L'économie chinoise reste forte mais exporter en Chine est plus risqué

La classe moyenne chinoise compte quelques 400 millions de personnes. ©Bloomberg

La Chine pourrait retrouver sa place de première puissance économique mondiale lors de "son" 21ème siècle. Une mission princière belge avec quelque 630 participants vient d’y débarquer. Elle tentera de trouver de nouvelles opportunités pour investir ou exporter. Mais il ne faut pas être naïf, les risques économiques et politiques y sont à la hausse.

La Chine aujourd’hui, c’est l’aboutissement de progrès impressionnants opérés en quelques décennies. Dans ce pays désormais majoritairement urbain, qui abrite la population la plus élevée au monde et où la pauvreté extrême a presque disparu, une classe moyenne de plus de 400 millions de consommateurs a émergé.

L’économie chinoise a connu une ahurissante croissance supérieure à 10% en moyenne entre 1980 et 2018, permettant de multiplier son PIB en dollar par 37. Quant au commerce extérieur, la Chine en est la deuxième puissance mondiale et le premier exportateur de biens et services. Sans hésitation donc, elle est un acteur et une destination incontournable pour les exportateurs.

Le poids de la dette

En dépit de ce parcours à faire pâlir l’Inde, l’autre géant asiatique émergent, la Chine a encore un peu de chemin à faire pour achever son développement.

En effet, son modèle économique poursuit son rééquilibrage en faveur des services, de la consommation intérieure et d’une montée en gamme sur l’échelle des valeurs accélérée par l’ambitieux plan "Made in China 2025".

Cela se traduit par un ralentissement de la croissance économique délicat sur le plan social et politique. C’est pourquoi, afin d’assurer la stabilité intérieure, Xi Jinping et le parti communiste chinois resserrent les contrôles sur la société chinoise comme en attestent la longue et ample campagne contre la corruption des fonctionnaires, la forte censure sur les médias sociaux ou le récent système de crédit social.

Dans le contexte actuel de ralentissement économique plus prononcé, les risques de retards et de défauts de paiement augmentent.

Les autorités chinoises le savent: la Chine se trouve à un moment charnière. Elle fait face à une montée des risques tant intérieurs qu’extérieurs.

D’abord, la gigantesque dette domestique (300% du PIB), qui provient pour plus de la moitié des entreprises et a pris son envol avec le plan massif de relance lors de la grande crise économique et financière de 2008-2009, est une bombe à retardement pesant sur le contrat socio-économique chinois.

Dans le contexte actuel de ralentissement économique plus prononcé, les risques de retards et de défauts de paiement augmentent. Sans surprise, Pékin fait donc de la réduction de la dette une priorité de politique économique. Le résultat jusqu’à présent très limité souligne le complexe jeu d’équilibrisme avec le maintien d’une croissance soutenue.

©BELGAIMAGE

Ensuite, la guerre commerciale et les tensions géopolitiques avec les Etats-Unis compliquent sensiblement l’équation. D’autant que les ambitions régionales de la Chine accroissent les risques de tensions et conflits.

Fortement contestée à Hong-Kong, la Chine se montre inflexible en Mer de Chine méridionale et voit son impatience grandir face à Taiwan, toujours plus proche de son protecteur américain.

La décennie à venir s’annonce donc plus instable autour de la confrontation hégémonique sino-américaine. Enfin, sur le long terme, Pékin devra aussi gérer deux autres menaces majeures pour sa stabilité intérieure et son potentiel de croissance que sont le rapide vieillissement de la population et le dérèglement climatique.

Bientôt le chant du cygne?

Cela annonce-t-il le futur chant du cygne pour la Chine? Non, car le pays garde de bons fondamentaux macroéconomiques et des marges de sécurité financière confortables: un taux d’épargne très élevé, un compte courant légèrement excédentaire, une position extérieure nette largement positive avec les plus grandes réserves de devises du monde, des actifs publics considérables, un faible endettement extérieur et des marges de manœuvre budgétaire. La résilience chinoise est donc appelée à durer même si elle pourrait s’affaiblir au fil du temps.

Face à ce tableau tout en nuance au pays du yin et du yang, s’il ne fait pas de doute que les exportateurs belges doivent être présents en Chine, l’environnement des affaires reste difficile.

Il ne faut toutefois pas être naïf en faisant du business avec la Chine, la concurrence est rude et loin d’être équitable. À l’instar des Etats-Unis, la nouvelle Commission européenne entend rééquilibrer sa relation commerciale bilatérale avec la Chine. Cela devra passer par une meilleure défense des droits et intérêts des entreprises européennes, que ce soit face à la faible défense des droits de propriété et du transfert forcé des technologies, au déséquilibre dans la réciprocité d’accès au marché ou face aux larges subsides d’état et aux entreprises publiques dominant toujours plus l’économie de la Chine.

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