tribune

L’heure de la restitution d’objets spoliés au Congo est venue

Coordinateur du plan CATCH

Il faut abolir l’inégalité historique et structurelle des connaissances. Il nous incombe dès lors de restituer les objets acquis par nos ancêtres de façon illégitime parce qu’ils appartiennent au peuple congolais.

"Notre histoire est faite de réalisations communes, mais a aussi connu des épisodes douloureux. À l’époque de l’État indépendant du Congo, des actes de violence et de cruauté ont été commis, qui pèsent encore sur notre mémoire collective. La période coloniale qui a suivi a également causé des souffrances et des humiliations."

Thomas Dermine. ©BELGA

Ces mots ont été prononcés par le Roi Philippe, il y a un peu plus d’un an lors de la cérémonie des 60 ans de l’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC). Plus loin dans son discours le Roi continue "pour renforcer davantage nos liens et développer une amitié encore plus féconde, il faut pouvoir se parler de notre longue histoire commune en toute vérité et en toute sérénité."

Le temps n’efface rien. Au mieux, il recouvre d’un voile des souvenirs éteints qui se rallument à la première brise. Il était donc temps pour ces excuses au plus haut niveau de l’État.

Je suis convaincu que le colonialisme était un système fondamentalement injuste d’occupation territoriale, d’exploitation économique et de violence physique et mentale, malgré les bonnes intentions de certains coloniaux et les réalisations du gouvernement colonial telles que les infrastructures de transport, l’éducation et les soins de santé.

Abolir l’inégalité historique et culturelle des connaissances

Il faut absolument éviter que le colonialisme fasse peau neuve et il faut donc abolir l’inégalité historique et structurelle des connaissances.

La restitution du patrimoine colonial acquis de manière illégitime, peut influer sur l’attitude et le changement de comportement de la population à l’égard du racisme, de la xénophobie et de l’intolérance.

Des actions concrètes telles que la restitution du patrimoine colonial acquis de manière illégitime peut influer sur l’attitude et le changement de comportement de la population à l’égard du racisme, de la xénophobie et de l’intolérance.

Aujourd’hui, la population en RDC est caractérisée par l’importance de sa jeunesse, 60% des habitants ont moins de 20 ans. Il en va d’abord et avant tout de l’accès de la jeunesse africaine à sa propre culture, à la créativité et à la spiritualité d’époques dont la connaissance et la reconnaissance ne peuvent pas être réservées aux sociétés occidentales ou aux diasporas qui vivent en Europe.

On ne peut pas jouir des musées en ignorant complètement la face cachée de certains objets. Il s’agit d’objets pris, avec ou sans consentement du pays d’origine, lors de missions scientifiques, lors d’expéditions militaires, lors de déplacement d’agents territoriaux ou dans le cadre d’activités évangélisatrices. Il est important que les visiteurs de nos musées sachent comment certains objets sont arrivés dans les vitrines.

Le temps n’efface rien, mais ce qui ne nous appartient pas ne nous appartient pas. Point final.

Victor Hugo disait: "Rien n’est plus fort qu’une idée dont l’heure est venue" et je pense que l’heure de la restitution d’objets spoliés au Congo est venue. Les objets acquis par nos ancêtres de façon illégitime ne nous appartiennent pas. Ils ne sont pas à nous. Ils appartiennent au peuple congolais. Point final.

Approche fondée sur 2 principes

L’objectif de notre approche est de cesser d’opposer des avancées sur le plan des principes et des symboles, aux enjeux pratiques de la restitution matérielle et de la conservation du patrimoine.

Notre approche repose sur 2 principes.

Tout d’abord, la séparation de la question du transfert de propriété de la question de la restitution matérielle. Trop souvent dans le passé, les discussions sur les objets coloniaux ont été arrêtées par un argument de conservation. Pour permettre le transfert de propriété, le caractère aliénable de tous les objets pour lesquels il n’a pas encore été possible de déterminer que la Belgique les a acquis légitimement est légalement reconnu.

Cela permet de vider la question de la propriété et de se donner le temps, dans un cadre bilatéral, de construire les conditions de la conservation. Le second principe de notre démarche est que le dialogue entre les deux pays doit être le fil rouge du processus, puisque le transfert matériel des objets (au-delà du transfert de propriété) doit s’inscrire dans un cadre diplomatique bilatéral, idéalement en concertation avec la coopération au développement pour renforcer les conditions de conservation.

Trois catégories d’objets

Cette approche à deux principes se concrétisera par trois catégories d’objets acquis pendant la période coloniale au Congo.

Catégorie 1: les objets pour lesquels nous savons qu’ils ont été acquis de façon illégitime. Ces objets sont rendus aliénables à des fins de restitution. Un accord entre la Belgique et la République démocratique du Congo fixerait les conditions dans lesquelles la RDC pourrait exiger - si elle le souhaite - le transfert physique des objets sur son territoire. 

Catégorie 2: les objets pour lesquels nous savons qu’ils ont été acquis de façon légitime. Ils sont évidemment conservés dans le domaine public de l’État.

Catégorie 3: les objets pour lesquels nous ne savons pas s’ils ont été acquis de manière illégitime. Concernant ces objets, il faudra accélérer les études de provenance avec des équipes scientifiques mixtes. Les objets en attente d’investigation ou dont l’investigation ne permettrait pas de déterminer le caractère légitime ou illégitime de l’acquisition resteraient aliénables, ce qui les distinguerait symboliquement des objets légitimement acquis.

Il est de notre ressort collectif d’agir sur le présent afin de modifier l’avenir. Le nôtre et celui des générations futures. Ici en Belgique, mais aussi au Congo.

En guise de conclusion, j’aimerais rappeler certains éléments. La colonisation et certaines exactions commises dans ce cadre ont longtemps privé des générations de Congolais d’un accès à leur patrimoine, à leur histoire, à leur culture, à la créativité et à la spiritualité de leurs ancêtres.

On ne peut pas changer le passé. La Belgique devra vivre avec cet héritage et ce passé colonial trouble. Cependant, il est de notre ressort collectif d’agir sur le présent afin de modifier l’avenir. Le nôtre et celui des générations futures. Ici en Belgique, mais aussi au Congo.

À travers, ce travail sur la restitution, nous voulons nous engager dans ce sens. Main dans la main avec le peuple congolais.

Par Thomas Dermine, secrétaire d’État pour la Relance et les Investissements stratégiques, chargé de la Politique scientifique.

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