carte blanche

"Ken Loach ne doit pas être honoré par l'ULB"

La carte blanche "Not in our name" a pour objet de lutter contre la falsification de l’histoire de la Shoah à des fins de militantisme politique. L’Université Libre de Bruxelles a décidé d’honorer Ken Loach alors qu’il contribue à cette falsification. Rien de ce qu’il a écrit lundi ne contredit les accusations que nous portons à son encontre et qui sont expliquées dans cette carte. Il est regrettable que l’ULB ait refusé de confronter Ken Loach à son interprétation scandaleuse et mensongère du rôle des juifs pendant la guerre en se satisfaisant de déclarations que ce dernier avait déjà faites dans la presse précédemment, dont certaines sont contredites dans les faits.

L’attribution des insignes de docteur honoris causa est un moment important dans la vie de l’université. Il honore des individus d’exception qui mettent en lumière les valeurs de l’institution. À l’Université libre de Bruxelles, c’est aussi l’occasion de rassembler la communauté universitaire au-delà des opinions et sensibilités qui s’y expriment dans l’esprit du libre examen.

Ce 26 avril — nous nous en félicitons — notre alma mater va honorer l’ancienne Garde des Sceaux et ministre de la Justice française Christiane Taubira, retenue pour ses combats en faveur de la diversité. Elle va honorer, conjointement, Siegi Hirsch, survivant d’Auschwitz, qui, sur la base de son expérience concentrationnaire, s’est fait l’artisan d’une remarquable méthode de thérapie familiale qui a transformé des générations de psychologues, et Ahmet Insel, grand analyste et éditorialiste turc qui anima avec courage et persévérance les premiers groupes d’intellectuels turcs pour la reconnaissance par Ankara du génocide des Arméniens.

Mais, au même moment, l’ULB retient un quatrième choix irrecevable.

Ken Loach est un réalisateur socialement engagé et talentueux. Nul ne le conteste. Mais il n’est malheureusement pas que cela et a aussi d’autres agendas qui sont, eux, déplorables et mensongers, notamment lorsqu’il falsifie l’histoire à des fins politiques.

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Il prend prétexte de deux tentatives de dirigeants sionistes pour sauver des juifs allemands (1933) et hongrois (1944) promis à l’extermination, pour réinterpréter l’histoire de la Shoah sous un angle complotiste. Selon Ken Loach, les dirigeants sionistes seraient complices des nazis et coresponsables du génocide des juifs d’Europe et cela dans le but de construire un "État sioniste" en Palestine après-guerre. Leur plan aurait été d’apitoyer le monde avec les corps de millions d’hommes, de femmes et d’enfants juifs, pour tromper les États membres de l’assemblée générale des Nations Unies encore à créer, et parvenir à leurs fins: un État raciste juif spoliant la population palestinienne, principale victime de cette machination!

Ce côté sombre de Ken Loach est explicité dans une pièce de théâtre "Perdition" de Jim Allen, réalisée par lui en 1987 et à laquelle il continue à se référer.

"Perdition" c’est une série d’interprétations malveillantes de faits réels (refus par les Anglais de la proposition d’Eichmann d’échanger un million de juifs hongrois contre 10.000 camions militaires, suivie par le rachat de 1.600 juifs hongrois négociés avec le notable juif Kastner qui avait servi d’intermédiaire) et d’hypothèses farfelues.

Citons Ken Loach lui-même expliquant la genèse de son antisionisme en 2013 au New Internationalist: "Cela a commencé il y a quelques années quand j’ai participé à la création d’une pièce intitulée ‘Perdition’. C’était une pièce de théâtre sur le sionisme pendant la Seconde Guerre mondiale et sur l’accord conclu entre certains sionistes et les nazis. Il a apporté une nouvelle lumière sur la création d’Israël et la politique du sionisme. J’ai alors pris conscience que la fondation d’Israël était fondée sur un crime contre les Palestiniens."

Et voici ce qu’en dit Jim Allen, l’auteur de la pièce "Perdition": " Sans humilité excessive, je dis que c’est l’attaque la plus létale jamais écrite contre le sionisme, car elle touche au cœur du mythe le plus durable de l’histoire moderne: l’Holocauste, le fait que des leaders juifs privilégiés ont collaboré à l’extermination de leur propre peuple en vue d’aider à la création d’un État sioniste, Israël, un État qui est lui-même raciste."

L’université ne peut honorer un militant qui réécrit l’histoire pour servir sa cause.

Par ailleurs le 27 septembre dernier, le journal The Guardian avait dénoncé dans son éditorial l’attitude de déni de Ken Loach qui le conduit — nous citons — à "donner une légitimité fallacieuse à la négation de l’Holocauste". Sous pression Ken Loach a reconnu par tweet l’existence indubitable de la Shoah mais n’a jamais renié l’idée mise en scène dans l’inexcusable "Perdition" d’une Shoah où les sionistes auraient une part certaine de responsabilité!

De plus, Ken Loach interrogé sur l’antisémitisme virulent qui traverse le parti travailliste britannique – parti dirigé par Jeremy Corbyn – dit n’en avoir jamais vu ni trace ni exemple. Là où 51% des électeurs du Labour consultés ces derniers jours reconnaissent l’urgence de lutter contre le fléau antisémite qui ronge leur parti, Loach n’y voit que complot des organisations juives à raison des affinités pro-palestiniennes de son ami et président de parti Corbyn. La cécité volontaire ne fait pas partie du libre examen et de la méthode scientifique!

Pire encore: il vient de déclarer en meeting de soutien à Corbyn à Bristol que les députés travaillistes qui avaient participé à une marche contre l’antisémitisme le 26 mars dernier devraient être poussés hors du parti travailliste, parce que critiques de leur parti.

Avant à nouveau de prétendre que son propos fut mal interprété.

À l’heure où en Europe (voyez encore les événements récents en France), l’antisémitisme décomplexé rebat le pavé et souille la transmission mémorielle, l’ULB ne peut infliger cela ni à la Science ni à la Cité!

Au risque de son intégrité physique, Ahmet Insel s’est opposé au négationnisme d’État de la République turque et a reconnu le génocide des Arméniens. Quel est le sens de le faire docteur honoris causa et de rendre hommage à son humanisme si dans le même temps Ken Loach partage ce même honneur malgré ses propos révisionnistes?

Pour justifier son choix, l’ULB prétend n’honorer que l’œuvre et pas la totalité des combats de l’homme. C’est impossible. Les honoris causa récompensent l’individu cité en exemple et non telle œuvre ou telle séquence. Ce ne sont ni les Magritte, ni les Césars académiques!

Vaincre les ténèbres par la science, telle est la devise et la méthode que nous a enseignée en son temps l’ULB. Aujourd’hui elle désavoue cette méthode en honorant la contre-vérité. Fake history? Au nom des valeurs universelles que nous chérissons, NOT IN OUR NAME!

Cette carte blanche a été signée par un collectif de plus de 650 personnalités, dont des représentants d’associations et d’associations coupoles, notamment juives, arméniennes et tutsies, toutes attachées à des valeurs qu’elles voulaient universelles et qu’elles pensaient partagées par l’ULB. Elle est transformée aujourd’hui en pétition accessible sur le mini-site: notinourname.be.

La carte blanche réunit notamment le prix Nobel et baron François Englert, les barons Brotchi et Philippson, des professeurs et diplômés de l’ULB, comme Guy Haarscher, Lambros Couloubaritsis, Elie Cogan, Claude Javeau ou Arsène Burny.

Elle a été également soutenue depuis l’étranger par des personnalités telles Serge Klarsfeld, Pierre-André Taguieff, Elie Barnavi, Roger Pol-Droit et Pascal Bruckner, et des associations sœurs du Comité de coordination des organisations juives de Belgique, telles que le Board of Deputies of British Jews.

Des signataires  se désolidarisent

La chercheuse belge Marie Peltier a annoncé, ce mardi, sur son compte Facebook, vouloir se désolidariser de sa signature de la carte blanche publiée dans L’Echo et invitant l’ULB à ne pas honorer le réalisateur britannique Ken Loach pour ses positions sur la Shoah.

Contactée par nos soins, cette enseignante spécialisée dans l’étude du complotisme affirme que le texte publié "n’était pas exactement celui qui avait été soumis à l’origine, qui traitait plus de l’aspect négationniste que de la question israélo-palestinienne". Elle indique également que la carte blanche lui avait été présentée comme proposée à des membres de la société civile belge. "On y retrouve des gens comme Pascal Bruckner, Philippe Val et Pierre-André Taguieff qui sont connus pour leur position très dure à l’égard de l’islam. Cela donne une couleur idéologique marquée et fausse le débat. Je voulais juste tirer la sonnette d’alarme au sujet de Ken Loach", précise-t-elle, annonçant que d’autres signataires de la carte blanche ont annoncé vouloir se désolidariser, comme le chercheur parisien en sociologie Antonin Grégoire et les membres du collectif "Lignes de crêtes". 


©BELGAIMAGE


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