carte blanche

"Il faut supprimer la voiture de société" (Etienne De Callataÿ)

Pour l'économiste Etienne De Callataÿ, il est faux de dire que les voitures de société contribuent à réduire les émissions polluantes.

A propos des voitures des sociétés, on a pu lire récemment que "supprimer les voitures de société serait risqué en termes d’environnement". L'Echo relayait ainsi une étude de la société Acerta, active notamment dans la rémunération des employés. Selon cette étude, entre 2012 et 2019, l’émission moyenne de CO2 des voitures de société a diminué de 17%, passant de 143 grammes par kilomètre à 118 grammes, soit un niveau inférieur à celui de la moyenne des autres voitures du parc automobile belge. Acerta reprend aussi les chiffres de la Febiac pour 2017 : la voiture privée émettait en moyenne 119 grammes, contre 112 pour la voiture de société.

Lire aussi | Les voitures de société ont réduit leurs émissions de CO2 de 17% en sept ans
 
L’argument est simple : grâce aux voitures de société, on substituerait à de vieilles voitures très polluantes des véhicules moins polluants, de telle sorte que s’en prendre au système serait risqué pour l’environnement. Malheureusement pour ses propagandistes, le raisonnement ne tient pas … la route. Voici quatre contre-arguments. 

1. La voiture de société incite à rouler plus

Premièrement, le fait de disposer d’une voiture de société altère le comportement des individus. En effet, le coût marginal de l’usage de la voiture est fortement diminué, voire, avec la mise à disposition d’une carte essence, ramené à zéro. Il en résulte que la voiture de société incite à rouler plus de kilomètres, et parfois beaucoup plus de kilomètres. Et 20.000 km par an en émettant 112 grammes de CO2 par km, cela fait sacrément plus de CO2 émis que 10.000 km dans une voiture qui en émet 119 par km. Ce n’est pas que le bénéficiaire d’une voiture de société s’amuse à rouler parce que c’est gratuit, mais il peut se permettre d’habiter plus loin de son lieu de travail, de préférer la voiture au transport en commun, de ne pas trop calculer ses déplacements de loisir le week-end et de ne pas se soucier de co-voiturer.

2. Elle augmente la taille du parc automobile 

Deuxièmement, offrir au collaborateur une voiture de société ne fait pas disparaître celle dont, vraisemblablement – mais ce n’est pas toujours le cas –, il disposait. Cette dernière est revendue sur le marché de l’occasion, ici ou ailleurs. Les voitures de société contribuent donc à augmenter la taille du parc automobile. Dès lors, on ne substitue pas les 112 grammes de l’une aux 119 grammes de l’autre, mais on aurait plutôt tendance à les ajouter!

3. Son cycle de vie pollue aussi

Troisièmement, l’incidence environnementale néfaste de la voiture de société est à mesurer non seulement en regard de ses émissions lors de son usage, mais aussi au moment de sa construction et au moment de son retrait du marché, sur donc l’ensemble du cycle de vie. Sur une période de 10 ans, l’empreinte environnementale d’une voiture émettant 119 gr par km doit être moins grave que celle de deux voitures ayant chacune roulé 5 ans et ayant en moyenne émis 112 gr par km.

4. La mesure des émissions de CO2 n'est pas un indicateur fiable

Quatrièmement, la mesure en termes d’émissions officielles de CO2 est très partielle. Sans revenir sur le scandale des moteurs truqués ni sur celui de la complaisance dans les tests officiels, menés non dans des conditions réalistes, mais sur des prototypes spécialement manipulés pour les tests en question, il faut prendre en considération les circonstances d’utilisation. Un kilomètre dans un embouteillage le lundi matin n’a pas le même coût sociétal que le kilomètre du dimanche matin sur une route dégagée. Et la voiture de société est, logiquement, surreprésentée dans les embouteillages.
 
Longtemps, le régime fiscal hautement avantageux des voitures de société a été présenté comme le cadeau à faire au secteur automobile pour retenir sur notre territoire les nombreuses unités d’assemblage qui s’y trouvaient. Chacun jugera la pertinence de la justification! N’inventons pas une argumentation environnementale, celle-ci n’a absolument aucun sens.

Conclusion: il faut supprimer la voiture de société

Que faire alors ? La réponse n’est pas de mettre au point une modulation environnementale plus forte du régime des voitures de société ni de lui adjoindre des "cash for cars" et autres formules qui ne font qu’ajouter à la complexité administrative. La réponse est simple: supprimons le système, ne payons un salaire que sous forme de cash, et, avec la recette générée, investissons à la fois dans les transports en commun et dans une progressivité plus lente de la taxation du revenu du travail.

 
Un dernier mot. Aucun des pays auxquels il est sage de se comparer ne connaît une densité de voitures de société s’approchant, même de loin, de celle de la Belgique. Saurions-nous être les seuls à connaître la recette de ce qui est bon à la fois pour l’environnement et pour l’économie?

 

Lire également

Echo Connect