carte blanche

Il y a encore tant à faire pour protéger les femmes des violences à leur égard

Écrivain, présidente du Fonds Léopold III.

Ce 25 novembre est la journée mondiale contre les violence faites aux femmes. Le défi pour y répondre est encore immense mais des initiatives sont prometteuses.

Par Esmeralda de Belgique
Écrivain, présidente du Fonds Léopold III

En 2017, le mouvement "MeToo" a provoqué une véritable révolution dans le monde du show-business avant de se répercuter dans les sphères politiques et au sein des entreprises. La parole des femmes se libérait, le statut quo n’était plus admissible, une nouvelle société allait naître.

35%
Violences faites aux femmes
La violence sexiste est en augmentation partout dans le monde. Selon les estimations, 35% des femmes ont subi des violences physiques ou sexuelles. Dans certains pays, ce taux atteindrait 70%.

À l’aube de la journée mondiale contre les violences faites aux femmes, ce dimanche, force est de reconnaître que le combat est loin d’être gagné. La violence sexiste est en augmentation partout dans le monde. Selon les estimations, 35% des femmes ont subi des violences physiques ou sexuelles. Dans certains pays, ce taux atteindrait 70%. On se mobilise avec raison contre les mariages précoces – il y aurait actuellement 650 millions de femmes qui ont été mariées étant enfants -, contre les mutilations génitales qui ont marqué physiquement et psychologiquement 200 millions de filles, et contre les viols utilisés comme arme de guerre en République Démocratique du Congo où plus de 200.000 femmes ont été violées depuis 1996.

Une femme sur 5…

©© BAM/IP3

Cependant, il est utile de rappeler que les violences domestiques font des milliers de victimes en Europe aussi, femmes et hommes, même si ces derniers représentent un pourcentage faible tandis qu’une femme sur 5 dans les 28 pays de l’Union européenne a subi des sévices de la part d’un partenaire. Les chiffres officiels publiés en France montrent une augmentation de 22% de cas. "Il faut agir contre le silence assourdissant qui entoure ce fléau sociétal" s’alarmait l’actrice Muriel Robin "et sauver celles qui sont encore vivantes."

Il est urgent de parler du problème et de trouver des solutions à la fois préventives et ensuite d’accueil et d’écoute des victimes,femmes de tous âges et de diverses origines sociales, culturelles et religieuses.
.
.

En Belgique, où il n’existe pas de statistiques sur le sujet, on dénombrait 38 féminicides en 2017. Il est urgent de parler du problème et de trouver des solutions à la fois préventives et ensuite d’accueil et d’écoute des victimes, femmes de tous âges et de diverses origines sociales, culturelles et religieuses.

Une expérience intéressante et encourageante est menée depuis 2010 en Wallonie par l’asbl Succès, une plateforme d’accompagnement fondée par Betty Batoul. Cette Belgo-Marocaine, femme de paix 2010, dont le livre "Un coquelicot en hiver, pourquoi pas?" a remporté plusieurs prix, a vécu un parcours personnel semé de drames. Élevée par une mère subissant la violence conjugale, cible de railleries et de propos racistes à l’école, Betty a souffert elle aussi d’une relation abusive durant des années, victime physique et psychologique. À la dérive, en proie à l’alcoolisme, suicidaire, elle est parvenue à se relever, à reprendre des études à 30 ans, à trouver l’amour et fonder une famille. Les épreuves ont forgé sa personnalité: déterminée et pleine d’empathie. Elle a dès lors décidé de mettre sa propre expérience au service des autres. "Qui mieux qu’une ancienne victime est en mesure d’écouter, de comprendre et de conseiller celles qui vivent la même tragédie?", explique Betty.

En huit ans, son association a assuré des centaines d’heures d’écoutes, des ateliers de formation diverses: écriture, prise de parole en public, mais aussi relooking pour redonner confiance à celles qui viennent de franchir le pas et de quitter un partenaire violent, des fêtes pour briser la solitude. Elle organise aussi des colloques et des visites dans les écoles pour sensibiliser les jeunes.

"Nous sommes une aide complémentaire aux centres d’accueil, aux médecins et aux psychologues qui répondent à l’urgence", précise Betty Batoul. "Nous sommes là pour reconstruire et faire rebondir les victimes dans une seconde phase. Quand j’ai commencé, on ne parlait pas encore beaucoup de la ‘pair-aidance’et pourtant cela fonctionne depuis longtemps pour les alcooliques ou pour les drogués. En donnant la parole aux anciennes victimes, on offre un formidable espoir, on démontre que l’on peut s’en sortir."

"Les gens disent souvent “pourquoi cette femme a-telle supporté cela pendant des années?” Ils ne comprennent pas que vous êtes prisonnière de la situation".
.
.

"J’avais perdu toute estime de moi", raconte Belkis une jeune Turque battue par son mari alors même qu’elle avait accouché de leur enfant. "Partager ce que j’avais vécu avec des femmes qui m’ont accueillie comme leur soeur m’a donné le courage de divorcer." Viviane, la cinquantaine élégante, a trouvé assez de détermination pour s’échapper au bout de 30 ans de mariage abusif. Elle témoigne: "Les gens disent souvent ‘pourquoi cette femme a-t-elle supporté cela pendant des années?’ Ils ne comprennent pas que vous êtes prisonnière de la situation que ce soit en raison d’une dépendance économique, affective ou tout simplement parce que votre mari vous a persuadée que vous ne valez rien! Ici personne ne m’a jugée." Et tout naturellement, Viviane s’est retrouvée depuis quelques mois la confidente et la protectrice de la jeune Maryline qui a mis fin à une relation violente.

"Les drôles de dames" comme les surnomme affectueusement Betty Batoul sont convaincues que la formule devrait être répliquée dans toutes les régions du pays. "Succès" donne la parole aux victimes pour informer et combattre ce véritable mal de notre société tout en montrant que l’on peut s’en sortir, que rien n’est jamais perdu.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés