carte blanche

Il en va de l'énergie comme des masques...

D’ici quelques années, si rien ne change, nous ne serons plus capables de fournir l’énergie nécessaire à tous les Belges

Il en va de l’énergie comme des masques. Une production au petit bonheur la malchance. Il est temps de dire la vérité : d’ici quelques années, si rien ne change, nous ne serons plus capables de fournir l’énergie nécessaire à tous les Belges. Voilà, c’est dit. C’est écrit. Je ne pointe pas un coupable. Je ne tire sur personne. Je pose un constat. Sans fard, sans masque. 

Christophe De Beukelaer

Député bruxellois cdH

En juin 2003, j’avais 15 ans. La majorité arc-en-ciel votait la loi de sortie du nucléaire programmée pour 2025. Une sortie sans plan alternatif. Le péché originel. Comme la mauvaise gestion d’un stock. On crame, on détruit sans avoir prévu de remplacement(s). Oui bien sûr, des efforts ont été fournis. Dans le domaine de l’éolien par exemple. Quelques sprints ici et là. Mais clairement, le marathon de l’Energie n’a jamais eu lieu. Deux décennies pour pas grand-chose. Comme fournir des élastiques sans les filtres pour combattre une pandémie. 

Dans un melting-pot d’échéances électorales, de niveaux de pouvoirs et de compétences mal découpées, de Ministres qui se rejettent la patate chaude, d’affaires courantes, de pression des lobbies (une fois à gauche une fois à droite), d’un plan interfédéral sur la transition énergétique jamais exécuté, de méconnaissance du dossier par certains, d’erreurs de chiffres et surtout, dans un manque criant de courage politique, la Belgique a perdu la main de son avenir énergétique, et ce malgré les mises en garde des responsables et spécialistes du secteur. La saga sur le tarif prosumer wallon ou le jeu dangereux du CRM, ne sont que les derniers exemples en date d’imbroglios permanents. Les résultats sont bien visibles:

- En 17 ans, 17 % d’énergie renouvelable en Belgique. On est loin derrière les locomotives européennes.

- Un nombre croissant d’acteurs et d’experts ne croient plus en la sortie du nucléaire pour 2025.

- Sans changement de cap, nos importations d’électricité, qui s’élèvent à moins de 10% aujourd’hui, seront multipliées. Sans vraie coopération européenne, les Belges devront éteindre la lumière quand l’hiver sera trop rude dans le Sud de la France !

- Les cours du pétrole tombés si bas à cause de la crise, sans que l’Etat n’intervienne, est la pire des nouvelles pour la décarbonisation de notre énergie. Elle compromet le développement des énergies renouvelables et des alternatives qui leur sont complémentaires (stockage, gestion de la demande…).

- 70 % de la production de panneaux solaires est localisée en Chine, contre 15% il y a quinze ans. On n’a pas réussi à faire de ce secteur d’avenir un levier de développement économique. Une fois de plus, et cette fois dans le domaine du renouvelable, nous nous plaçons en situation de dépendance vis-à-vis de l’Asie !

Postures idéologiques et dogmes

Voilà pour le constat et le passé. La bonne nouvelle, c’est que cet échec n’est pas une fatalité. La crise du COVID-19 doit nous réveiller et nous servir de leçon pour qu’on reprenne notre avenir énergétique en mains : changer de cap et faire les choix qui garantissent demain une énergie suffisante, saine et abordable.

"La Belgique a perdu la main de son avenir énergétique, et ce malgré les mises en garde des responsables et spécialistes du secteur."
Christophe De Beukelaer
Député cdH au Parlement bruxellois

Le tout premier pas, est de sortir des postures idéologiques et des dogmes.

- Oui, le nucléaire a l’avantage de ne pas émettre (ou presque) de CO2, et après 40 ans d’expérience nucléaire en Belgique, la sécurité est maîtrisée et de grandes avancées ont été faites dans la gestion et la durée de vie des déchets. Dire ça, ce n’est pas être pro-nucléaire. C’est un fait.

- Oui, il va falloir moduler et réduire sa consommation d’énergie. Réduire, en isolant les bâtiments, en prenant moins l’avion, en roulant plus à vélo quand on en est capables. Moduler, en acceptant de consommer plus quand il y a du soleil ou du vent et un peu moins lors des pics de demandes en hiver. Dire ça, ce n’est pas être collapsologue. Des mécanismes existent pour nous aider. Le tarif bi-horaire jour/nuit qu’on utilise déjà, en est un exemple.

- Non, il n’y a pas une seule bonne source d’énergie. A chaque utilisation (domestique, industrielle…) correspond un mode de production d’énergie juste et pragmatique. On doit aller vers un mix diversifié et équilibré pour ne pas dépendre d’une seule technologie mais tirer le meilleur de chacune d’entre elles.

J’imagine déjà ceux qui me renverront des arguments partisans comme " Oui mais, en 2007, c’est le Ministre de ton parti a fait ceci alors qu’il aurait fallu faire cela. ". Je les écouterai, calmement. Et je leur répondrai qu’en 20 ans de gestion aucun parti n’est épargné et qu’au fond, le passé ne m’intéresse que très peu. La vérité c’est qu’il est midi moins une pour prendre de vraies décisions. Ces décisions devront dépasser, et de bien loin, les clivages pourris qui nous ont amenés dans cette impasse.

Bas les masques. Appel à toutes les bonnes volontés de ce pays. Jetez les microscopes, sortez les téléscopes (Guy Kawasaki). Il est n’est même plus moins une. Il est l’heure.

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