L'Europe doit reconquérir sa souveraineté numérique

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L'Europe doit pourvoir disposer d'un grand moteur de recherche européen avec une fibre sociale et environnementale disposant de data center localisés en Europe utilisant les meilleurs atouts géographiques et fonctionnant avec 100% d’énergies renouvelables.

Par Hakim BOUZBIB
Diplômé en Conseiller budget-fiscalité à la commission des finances du Parlement de Wallonie

Depuis la fin des années 70, nous avons connu un incroyable développement des ordinateurs personnels et plus largement du monde numérique.

Avec l’arrivée du World Wide Web et de l’Internet dans les années 90, ce phénomène numérique s’est accéléré. L’exploitation de l’Intelligence artificielle, de la robotique et d’une nouvelle génération d’ordinateurs quantiques ainsi que de nouvelles découvertes complètera cette tendance lourde en ce XXIe siècle.

Dans ce contexte, il faut constater que beaucoup d’innovations ont été développées ou ont connu leurs exploitations Outre-Atlantique et plus particulièrement en Californie.

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Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft (GAFA (M)) sont aujourd’hui devenus les géants numériques incontournables grâce aux Universités américaines très innovantes, à des inventeurs, mais aussi aux sources de financements importantes tant privées que publiques.

Entre GAFAM et contre GAFAM

Face aux GAFA (M), les contre-GAFAM sont chinois et non européens. La Chine rattrape rapidement son retard numérique. La Russie reste un ilot avec ses propres réseaux sociaux comme VKontakte. L’Union européenne est donc enserrée par ces GAFAM et contre GAFAM, ce qui pose la question de la souveraineté numérique européenne.

L’Union européenne a complètement loupé la révolution Internet et des applications.
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Si les pays européens étaient bien présents au début de cette mutation (pensons à Linux ou au rôle des Européens dans certaines applications comme Skype), l’Union européenne a complètement loupé la révolution Internet et des applications. Non pas à cause d’une absence d’ingénieurs, de chercheurs, de volontés ou de richesse nationale mais bien en raison d’une absence de stratégie européenne assortie d’investissements suffisants.

Certes, il existe un moteur de recherche privé français nommé Qwant devenu franco-allemand par son financement qui garantit à la fois la vie privée des gens, se veut pleinement européen et s’engage à développer ses serveurs ici en Europe. Mais il reste méconnu. Sur les recherches effectuées en France, Google détient 93,8% des parts de marché en France contre à peine 0,58% pour Qwant.

Quant aux réseaux sociaux, là aussi, les alternatives existent même si elles sont limitées (pensons à Mastodon qui se veut depuis 2016 l’alternative à Twitter mais connaissiez-vous son existence?).

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L’écosystème numérique européen est divisé, pas celui des Etats-Unis. Les Etats-membres ont développé chacun leurs politiques de leur côté. La France avec sa French Tech a une stratégie active, la Wallonie a lancé Digital Wallonia mais aucune stratégie intégrée dans ce domaine n’a été définie au niveau européen.

Pire, ce non-décollage est aussi dû à une politique de concurrence européenne rigide qui a empêché la création de nouveaux géants européens comme Airbus dans l’aéronautique en son temps.

Lors de l’appel de Paris du 18 décembre, au sortir d’une réunion informelle des Ministres européens, 19 pays ont demandé, via une déclaration, à revoir les règles de concurrence après les élections européennes de mai 2019 et d’agir auprès de la nouvelle Commission européenne. Leurs objectifs, créer des géants industriels européens! Seront-ils entendus? N’est-il pas trop tard?

Il faut de toute urgence défendre notre contre-modèle numérique démocratique.
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Il faut de toute urgence défendre un contre-modèle numérique européen et démocratique. Développer un véritable réseau social européen interconnecté devient vital.

Dans ce cadre, les pouvoirs publics locaux, régionaux, nationaux et européens doivent montrer l’exemple et encourager les administrations à utiliser ces alternatives quand c’est possible et pousser à l’utilisation de ces derniers dans les marchés publics. Aux grandes plates-formes commerciales et envahissantes, la décentralisation d’Internet doit être de mise.

Plus largement, tous les efforts des administrations publiques ne suffiront pas. La volonté et la confiance des citoyens devront être fortes et déterminées à échapper à ce modèle numérique actuel. Ce qui suppose d’avoir des alternatives numériques crédibles et tout aussi performantes que celles proposées par les GAFA américains.

Un moteur… écologique

7%
Consommation électrique d'internet
Internet est le 6ème consommateur d’énergie au monde. Cela représente 7% de la consommation électrique mondiale.

Dans sa quête de sa souveraineté numérique, l’Europe doit garder à l’esprit qu’Internet est le 6ème consommateur d’énergie au monde avec 7% de la consommation électrique mondiale. Le monde virtuel pollue. Il ne s’agit pas de virus mais bien d’émissions de C02 notamment émis par les immenses data centers à travers le monde. Il faudra donc avoir à l’esprit que toute démarche européenne devra permettre d’avoir une empreinte écologique la plus basse possible et la plus respectueuse de l’environnement.

Si des moteurs de recherche "écologiques" francophones existent comme Ecogine, Ecosia ou Lilo, ces derniers utilisent toutefois la technologie Google ou Bing ce qui renvoie au problème de souveraineté numérique européenne.

Pour un grand moteur de recherche européen avec une fibre sociale et environnementale disposant de data center localisés en Europe utilisant les meilleurs atouts géographiques et fonctionnant avec 100% d’énergies renouvelables. Voilà l’objectif. Pour un réseau social solidaire et respectueux de la vie privée des citoyens. C’est tout à fait possible.

En tout cas, il faut impérativement un grand débat européen avec l’implication des citoyens dès 2019…

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