L'Europe de l'est 30 ans après la chute du mur

De gauche à droite: les premiers ministres slovaque Peter Pellegrini, polonais Mateusz Morawiecki, tchèque Andrej Babis et hongrois Viktor Orban, lors du lancement du groupe de Visegrad ce 12 septembre, à Prague. ©AFP

Au moment où l’Europe s’apprête à célébrer (sans doute trop discrètement) les 30 ans de la chute du mur de Berlin, il est intéressant d’étudier le chemin parcouru par plusieurs anciens pays communistes.

Par Norbert Gaillard
Économiste et consultant indépendant

Cette carte blanche se penche spécifiquement sur le groupe de Visegrad, c’est-à-dire la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie. Avant tout, rappelons brièvement la situation économique des pays en question au tournant de la décennie 1990 (notons que la République tchèque et la Slovaquie étaient regroupées au sein d’un même État, la Tchécoslovaquie, jusqu’en 1992). Leur outil industriel s’avère dépassé et peu compétitif.

L’attractivité des pays de l’est est très forte.
Norbert Gaillard

La Tchécoslovaquie et la Hongrie sont perçues comme solvables mais la Pologne se trouve en défaut de paiement depuis 1981. Les trois pays attirent les investisseurs étrangers mais le risque politique demeure élevé. Dans la foulée de l’effondrement du communisme, ils connaissent une longue et sévère récession mais "émergent" à partir de 1994.

Croissance rapide du PIB

Entre 1994 et 2018, la croissance annuelle moyenne du PIB du groupe de Visegrad a atteint 3,4% (de 2,5% pour la Hongrie à 4,2% pour la Pologne), soit un rythme bien supérieur à celui des pays d’Europe occidentale.

Différents facteurs ont joué. Citons, entre autres: un phénomène "classique" de rattrapage économique, la qualité des réformes entreprises au fil des ans, l’entrée dans l’Union européenne en 2004 et l’obtention des fonds structurels européens. Au cours de la même période, ces quatre pays voient le stock des investissements directs étrangers entrants bondir en moyenne de 16% par an (de 11% pour la Hongrie à 19% pour la Pologne). À titre de comparaison, le taux de croissance annuel pour la Chine fut de 14%!

3,4%
de croissance
Entre 1994 et 2018, la croissance annuelle moyenne du PIB du groupe de Visegrad a atteint 3,4%.

L’attractivité des pays de l’est est donc très forte. L’examen du taux de chômage est tout aussi probant: actuellement, la Slovaquie a encore 7% de chômeurs mais ses trois voisins bénéficient du plein-emploi. Enfin, les notations financières sont toutes dans la catégorie investissement: elles s’échelonnent (chez Moody’s) de A1 pour la République tchèque à Baa3 pour la Hongrie. Le constat qui s’impose est indiscutable: les économies du groupe de Visegrad ont remarquablement progressé depuis 1989.

Plusieurs défis économiques

Malgré tout, certaines fragilités persistent: elles sont essentiellement d’ordre économique et institutionnel.

Plusieurs défis économiques sont communs aux quatre pays: le vieillissement de la population, la prochaine réduction des fonds européens qui leur sont alloués et la dépendance à l’égard des investisseurs étrangers et de l’économie allemande. Certains défis sont nationaux. Par exemple, la Hongrie, qui fait figure de maillon faible, souffre d’une dette publique encore très élevée (70% du PIB) et d’un déficit budgétaire chronique. En Slovaquie (seul membre de l’Union à avoir adopté la monnaie unique), c’est la capacité réformatrice du gouvernement actuel qui s’est étiolée, comme l’atteste la récente reculade sur le dossier des retraites.

Les quatre pays sont confrontés à des problèmes récurrents pour contenir la corruption, préserver l’état de droit et assurer l’indépendance du système judiciaire.
Norbert Gaillard

Cependant, les principaux obstacles relèvent du domaine institutionnel. Les quatre pays sont confrontés à des problèmes récurrents pour contenir la corruption, préserver l’état de droit et assurer l’indépendance du système judiciaire. La Hongrie, la Slovaquie et la Pologne sont clairement sur la sellette. Les divers scandales et tragédies qui ont eu lieu ces dernières années sont donc loin d’être anecdotiques ou de simples faits divers. La République tchèque est moins touchée; d’ailleurs, la moyenne de ses indicateurs de gouvernance (calculés par la Banque mondiale) est supérieure à celle de l’Espagne.

Démocratisation de la région

Quelles conclusions tirer finalement de ces 30 dernières années? Tout d’abord, le groupe de Visegrad a remarquablement réussi son passage à l’économie de marché. Le prochain objectif est désormais d’assurer la montée en gamme de sa production industrielle et de ses services, à l’image de ce que la Corée du Sud a accompli depuis 20 ans.

Le groupe de Visegrad a remarquablement réussi son passage à l’économie de marché.
Norbert Gaillard


Ensuite, la démocratisation de la région est globalement satisfaisante mais la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne peinent encore à intégrer les valeurs du libéralisme politique. Or, un État anciennement communiste comme l’Estonie a prouvé que cette mue était possible. Pour cela, il est indispensable d’écarter le pseudo-modèle de "démocratie illibérale" (expression méprisable et politiquement correcte servant à désigner le populisme) et de revenir précisément aux sources du libéralisme: transparence, impartialité, responsabilité et équilibre des pouvoirs.

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