L'Europe doit offir une réponse économique forte... et vite

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Si l’UE parvient à faire preuve d'audace et apporter maintenant une contribution décisive aux nombreux acteurs économiques, elle aura montré sa capacité à anticiper et à protéger en sauvant les milliers d’entreprises au bord du gouffre. Tout le monde en sortira gagnant.

Alors que les ravages de la pandémie commencent seulement à se faire sentir, le tissu économique de la plupart des pays de l’UE a déjà subi un choc sans précédent depuis la dernière guerre. Chacun d’entre nous connaît un dirigeant d’entreprise ou une indépendante qui s’est vu contraint de suspendre son activité, sans aucune visibilité sur une éventuelle reprise. C’est pourquoi il est de la plus haute importance de travailler dès à présent à la mise en œuvre des outils de soutien et de relance sans lesquels une dépression majeure succèdera inéluctablement à la crise sanitaire.

Pierre-Emmanuel Noël

Représentant de la BEI pour les opérations en Belgique*

Professeur à SciencesPo Paris

Des réponses ont déjà été mises en œuvre au niveau belge et notamment un astucieux mécanisme de 50 milliards d’euros de garantie du Fédéral portant sur des portefeuilles de crédits bancaires en faveur des entreprises non financières et des indépendants "viables". Mais aussi ambitieuses qu’elles puissent être, elles ne seront pas suffisantes si l’Europe ne prend pas le relais.

La Commission suit de près l’évolution des effets du Covid-19 sur l’économie dans son ensemble et assouplira les règles limitant l’endettement dans la zone euro. La BCE a par ailleurs annoncé des montants de rachat de titres obligataires souverains et d’entreprises pour un montant considérable de 1.000 milliards d’euros. Ce "bazooka" monétaire permettra de stabiliser le système financier, mais n’atteindra pas directement et immédiatement les PME, pour lesquels une injection immédiate de liquidités sera souvent une question de survie à un horizon de deux ou trois mois.

«Face à des entreprises exsangues et en état de choc, la meilleure thérapie à court terme pourrait consister à proposer, très largement et sans conditions excessives, des prêts d’urgence à taux zéro (ou très faible) remboursables sur 3-4 ans.»

Le groupe BEI entend mobiliser rapidement 40 milliards d’euros dans un premier temps, qui devront être déployé au travers d’intermédiaires financiers, que ce soient les institutions financières publiques régionales (SRIW, Finance.Brussels, etc.) ou les banques commerciales. Des contacts réguliers ont lieu en ce moment avec les dirigeants des principales banques publiques afin de cerner les contours du soutien européen d’urgence qui pourrait être mis en œuvre.

"Défibrillateur" économique

Face à des entreprises exsangues et en état de choc, la meilleure thérapie à court terme pourrait consister à proposer, très largement et sans conditions excessives, des prêts d’urgence à taux zéro (ou très faible) remboursables sur 3-4 ans, avec amortissement différé du capital et, lorsque cela s’avère nécessaire, un caractère subordonné, c’est-à-dire opérant comme une injection de quasi-fonds propres ne causant pas de stress supplémentaire sur la trésorerie déjà vulnérable des bénéficiaires.

Ce prêt, véritable "défibrillateur" économique, serait consenti grâce à la capacité de funding et de contre-garantie que la BEI pourrait mette en place rapidement en partenariat avec les intermédiaires financiers précités, en s’appuyant elle-même sur le budget de l’UE dans une configuration voisine du déjà éprouvé "Plan Juncker" qui a permis de mobiliser près de 500 milliards d’euros d’investissements en 5 ans.

Il ne faut pas se le cacher, le défi est considérable pour des institutions européennes elles aussi ébranlées par la pandémie et dont le fonctionnement, déjà passablement lourd, se trouve fortement perturbé. Mais si l’UE parvient à faire preuve de l’audace et de la vision requises et à apporter – maintenant, car dans six mois il sera trop tard – cette contribution décisive aux nombreux acteurs économiques, tous secteurs confondus, trop petits pour profiter de l’action de la BCE sur les marchés, elle aura montré sa capacité à anticiper et à protéger en sauvant les milliers d’entreprises au bord du gouffre. Tout le monde en sortira gagnant.

* Pierre-Emmanuel Noel est représentant de la BEI pour les opérations en Belgique & Professeur à SciencesPo Paris. Cette contribution revêt un caractère strictement personnel et n’engage en aucun cas les institutions mentionnées.


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