 192 pages, 16 euros

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