L'Espagne n'est pas cet espace de liberté européen dont celui-ci se vante

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Le jour où les politiciens et membres du gouvernement espagnol se décideront à réellement se comporter en démocrates, à entamer un dialogue constructif et régler un le problème par la voie de la politique et pas la judiciaire, il ne sera plus nécessaire de lancer une campagne médiatique internationale visant à démontrer combien l’Espagne est démocratique.

Contrairement aux affirmations de Pedro Sánchez, l’Espagne ne représente pas cet espace de liberté européen dont celui-ci se vante.

En effet, quand trois eurodéputés Catalans élus par 2,2 millions d'électeurs européens ne sont pas autorisés à siéger au Parlement Européen, l’Espagne laisse de ce fait, tant les élus comme leurs électeurs privés de leurs droits. De même, l’Espagne contraint six membres du gouvernement, incluant son président, ainsi qu’un activiste et un rappeur à l’exile, élément incompatible la liberté de parole, dont Pedro Sánchez fait état dans son article.

Référendum homologué

Pedro Sánchez ne peut pas accepter " la violation unilatérale de l’Espagne ", et en même temps ignorer les 80% de Catalans qui veulent décider leur avenir politique dans un référendum, tant pour dire " oui ", que pour dire " non ". Celui-ci préfère prétendre que la majorité des Catalans sont contre l’indépendance. Or, sans un référendum accordé et homologué, il est impossible de corroborer cette affirmation. Actuellement, aucun politicien à Madrid, quel que soit son parti, n’est disposé à l’organiser, bien que cela clorait le débat. Donc, hormis le référendum du 1er octobre 2017, la seule référence de la volonté des Catalans reste la composition de leur Parlement, et depuis 2010, les quatre législatures successives de Catalogne furent des majorités indépendantistes. Il est toutefois à noter qu’après le suffrage imposé du 21 décembre 2017, les résultats ont été altérés par l’intervention prévaricatrice de la Justice espagnole, qui a empêché les élus de siéger au parlement catalan. Cette situation s’est d’ailleurs répétée au parlement espagnol en avril 2019 et à l’Europe comme mentionné ci avant.

Pedro Sánchez dit qu'il rejette les idéologies nationalistes et l'extrémisme. Mais utiliser les forces de sécurité de l'État pour intimider et battre les électeurs et les manifestants au nom de l'unité espagnole est un exemple de nationalisme extrême.
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Pedro Sánchez dit qu'il rejette les idéologies nationalistes et l'extrémisme. Mais utiliser les forces de sécurité de l'État pour intimider et battre les électeurs et les manifestants au nom de l'unité espagnole est un exemple de nationalisme extrême, de même que maintenir des opposants politiques en détention préventive arbitraire (voir les avis correspondants du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire) au nom de l'unité espagnole; de même que soumettre ses opposants politiques à une parodie de procès et les sanctionner en prononçant des sentences excessives au nom de l'unité de l’Espagne; de même que fermer des sites web et de censurer des artistes au nom de l'unité espagnole entre autres exemples. En conclusion, Pedro Sánchez rejette les idéologies nationalistes et l'extrémisme, tant qu’ils ne sont pas espagnols.

Pedro Sánchez revendique que les Catalans ont soutenu la Constitution de 1978 à 90,5 %. C’est un fait non contesté. En effet, au sortir de 40 années de dictature franquiste et sous la surveillance attentive de l’armée par-dessus l’épaule, les catalans avaient-il d’autres alternatives ? C’était " à prendre ou à laisser ", de même que la monarchie remise en place par Franco et qui devait perpétuer le symbole du chef d’état.

La vérité est toute autre

Pedro Sanchez ©REUTERS

Pedro Sánchez dit que " l’Espagne est le deuxième pays le plus décentralisé d’Europe et que la Catalogne jouit de certains des plus hauts niveaux d’autonomie régionale de gouvernance sur le continent ". La vérité est toute autre. Au moment de la création de la constitution, afin de regrouper les nations historiques que sont le Pays Basque, la Galice et La Catalogne en une nation espagnole, le principe d’autonomies fût instauré, ouvrant une porte à un avant-projet de fédéralisation du pays. Ce ne fût pas le cas et en 2004, sous le gouvernement socialiste de Rodríguez Zapatero, la Catalogne demanda à actualiser son statut d’autonomie avec l’accord de tous les partis catalans. Un texte est rédigé et présenté à Madrid. Après d’âpres négociations avec le pouvoir espagnol et avec un contenu fortement édulcoré, il est voté et accepté au parlement espagnol et au Senat en mars et mai 2006. Il est validé par référendum en juin 2006 par 76% des votants Catalans, toute fois déçus des maigres améliorations de son contenu. Il entrera finalement en vigueur le 9 août, mais en juillet déjà, le Parti Populaire de Mariano Rajoy avait entamé une campagne de signatures contre ce statut avec la fameuse phrase : " una firmita contra los catalanes " (une petite signature contre les Catalans). Le PP obtient 500.000 signatures parmi toutes les régions espagnoles et la présenta au Tribunal constitutionnel. Celui-ci frappa d’inconstitutionnalité le tout nouveau statut catalan, quatre ans après, en 2010. Les juges éliminèrent du statut d’autonomie les articles qui gênaient au pouvoir, le vidant de ce fait de toute sa substance. Surprenamment, le statut de l'Andalousie, pourtant calqué sur le nôtre, n’a pas été présentait aux tribunaux.

Selon nous, la Catalogne n’a actuellement pas de statut d’autonomie suffisant et nous avons la certitude qu’elle n’aura jamais de sécurité légale et juridique au sein de l’État espagnol.
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Selon nous, la Catalogne n’a actuellement pas de statut d’autonomie suffisant et nous avons la certitude qu’elle n’aura jamais de sécurité légale et juridique au sein de l’État espagnol. C’est pourquoi une partie de la population est convaincue que l’indépendance est sa seule voie de salut, menant les citoyens à s’organiser, à manifester et à inciter leurs politiciens à l’indépendance. Soyons clairs car personne ne semble vouloir le comprendre, cette démarche libératrice se fait depuis la société civile, vers les instances dirigeantes et pas le contraire.

Dialogue, répression

Pedro Sánchez parle de dialogue, mais depuis 2017 s’en est suivi une escalade de la répression. Des exemples en sont les peines de prison cumulées de 100 ans pour l’organisation d’un référendum, qui est dépénalisé en Espagne; les détentions arbitraires de citoyens, accusés de terrorisme, pour effrayer les autres aux activistes; les abus de la force policière dans les manifestations, tels que même la Chine les utilise pour minimiser ses propres actions à Hong Kong. Pedro Sanchez parle de dialogue mais en plus de ne pas répondre aux courriers ni aux appels du président de la Catalogne, M. Torra, il se vante en campagne électorale de ne pas le faire et lui dit d’arrêter d’essayer de le contacter.

En conclusion, le jour où les politiciens et membres du gouvernement espagnol se décideront à réellement se comporter en démocrates, à entamer un dialogue constructif et régler un le problème par la voie de la politique et pas la judiciaire, il ne sera plus nécessaire de lancer une campagne médiatique internationale visant à démontrer combien l’Espagne est démocratique.

Elena San Jose et Thaïs Ribera Jorba
Représentation de l'assemblée nationale catalane à Bruxelles

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