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interview

Jean-Luc Hees "Il faut vraiment s'aimer pour imposer son pouvoir à des millions de personnes"

©BELGAIMAGE

Homme de radio, ancien correspondant aux États-Unis, Jean Luc Hees qui fut président de Radio France, est l'auteur de plusieurs livres sur l'Amérique. Dans son dernier ouvrage *, il dresse le portrait psychologique de certains dirigeants politiques de la planète, tyrans ou hommes forts, de Bachar el-Assad à Kim Jong-un en passant par Poutine et Trump. Et son diagnostic n'est pas rassurant...

Interview
Bernard Roisin

Vous donnez l'impression d'avoir construit ce livre autour de la figure de Donald Trump, qui a droit au chapitre le plus long de votre ouvrage consacré aux dirigeants psychopathes…

Deux raisons à cela: la première, si Trump a un problème psychiatrique, cela concerne la planète entière ; la seconde est que je ne supporte pas la vulgarité et l'attitude de ce personnage. J'aime profondément les États-Unis pour y avoir vécu et travaillé et je ne tolère pas que ce pays soit gouverné par un type incompétent, instable, agressif et intempestif, qui aime humilier.

Qui plus est, un type qui possède la bombe atomique est tout de même plus dangereux que celui qui ne l'a pas. Je ne vois pas Kim Jung-un envoyer un missile sur Los Angeles, ce qui signifierait la fin du dictateur et de son pays. Mais Trump, lui, passe son temps à demander à ses généraux à quoi sert d'avoir une bombe atomique si l'on ne peut s'en servir...

Je ne prétends pas non plus que le président des États-Unis est un psychopathe, mais il existe une signalétique établie par l’OMS pour différentes pathologies. Et Donald Trump remplit pratiquement toutes les cases du DSM, le Manuel Diagnostique et Statistique des troubles mentaux...

©AFP

Trump donne l'impression de gouverner avec les méthodes particulières et éculées comme c’est par exemple le cas des négociations commerciales…

Comme au marché aux bestiaux. J'avais écrit un ouvrage à propos des différents présidents américains : il y eut des bons à rien, des crétins, de tout... Par exemple, j'ai suivi les voyages de Reagan que je trouvais franchement idiot, mais il parvenait à tromper son monde. Et il possédait un instinct de chef . Il parvenait à inspirer confiance, être viril, mais pas trop, et s'entourait de très bons conseillers...

La popularité de Trump découle entre autre de the Apprentice, l’émission dans laquelle il jouait le Bernard Tapie local...

En plus vulgaire. C'est un clown et le bureau ovale n'est pas conçu pour eux. Pour le dire platement, il ne sait rien, n'a jamais lu un livre, ne sait pas se concentrer plus de cinq minutes parce que sa vie est un zapping constant au point que l'on a du installer des écrans de télévision supplémentaires dans sa chambre. Tout est séquencé : on n'arrive pas à lui faire lire les rapports qui sont pourtant de plus en plus concis. Il fonctionne à l'instinct.

Mais quelque part il vit avec son temps, celui de l'émotionnel, du zapping et la non-lecture. Raison pour laquelle les Américains l'ont élu ?

Non, c'est de notre faute s’il a été élu. Les élites, les médias, le monde artistique qui, évidemment détestent Trump, ont eu tort de le montrer à ce point. Il y a une vraie faillite de ces gens éduqués. Pas seulement aux États-Unis, mais en France également où règne ce mépris, ce racisme social qui a toujours existé en Amérique.

Le pouvoir rend-il psychopathe ?

En tout cas, je n'ai jamais rencontré de chef d'état "normal". Il faut fonctionner d'une manière très particulière pour vouloir imposer son pouvoir bienveillant ou malveillant à des millions de personnes. Et bien sûr, il faut vraiment s'aimer... Il y a à l’évidence une jouissance du pouvoir qui fait de vous un type supérieur, surtout si votre entourage vous le répète.

©Photo News

Vous rangez Poutine dans la catégorie des psychopathes ?

Il ne l'est pas du tout, juste un rien narcissique. Mais Poutine, lui, est intelligent. Il connaît l’exercice du pouvoir et est redouté. Peut-être a-t-il lu Machiavel qui écrivait que s'il est bon d'être aimé, il vaut mieux être craint.

Est-ce le pouvoir politique ou le simple exercice du pouvoir qui entraîne ce genre de comportement ?

Nul milieu, nul groupe n'est à l'abri de la tyrannie d'une personne atteinte de déséquilibre mental. Je l'ai vu au sein d'une société de 5.000 personnes, Radio France, où j'avais nommé des gens dans certains secteurs qui se comportaient mal. Le pouvoir les rendaient ivres comme l'alcool. Il a fallu les ramener à la raison.

Parmi les dictateurs que vous décrivez, on en dénombre autant soutenu par l'Occident que par les Russes. Finalement, qu'il y ait des tyrans dans les pays riches en ressources naturelles importantes arrange beaucoup de monde...

"Dans un monde apolaire, il n'y a pas de gouvernance mondiale et l'on peut faire ce que l'on veut."

C'est vrai. Il fut un temps où existaient deux blocs idéologiquement portés soi-disant par un projet: l'Ouest démocratique face aux méchants Soviétiques et leurs satellites qui se sont cassé la figure à la grande joie de tous. Aujourd'hui nous vivons dans un monde apolaire. Qui dirige la planète ? Il y a, bien sûr, ceux qui peuvent faire plus de dégâts que d'autres, comme Trump qui a l'ambition d'être protectionniste et antimondialiste. Ce qui l'intéresse, c'est d'être réélu par les ploucs du Midwest. Mais fondamentalement dans un monde apolaire, il n'y a pas de gouvernance mondiale et l'on peut finalement faire ce que l'on veut. Kadyrov, par exemple, le président de Tchétchénie peut agir comme bon lui semble sans que cela ne gêne personne. On ne va tout de même pas s'occuper des problèmes des homosexuels tchétchènes…

Vos propos résonnent aussi comme une critique en creux de nos démocraties...

Quand je vois ce qui se passe en Pologne, en Hongrie et en Allemagne, je m'inquiète. Je suis né après la guerre, je n'ai jamais eu d'angoisse vis-à-vis de l'avenir, mais à 67 ans je commence à en ressentir.

L'Histoire ne repasse pas les plats, mais n'oublions pas la crise de 29, le chômage, l'humiliation, la quête d'un sauveur...

Bref, il vaut toujours mieux connaître l'Histoire?

En effet. Comme le dit Hegel: "les historiens sont les prophètes du passé ... "

* Ces psychopathes qui nous gouvernent, Jean Luc Hees, Editions Plon, 321 p., 19,90 €

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