Il n'y a aucune raison pour que nous ne puissions pas aider toutes les Pia

Certains médicaments qui ont d’abord été reconnus par la FDA aux États-Unis (comme le Zolgensma de Pia), pourraient automatiquement obtenir une reconnaissance (temporaire) de l’Agence européenne des médicaments ou un accès temporaire sur le marché belge. ©Bloomberg

Il est réconfortant de voir qu’un million de Flamands sont prêts à contribuer de leur propre poche pour donner accès à un médicament potentiellement miraculeux à un bébé gravement malade.

L’histoire est particulièrement médiatique: d’un côté des parents désespérés qui font tout pour sauver leur enfant et qui, grâce à la solidarité populaire, y parviennent; et d’autre part un géant pharmaceutique qui ne semble penser qu’à la maximisation du profit en mettant sous pression la solidarité de notre sécu.

À juste titre, les experts se demandent si, à l’avenir, nous ne pourrons plus compter que sur des campagnes de financement par SMS pour sauver la prochaine Pia…

Des dépenses maîtrisées

Pour répondre à cette question délicate mais cruciale, nous devons d’abord mettre un certain nombre de choses en perspective. Malgré toutes les calamités et les "contrats secrets", la ministre De Block gère bien son budget pharmaceutique.

Au cours de la première année de son mandat (2015), les dépenses nettes se sont élevées à 4,217 milliards d’euros. Et selon les dernières estimations techniques de l’INAMI, durant la dernière année de son mandat (2019), nous dépenserons 4,492 milliards d’euros en médicaments. Cela représente donc une croissance de 6,5%, soit une moyenne de 1,5% par an, alors que l’inflation sur la même période était de 1,8% en moyenne par an.

Pourquoi ne pas répartir le coût des thérapies géniques uniques sur 5 à 10 ans via un système d’annuités? Ainsi, si la thérapie unique ne fonctionne pas après un certain temps, le paiement annualisé de l’Inami à l’entreprise peut être réduit ou même arrêté.

En clair, le budget pharmaceutique a diminué en termes réels. Le poids relatif des médicaments dans les dépenses totales de soins de santé a également diminué sous le mandat de Maggie De Block: de 18,2% en 2015 à 16,9% en 2019.

Contrairement à ce que l’on pense généralement, l’industrie apporte une bouffée d’oxygène aux autres secteurs de la santé au lieu de les cannibaliser, une conclusion à laquelle l’OCDE est également parvenue en 2017.

Avec plus de 3,6 milliards d’euros, 2018 a également été une année record pour les investissements en recherche et développement des sociétés biopharmaceutiques en Belgique. Cela s’est traduit par une valeur à l’exportation de 43 milliards d’euros, soit 11% du total belge et une balance commerciale positive de 6 milliards d’euros, bien plus que le montant remboursé par l’INAMI.

Il est bien entendu plus facile de croire les critiques d’un politicien populaire. Cependant, dans le cadre de son pacte dit "du futur" avec l’industrie pharmaceutique (2015), la ministre a réussi à obtenir une contribution budgétaire exceptionnelle du secteur, comme le montrent les chiffres ci-dessus, tout en développant un cadre relativement stable dans lequel la recherche et le développement peuvent prospérer. Il n’est donc pas étonnant que depuis lors, quasi toute l’Europe regarde la Belgique pour peaufiner sa politique médicaments.

Cela signifie-t-il que rien ne doive changer? Au contraire. Déjà parce qu’il est devenu plus difficile politiquement d’approuver le remboursement de nouveaux médicaments, comme l’illustre le nombre de décisions négatives cet été. Cela tient bien sûr aussi au fait que certains prix sont exorbitants et que l’indignation du public est justifiée. Enfin, il est essentiel que notre pays reste un pionnier international en matière pharmaceutique, y compris en ses politiques.

Que faire?

Que faire? Premièrement, le prochain ministre de la santé doit négocier un nouveau pacte avec le secteur afin que la croissance nominale du budget des médicaments ne dépasse pas 1,5% par an en moyenne. En outre, la Belgique doit continuer à jouer un rôle de premier plan au niveau international à trois niveaux.

1. En appuyant l’initiative BeNeLuxAIr de De Block dans laquelle cinq pays similaires négocient ensemble les conditions de remboursement avec l’industrie;

2. En engageant un dialogue international "précoce" avec les entreprises;

3. En examinant en parallèle si certains médicaments critiques et prometteurs qui ont d’abord été reconnus par la FDA aux États-Unis (comme dans le cas du Zolgensma pour Pia) ne peuvent pas automatiquement obtenir une reconnaissance (temporaire) de l’agence européenne des médicaments ou un accès temporaire sur le marché belge, comme c’est le cas en France.

En outre, la Belgique doit continuer à se spécialiser et à mieux s’organiser pour valoriser les technologies du futur, telles que les thérapies géniques uniques. C’est d’autant plus nécessaire à la lumière des projets de la Commission européenne d’organiser cette évaluation au niveau européen et de faire rédiger par les meilleurs États membres les dossiers d’évaluation pour le reste de l’Europe.

Enfin, pourquoi ne pas répartir le coût des thérapies géniques uniques telles que le Zolgensma sur 5 à 10 ans via un système d’annuités? Ainsi, si la thérapie unique ne fonctionne pas (suffisamment) après un certain temps, le payement annualisé de l’INAMI à l’entreprise peut être réduit ou même arrêté.

Il n’y a aucune raison pour que nous ne puissions pas aider toutes les Pia en Belgique dans le futur. Pour autant, du moins, que l’on continue à mettre en place les bonnes politiques.

* Il écrit cette contribution en son propre nom.

Par Brieuc Van Damme, ex-chef adjoint du cabinet de Maggie De Block. En tant fondateur de Baer et expert de Growth Inc, il conseille notamment l'industrie pharmaceutique.*

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