carte blanche

L'école de tous les possibles

Senior fellow et Visiting fellow, Itinera

Les jeunes sont préoccupés par l’évolution de notre société et jettent un regard pessimiste sur leur avenir. Ils anticipent une baisse de leur niveau de vie, une croissance des inégalités, une hausse des tensions intracommunautaires et une augmentation du chômage. Ce qui les plonge dans un avenir avec peu de perspectives.

Par Jean Hindriks et Mattéo Godin, Respectivement senior fellow et visiting fellow Itinera

Un rapport récent de l’Unicef en France révèle un profond malaise chez nos enfants. Selon ce rapport, les enfants en situation de privation cumulent les difficultés en matière d’intégration sociale et 43% des adolescents de plus de 15 ans sont en situation de souffrance psychologique.

L’opinion décliniste des jeunes a de lourdes conséquences pour notre société. Elle contribue à nourrir le sentiment d’insécurité, favorise les politiques populistes et exacerbe la radicalisation et la violence sur soi ou sur les autres. Pour éviter que cette opinion ne se transforme en prophétie autoréalisatrice, il faut redonner confiance à nos jeunes.

Redonner confiance à notre jeunesse passe inévitablement par une politique d’égalité des chances et de promotion de la résilience. La résilience individuelle mais aussi la résilience de nos organisations sociales.

Jean Hindrik ©rv

Le point de départ de cette politique est indiscutablement l’école. Nous devons garantir l’égalité des chances dans la réussite scolaire, et à diplôme égal, dans l’accès aux emplois à responsabilités. Derrière la promotion de l’égalité des chances se cache donc un enjeu plus important qui est celui de restaurer un rapport de confiance entre l’école et la société.

Aujourd’hui, l’école et la famille évoluent différemment et cela crée une tension entre parents et enseignants. Le harcèlement scolaire et la violence à l’école témoignent des tensions entre élèves. La démission de plus de 40% des jeunes enseignants en début de carrière témoigne du malaise dans la profession d’enseignant. Le décrochage scolaire, concentré massivement dans les couches défavorisées et les familles allochtones, témoigne d’une rupture de confiance entre l’école et ses élèves.

Triangle d’or

Pourtant, le système éducatif a un impact majeur sur l’état de la cohésion sociale dans la société. En effet, l’éducation détermine en grande partie les inégalités de richesse entre individus. Par ailleurs, l’école peut apaiser les tensions humaines en favorisant le développement d’une identité et de valeurs partagées au sein de la société. Pour que l’école diminue les inégalités économiques, apaise les tensions humaines et réalise notre potentiel de résilience, le système éducatif doit viser à atteindre le triangle d’or de l’égalité, l’équité et la performance. Nous pensons que c’est possible.

L’égalité des systèmes scolaires est appréciée par les écarts de résultats scolaires entre élèves de même âge.

L’équité d’un système scolaire est appréciée par l’égalité des chances (par contraste avec l’égalité des résultats).

Enfin, la performance d’un système scolaire dépend du niveau moyen des résultats des élèves. En Belgique, les résultats sont en moyenne au-dessus des autres pays de l’OCDE. Cependant, cette bonne performance relative de notre système scolaire n’est pas suffisante. Notre système scolaire est trop inégalitaire et trop inéquitable.

Plus nombreux sont les coureurs en condition de prétendre à la victoire, plus forte sera la performance moyenne et plus fort sera le vainqueur. L’égalité des chances tire tout le monde vers le haut.

Les inégalités économiques dépendent en grande partie des inégalités à l’école. À l’heure actuelle, notre système éducatif n’est pas assez égalitaire au vu de l’écart entre les élèves les plus faibles et les plus forts. À l’âge de 15 ans, le quartile le plus faible à l’école a déjà accumulé un retard équivalent à plus de 6 années d’études par rapport au quartile le plus fort.

Remédier à ces inégalités ne signifie pas "un nivellement vers le bas" de notre système scolaire. Bien au contraire. Au sein des pays membres de l’OCDE, il n’y a pas de corrélation entre inégalité et performance du système scolaire. Le Japon, la Suisse, le Canada, la Finlande et les Pays-Bas sont autant de pays qui ont des meilleures performances que la Belgique.

Comment expliquer cette absence de corrélation entre performance et inégalité des résultats scolaires? Nous pensons que les carences des élèves faibles sont en partie attribuables à un mode d’organisation de l’enseignement qui exacerbe les différences. À l’inverse, il existe des modes d’enseignement qui tirent tout le monde vers le haut sans exacerber les différences. Soit ces politiques, comme la "Literacy hour" ou les "Academy schools" anglaises ou le "All of Poland reads to kids" polonais ont bénéficié aux plus faibles sans nuire aux plus forts.

Marée montante

Promouvoir l’égalité des chances à l’école est aussi un moyen efficace de promouvoir l’excellence dans notre système scolaire. Plus nombreux sont les coureurs en condition de prétendre à la victoire, plus forte sera la performance moyenne et plus fort sera le vainqueur. L’égalité des chances tire ainsi tout le monde vers le haut comme la marée montante tire petits et gros bateaux vers le haut.

Soyons clairs, il ne s’agit pas de proposer l’égalitarisme sous la forme d’une même école pour tous. Cette solution, selon nous, brimerait les bons élèves et empêcherait les moyens et les médiocres de progresser. Bref, ce serait le nivellement vers le bas et donc, l’excellence pour personne. Notre opinion est tout à fait différente. Il s’agit de promouvoir une véritable égalité des chances à l’école pour faire en sorte que les élèves les plus pauvres ne soient pas défavorisés et puissent aussi faire partie des bons élèves.

Mattéo Godin

Comme la plupart des parents des classes moyennes et populaires, nous voulons qu’on apprenne à nos enfants que l’effort est une bonne chose et que l'"oignon" s’écrit avec un "i". Nous ne voulons pas de la pédagogie de la bienveillance, mais une pédagogie de l’excellence avec des professeurs qui notent sans complaisance et ne jouent pas les copains. Une pédagogie de l’excellence dans laquelle c’est le besoin de l’élève qui commande et non plus le désir de l’enfant.

Lire également

Messages sponsorisés