carte blanche

"Je suis un entrepreneur et le MR ne me représente plus"

CEO d'Open Collective, fondateur de Storify

"Le MR d’aujourd’hui est un MR conservateur qui défend le passé. Ce parti est ravagé par le virus de l’Homo Politicus, l’homme politique carriériste toujours en quête d’une nouvelle place dans l’appareil étatique", fustige l'entrepreneur Xavier Damman dans une carte blanche.

Je suis né et j'ai grandi à Nivelles. Dans les années 90, c'était le dernier bastion socialiste du brabant wallon avant qu'il ne passe à droite en 2006. Qu'est-ce que j'étais content qu'on mette enfin le parti socialiste dans l'opposition après plus de 10 ans au pouvoir. Le changement est salutaire sinon on finit par s'enfermer dans une façon de penser qui devient de plus en plus déconnectée de la réalité, ce qui n'est bon pour personne.

Xavier Damman, entrepreneur dans le monde des startups numériques, papa, citoyen.

Je me rappelle encore du discours de Charles Michel au début des années 2000 lors d'une conférence à Louvain-la-Neuve: "Regardez les dégâts du socialisme en Wallonie, regardez toutes les affaires de corruption, le clientélisme, le despotisme, le taux de chômage à Mons, ... On doit réformer. Fini de payer autant d'impôts pour supporter la plus grande densité de ministres et autres fonctions ministérielles au monde, où les socialistes placent leurs amis politiques. Aidons les entrepreneurs, les indépendants, les PME qui créent de la valeur et des emplois dans nos régions". J’étais séduit.

Malheureusement, aujourd’hui, force est de constater que le MR est devenu ce parti qu’il critiquait tant, plus soucieux de ses intérêts que ceux de la population. Le MR a perdu son étoile (et beaucoup de votes). Ses pointures font de la politique depuis plus de 10 ans et beaucoup n’ont jamais été eux-mêmes indépendants ou entrepreneurs. Ils ne savent pas de quoi ils parlent car ils ne l’ont pas vécu. Ce parti est ravagé par le virus de l’Homo Politicus, l’homme politique carriériste toujours en quête d’une nouvelle place dans l’appareil étatique. C’est devenu une caste à part entière qui ne représente plus grand monde à part peut-être les 50 ans et plus qui les regardent encore pavaner à la télévision.

Un nouveau monde à imaginer et à construire

On n'a pas de temps à perdre. On a un nouveau monde à imaginer et à construire. Vite. Et pour cela on a besoin plus que jamais, dans le privé comme dans le public et dans le monde politique, d'entrepreneurs et d'indépendants. Des personnes qui peuvent penser librement, qui peuvent se réinventer, qui peuvent imaginer un autre chemin que celui préétabli par notre société, des personnes qui peuvent s'aventurer dans un nouveau champ des possibles.

On a besoin d’une nouvelle génération d’entreprises, non plus basée sur l’idée du Produit intérieur brut qu’on doit augmenter indéfiniment, mais basée sur l’idée d’un développement durable, compatible avec les limites de notre planète et qui aura pour objectif une nouvelle croissance: celle du bien-être humain.

"J’ai l’impression de revivre l’épisode des Forges de Clabecq de mon enfance. Pendant des années les socialistes ont continué de dépenser nos contributions pour préserver des emplois sans avenir. Aujourd’hui ce sont les libéraux qui continuent de subsidier des entreprises qui ne sont pas durables."
Xavier Damman
Entrepreneur dans le monde des startups numériques, papa, citoyen

Et quels sont les profils dans notre société les plus à même de se lancer dans l'inconnu, d’apprendre sur le tas et de créer de nouveaux business compatibles avec ces nouveaux défis ? Les entrepreneuses et les entrepreneurs ! Leur raison de vivre est de montrer que les choses peuvent être différentes, leur raison de vivre est de rapprocher le futur plus près du présent, étape par étape. On a besoin d’elles. On a besoin d’eux. Mais qui les soutient vraiment aujourd’hui ? Quel est le parti qui les représente ?

©BELGA

Pas le MR. Le MR d'aujourd'hui est un MR conservateur qui défend le passé. Il met des bâtons dans les roues de notre futur commun pour préserver les business modèles des générations précédentes grâce auxquelles les pontes de ce parti ont pu faire carrière.

J’ai l’impression de revivre l’épisode des Forges de Clabecq de mon enfance. Pendant des années les socialistes ont continué de dépenser nos contributions pour préserver des emplois sans avenir. Aujourd’hui ce sont les libéraux qui continuent de subsidier des entreprises qui ne sont pas durables (en continuant par exemple à défendre les voitures de société, freiner le développement d’une infrastructure sécurisée pour les cyclistes, refuser un péage urbain, etc.).

Faisons preuve de courage politique. Au plus vite on donne un message clair à la population, au plus vite on va pouvoir se réorganiser à tous les niveaux pour s’adapter à ce nouveau monde. Oui cela va faire mal; ce n'est jamais très chouette de retirer le sparadrap. Mais c’est nécessaire. Car à force de vouloir continuer à vivre dans le passé, on finit par rater le train du futur.

Alors ayons le courage de dire que tout plan d’affaires doit tenir compte des externalités négatives sur la société.

Ayons le courage de dire que la voiture pour aller travailler c’est fini. Qu’utiliser plus d’une tonne pour déplacer 70kg est un gaspillage de ressources qu’on ne peut plus se permettre en 2020. On fera bien sûr des exceptions pour celles et ceux qui en ont besoin, mais cela devra rester des exceptions, plus la norme.

"On traversera cette tempête plus vite avec des milliers d’initiatives qu’avec un RER. Le temps n’est plus aux excuses. Le temps est de créer ces milliers d’alternatives. Ne ratons pas ce train-là."
Xavier Damman
Entrepreneur dans le monde des startups numériques, papa, citoyen

Ayons le courage de dire que faire la navette en voiture tous les jours n’a plus de sens. Que votre talent serait beaucoup plus utile dans une plus petite structure, plus près de chez vous, plus locale et plus connectée avec les besoins de la communauté. Derrière chaque zombie tout seul dans sa voiture se cache un. e entrepreneur. e qui a le potentiel de co-créer un nouveau business qui va changer sa communauté et en inspirer plein d’autres.

Des solutions, il y en a plein. Mais pour que les gens s’y intéressent et les développent, il faut changer les contraintes et arrêter de mettre des sparadraps. Et cela passe par le courage politique. On traversera cette tempête plus vite avec des milliers d’initiatives qu’avec un RER. Le temps n’est plus aux excuses, le temps n’est plus à attendre que des alternatives existent. Le temps est de créer ces milliers d’alternatives. Ne ratons pas ce train-là.

Un nouveau MR

Pour créer ces milliers d’alternatives, on a besoin d’une communauté d’entrepreneur.e.s, et d’indépendant.e.s au service de la société du 21e siècle. Voici quelques questions qu'un tel mouvement devrait se poser aujourd'hui:

Comment créer des milliers de micro-entreprises et permettre au plus grand nombre de travailler à 15 minutes de son domicile ?

Comment inciter les navetteurs qui vont travailler à Bruxelles à trouver des jobs plus près de chez eux ? À créer au besoin des nouvelles entreprises plus locales ? Comment créer plus de coworking à travers la Wallonie ?

Comment créer des entreprises plus participatives qui ne sont plus uniquement au service des investisseurs et de la croissance ? Comment augmenter le nombre de coopératives en Belgique et de société à finalité sociale ?

Comment créer des institutions publiques plus participatives pour augmenter l'intelligence collective dans nos prises de décisions ?

Comment le numérique peut apporter plus de transparence et de participation au lieu de nous monter les uns contre les autres sur les réseaux sociaux ?

Comment instaurer un revenu universel de base pour que les gens puissent se libérer de l’esclavage par le salaire et arrêter de travailler dans des entreprises qui n’ont plus de sens? Mais aussi pour arrêter les pièges à l’emploi où pour beaucoup il n’est financièrement pas intéressant de travailler?

"Ne passons pas notre énergie à essayer d’éviter l’effondrement d’un monde économique dépassé. Battons-nous pour qu’on puisse au plus vite faire émerger une nouvelle économie."
Xavier Damman
Entrepreneur dans le monde des startups numériques, papa, citoyen

On a un nouveau monde à construire. Les choix que nous faisons aujourd'hui feront la différence entre une renaissance de l'entrepreneuriat et de notre imagination ou un écroulement du vieux monde de nos anciens.

Je me rappelle d’un stage de maîtrise automobile que j’ai fait à Nivelles quand j’avais 18 ans. La plus grande leçon que l’instructeur m’avait donnée est de ne pas me focaliser sur l’obstacle à éviter, mais au contraire, de focaliser mon attention sur l’endroit où je veux aller. Ne passons pas notre énergie à essayer d’éviter l’effondrement d’un monde économique dépassé qui nous contamine tous les jours un peu plus avec virus de la surconsommation, battons-nous pour qu’on puisse au plus vite faire émerger une nouvelle économie, décentralisée, plus proche des gens et de la nature au service de tous.

Xavier Damman
Entrepreneur dans le monde des startups numériques, papa, citoyen

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