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L'entrée de Wirecard dans le DAX ou le début du grand basculement bancaire

CEO et Fondateur d’iBanFirst

Le remplacement de Commerzbank par la fintech Wirecard au sein de l’indice boursier Dax montre que la transformation du paysage bancaire s'accélère.

Par Pierre-Antoine Dusoulier
Fondateur et CEO d'IbanFirst

Cela fait longtemps que les venture capitalists et acteurs de la Silicon Valley sont convertis à la fintech… là où les investisseurs traditionnels restaient jusqu’ici plutôt acquis au modèle bancaire classique. Le remplacement de Commerzbank — deuxième établissement bancaire allemand — par la fintech Wirecard au sein du principal indice boursier allemand, à savoir le Dax, montre que les temps sont en train de changer.

Comment cette nouvelle entrante du Dax est-elle parvenue à se tailler une place dans ce club très fermé?

Une raison évidente d’abord: si le chiffre d’affaires et les profits de Wirecard sont largement inférieurs à ceux de Commerzbank, d’un facteur 10 au moins, sa capitalisation est en revanche beaucoup plus élevée.

©AFP

La valeur de la fintech a ainsi atteint 23 milliards d’euros, contre 10 milliards d’euros pour la banque. La capitalisation de Wirecard continue de surcroît à monter, là où celle de Commerzbank est en train de baisser petit à petit.

Mais la capitalisation ne suffit toutefois pas pour rentrer dans le Dax; l’objectif de ces Bourses est aussi d’identifier des acteurs qui resteront longtemps dans les indices. Si Wirecard y est parvenue, c’est donc que les fintechs convainquent désormais de leur capacité à s’inscrire dans le temps long, sortant ainsi du domaine du purement spéculatif; que les investisseurs comptent sur elles pour façonner le paysage bancaire des cinq ou dix années qui viennent.

©REUTERS

Mais quel sera ce nouveau paysage bancaire?

Le plus vraisemblable est que les banques, à l’instar des hôtels ou des compagnies de taxis, continuent à détenir les biens, les capitaux – en l’occurrence, les dépôts de leurs clients. Mais elles devront travailler de concert avec la multitude d’acteurs numériques qui proposeront de nouveaux services bancaires, sans pour autant eux-mêmes stocker d’argent.

Avec l’open banking et la réglementation européenne DSP2, les clients peuvent ainsi d’ores et déjà passer par les fintechs – dont les offres sont souvent plus souples, plus attractives, plus avantageuses que celles des banques traditionnelles – pour donner des ordres de paiement à leur établissement bancaire, exécuter des transactions, visualiser leurs comptes… Et nous n’en sommes encore qu’au tout début.

©AFP

La logique voudrait ainsi que les banques voient leur rôle réduit à celui de simple coffre-fort, à mesure que leurs clients se tourneront pour leurs opérations vers d’autres services bancaires plus compétitifs. Logique, également, que les banques perdent de la valeur à mesure qu’elles perdent en valeur ajoutée…

Nous sommes aujourd’hui dans une situation de transition: les deux modèles des banques traditionnelles et des fintech coexistent encore… avant le probable basculement d’un modèle à l’autre, comme cela a été le cas par exemple pour les MP3 par rapport aux CD. L’entrée de Wirecard dans le Dax pourrait marquer le début de cette inversion du rapport de force.

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