carte blanche

L' avenir de l'Europe est là

Managing director de StP Communications

La conférence sur l’avenir de l’Europe offre l’occasion d’un renouveau démocratique et citoyen de l’Europe.

La conférence sur l’avenir de l’Europe qui devrait commencer ses travaux cette semaine peut nous offrir l’occasion d’un renouveau démocratique et citoyen de l’Europe. Elle représente une formidable occasion de mieux communiquer sur le projet européen.

Stavros Papagianneas

Managing director de  StP Communications & auteur de Rebranding Europe

Alors que les institutions de l’Union tentent de s’accorder sur la nature de son mandat, sa composition et la méthodologie qu’elle suivra, son lancement le 9 mai 2020 à l'occasion de la Journée de l'Europe, est rendu incertain par la crise du coronavirus. Comme ce fut le cas avec le traité établissant une constitution pour l'Europe en 2004, certains doutent que la conférence soit à la hauteur des attentes.

Au contraire, je vois dans ce projet l’opportunité unique de créer une Europe plus démocratique, plus souveraine et plus fédérale. Le conférence offrira la possibilité de recentrer le débat européen sur la question de l’avenir de l’Union. Elle pourrait ainsi relancer la dynamique de l’idée européenne. Guy Verhofstadt a été désigné pour présider ce véritable débat, ce qui constitue un excellent choix au vu de son engagement et de sa longue expérience dans les affaires européennes.

La conférence constitue un remarquable projet de reconnaissance et de respect des particularismes nationaux. Prenant la forme de dialogues ouverts, elle promouvra l’interaction citoyenne et devrait permettre la formulation de nouvelles idées.

Les opinions parfois contrastées des Etats membres reflètent des contextes historiques, politiques et socio-économiques particuliers. Ainsi, la conférence sur l’avenir de l’Europe sera l’occasion de mieux comprendre le rejet, par beaucoup d’Européens, de l’intégration communautaire. Elle relancera le débat sur notre identité et nos valeurs. A son terme, les conclusions tirées devront permettre de communiquer un message clair d’unification, prenant en compte la diversité des positions exprimées.

Going local

La conférence sur l’avenir de l’Europe s’inscrirait parfaitement dans l’initiative " Going Local " :responsabilisation et engagement des citoyens, soutien du développement d’une sphère publique européenne, mise en place d’un dialogue et renforcement de la transparence. Il importera donc de ne pas négliger les positions tenues lors de ce processus démocratique, mais au contraire de les respecter et d’en faire l’analyse rigoureuse.

Le Parlement européen. ©AFP

Le Parlement européen fut la première institution de l’Union à publier à propos de la conférence, reprenant une idée originellement développée par le président Macron. Beaucoup d’acteurs souhaitent y participer, ce qui explique qu’à l’heure actuelle, on réfléchisse d’avantage sur son format que sur son contenu. Il convient de rappeler que les questions sur l’avenir de l’Europe ne sont pas nouvelles. Elles avaient été discutées pour la dernière fois en 2017.

Le livre blanc de la Commission européenne sur l’avenir de l’Europe a confirmé l’absence de vision et de leadership à long terme, Bruxelles se trouvant une fois de plus dans l’incapacité d’apporter des solutions à des problèmes de longue date. Pourtant, les principaux problèmes auxquelles nous faisons face (crise migratoire, euroscepticisme, coopération en matière de sécurité et, plus récemment, pandémie de coronavirus) exigent une réponse européenne coordonnée.

La conférence doit inclure la société civile dans les grands débats sur l’avenir européen et répondre aux besoins des populations en apportant des solutions durables. Il s’agira d’identifier les forces et les faiblesses de l’UE, afin d’accroitre le pouvoir d’action de ses institutions et les rendre plus démocratiques. Le processus devrait suivre une approche " bottom-up ". Les six agoras thématiques prévues délibéreront sur un ensemble de politiques prédéfinies, telles que la transformation numérique, la justice sociale, la crise climatique, la reformulation de la loi électorale de l'UE, etc.

Elle devrait également permettre d’avancer sur les questions liées à la transparence des travaux du Conseil, au développement des listes paneuropéennes pour les prochaines élections et à la reconsidération du système des Spitzenkandidaten.

"À l’heure actuelle, en effet, l’idée de nation européenne est embryonnaire et l’UE constitue une confédération plus qu’un Etat fédéral."
Stavros Papagianneas
Managing director de StP Communications & auteur de Rebranding Europe

La conférence devrait constituer une étape cruciale dans le développement d’une sphère européenne publique, fondamentale à l’intégration communautaire. À l’heure actuelle, en effet, l’idée de nation européenne est embryonnaire et l’UE constitue une confédération plus qu’un Etat fédéral.

L’absence d’une véritable sphère publique européenne constitue un obstacle majeur à la cohésion du continent. En effet, le sentiment à l'égard de l'Europe demeure très faible dans la plupart des pays. L’inexistence d’une opinion publique européenne s’explique à la fois par un manque d’identité européenne et par l’élargissement permanent de l’UE à de nouvelles sphères nationales. Pourtant, l’existence d’une communauté est fondamentale à la communication et à la construction d’un avenir commun.

Malgré des améliorations récentes, l’UE demeure généralement incomprise par ses citoyens, les procédures prenant souvent le pas sur les actions concrètes. En se cachant derrière la complexité du processus décisionnel et l’usage d’un jargon technocratique parfois obscur, les institutions communautaires peinent à faire passer le message d’une Europe au service de sa population.

Pour chasser ses démons, l’Union doit s’attaquer aux inquiétudes des citoyens et mieux mettre en valeur les réalisations communautaires, ce qui doit passer par une révolution dans sa manière de communiquer. Or, la promotion d’une image de marque, l’amélioration des relations publiques et une communication plus efficace nécessitent des réformes et une volonté politique forte. En effet, les stratégies de communication ont toutes pour point de départ une action ou une performance précise. La plupart des problèmes européens, y compris l'euroscepticisme et le populisme, peuvent donc être résolus si l'Union agit plus concrètement et qu’elle parvient à le montrer aux citoyens.

En matière de communication de crise et de relations publiques, certaines réponses à la pandémie de coronavirus offrent des exemples de ce qu’il ne faut pas faire. La plupart des gouvernements et institutions peinent à s’engager dans un effort de communication constant, ce qui alimente le manque de confiance des populations. Observer les mauvaises pratiques est tout aussi instructif que de s’inspirer des bonnes stratégies, car l’analyse des erreurs permet de ne pas les répéter.

Réconcilier et intégrer

Les Pères fondateurs de l’Union partageaient le désir de pacifier l’Europe, non pas en instaurant un statu quo entre les grandes puissances, comme ce fut le cas à l’issue du Congrès de Vienne de 1815, mais en réconciliant et en intégrant les nations. Ils voulaient une Europe forte, unie et prospère.

"Le fait de traverser des périodes de traumatismes communes soude le sentiment d’unité, mais cela alimente encore plus rapidement la montée des nationalismes."
Stavros Papagianneas
Managing director de StP Communications & auteur de Rebranding Europe

Malgré le lent processus d’intégration des sept dernières décennies, le Covid-19 a renforcé les divisions. Certes, le fait de traverser des périodes de traumatismes communes soude le sentiment d’unité, mais cela alimente encore plus rapidement la montée des nationalismes.

Je crois fermement dans la capacité de l’Union européenne à préserver notre modèle d’Etat providence, le fonctionnement de nos démocraties libérales et la diversité de nos cultures nationales. En unissant nos forces, nous apporterons des solutions viables à nos problèmes. Une Europe politique est le meilleur remède contre la montée de la pauvreté, de l’intolérance et du racisme.

Malgré le départ de la Grande-Bretagne et un processus décisionnel toujours très lent, l’UE demeure un acteur international majeur. Si nous voulons continuer d’exercer une influence sur l’agenda politique mondial et résoudre les grands défis planétaires, il faut poursuivre l’intégration. Abandonner le projet européen équivaudrait à renoncer définitivement à notre influence sur la scène internationale.

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