carte blanche

Il n'y pas de nombre magique d'opérateurs télécoms

Bruno Liebhaberg et Alexandre de Streel

On ne peut que soutenir l’ambition ministérielle d’améliorer les réseaux des télécommunications. Cependant, il n’y pas de nombre magique d’opérateurs. Un arbitrage doit être réalisé entre prix et investissements.

Par Bruno Liebhaberg et Alexandre de Streel
Le premier est Directeur général du Centre on Regulation in Europe (CERRE) et Professeur à l'ULB ; le second est Co-directeur académique du CERRE et Professeur à l'Université de Namur

Le Ministre des Télécommunications vient d’annoncer son souhait d’avoir un quatrième opérateur mobile en Belgique en lui réservant une partie du spectre radioélectrique, une ressource essentielle pour ces opérateurs. Alexander De Croo estime que sa proposition va contribuer à une baisse des prix. On ne peut que soutenir l’ambition ministérielle d’améliorer les réseaux des télécommunications.

Bruno Liebhaberg ©RV DOC

Cependant, il n’y pas de nombre magique d’opérateurs. Un arbitrage doit être réalisé entre prix et investissements. Enfin, il faut développer, à chaque niveau de pouvoir et entre ceux-ci, une politique cohérente qui stimule à la fois l’innovation, l’investissement et la concurrence.

Lire par ailleurs notre édito: "(Télé)com à prix cassé"

Moins d’acteurs, davantage d’investissements

Une étude du Centre on Regulation in Europe (CERRE), un think tank indépendant qui regroupe des opérateurs, des régulateurs et des centres académiques, l’a démontré : la diminution de 4 à 3 du nombre d’opérateurs mobiles - observée ces dernières années dans de nombreux pays européens - peut certes conduire à une légère augmentation des prix des services existants mais elle permet surtout d’accroître de manière bien plus significative les investissements des opérateurs dans de nouvelles infrastructures.

Le secteur des télécommunications nécessite des investissements importants et de long terme. Il a besoin de politiques cohérentes et stables.

Le secteur des télécommunications nécessite des investissements importants et de long terme. Il a besoin de politiques cohérentes et stables. Or, en Belgique, le fédéralisme a mené à un éclatement des compétences relatives aux télécommunications :

→ le gouvernement fédéral est responsable pour une partie des fréquences
→ les Régions pour une partie de la fiscalité et les normes d’émissions électromagnétiques
→ les Communautés pour la régulation des médias

Nombreux obstacles

Si l’on veut, comme le souhaite à juste titre le Ministre De Croo, des services de qualité à des prix raisonnables, il faut une cohérence entre l’ensemble de ces politiques.

Alexandre De Streel ©RV DOC

On peut se réjouir que certains progrès aient déjà été accomplis, notamment en ce qui concerne la fiscalité des pylônes et des antennes des opérateurs mobiles. Néanmoins, on ne peut que regretter qu’il subsiste encore de trop nombreux obstacles peu justifiables, notamment à Bruxelles en termes de normes d’émissions.

Si la Belgique souhaite se doter d’infrastructures de télécommunications performantes, soutenant une société numérique avancée, elle doit adopter une politique ambitieuse et cohérente entre l’ensemble de ses niveaux de pouvoir.

Plus d’opérateurs n’est pas toujours mieux

Il est indispensable que les autorités reconnaissent qu’il existe un arbitrage complexe entre prix d’aujourd’hui et investissements pour demain : plus d’opérateurs n’est pas toujours mieux.

Il est indispensable que les autorités reconnaissent qu’il existe un arbitrage complexe entre prix d’aujourd’hui et investissements pour demain : plus d’opérateurs n’est pas toujours mieux.

Pour permettre d’opérer un arbitrage politique entre des intérêts nécessairement contradictoires, le gouvernement dispose d’un outil spécialisé : l’IBPT. Ce régulateur pourra effectuer les nécessaires analyses fines du marché qui permettront au gouvernement de prendre des décisions correspondant à l’intérêt général à long terme de notre pays et de ses citoyens.

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