carte blanche

Hervé Hasquin, itinéraire d'un anticonformiste

"Les bleus de la mémoire", Hervé Hasquin, éd. Absolute Books, 376 pages, 20 euros

La sortie des mémoires d’Hervé Hasquin, la semaine dernière, n’est pas passée inaperçue et certaines oreilles ont dû siffler, tant l’ancien politique et académicien se montre sévère à l’égard de certains pontes du MR.

Cependant, l’ouvrage ne traite pas uniquement des difficultés actuelles du MR. C’est aussi et surtout le récit du cheminement politique et philosophique d’un jeune homme issu de la petite bourgeoisie carolorégienne qui, à l’âge de quinze ans, a déclaré à sa mère qu’il n’irait plus à la messe, qui est entré en maçonnerie à vingt-huit ans et qui aujourd’hui affirme – à tort ou à raison, chacun jugera – que la laïcité devrait mieux tenir compte d’une société devenue diverse.

Fasciné par les personnalités d’André Renard et de François Perin, le jeune Hervé Hasquin se définissait comme un "fédéraliste de gauche", avant de co-fonder en 1976 le PRL, l’ancêtre du Mouvement réformateur. Anticonformiste, il le restera toujours.

Ayant eu un pied dans les deux sphères, l’académique et le politique, Hervé Hasquin a pu en mesurer les différences mais aussi les similitudes. "Le monde académique peut être gangrené de l’intérieur par des luttes d’intérêt qui n’ont rien à envier à celles de la politique. (…) Le ressentiment, la jalousie, l’ambition, les rivalités s’y expriment avec autant de violence, plus contenue et feutrée dans l’académique, plus frontale et franche en politique."

Certaines anecdotes valent leur pesant d’or. Comme cette désignation du nouveau président du PRL après le décès inopiné de Jean Gol en 1995. Le journaliste du Soir, Luc Delfosse, avait demandé à Hervé Hasquin qui était son favori, tout en promettant de ne pas le citer.

©Absolute Books

Quatre arguments plaidaient, selon lui, en faveur de Louis Michel. Quelle ne fut pas la surprise d’Hasquin de découvrir, le lendemain dans le journal, que sur base des mêmes quatre arguments, "tout ce que le parti compte de barons" appuyait Louis Michel. "J’avais été l’objet d’une étonnante manipulation. Louis Michel et Luc Delfosse m’avaient choisi comme cobaye. Du grand art!"

Avec Daniel Ducarme, son président de parti, Hasquin entretenait "une amitié virile", synonyme d’échanges acerbes.

"Son acharnement à vouloir que je remette en cause les accords de majorité était impressionnant. Son rêve? Pouvoir intervenir. Jouer au pacificateur. Sa déception fut sans doute immense. Les problèmes, il m’appartenait de les régler. Cela faisait partie du job de ministre-président." Les deux hommes se sont serré la main une dernière fois en 2009. La famille de Daniel Ducarme fit néanmoins savoir en août 2010, par une tierce personne, qu’elle ne souhaitait pas la présence d’Hasquin aux funérailles.

Les rapports étaient plus conviviaux avec son ministre de l’enseignement, Richard Miller, philosophe de son état et ancien trotskiste. Encore que… "En 1982, j’avais retrouvé au siège du parti cet ancien étudiant. Il finit par passer aux aveux… À la fin des années septante, il avait été l’initiateur d’un slogan à succès. Barbouillé de préférence dans les toilettes: "Hasquin requin"!"

J-P.B.

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