L'industrie 4.0 en Wallonie, un défi plus culturel que technologique

©doc

La révolution de l’Industrie 4.0 est bel et bien en marche. Il est urgent d’en saisir les enjeux économiques, sociaux et environnementaux.

Par Thierry Castagne, Directeur général d’Agoria Wallonie

L’heure n’est plus à l’attentisme pour nos entreprises si elles veulent prospérer dans un environnement où la production de masse, telle que nous la connaissons depuis des siècles, va progressivement s’effacer au profit d’une production de plus en plus personnalisée.

Notre région recèle des pépites industrielles qui utilisent déjà la robotisation, la numérisation, mais aussi des technologies comme l’additive manufacturing (impression 3D industrielle) ou l’Internet des Objets (avec des capteurs de plus en plus performants et abordables). Ces entreprises ont optimisé leurs processus de production, conçoivent  des produits plus ‘intelligents’, c’est-à-dire plus en phase avec les attentes des clients, ou inventent de nouveaux modèles d’affaires, notamment plus circulaires.

Alors si le défi de l’industrie en Wallonie n’est pas d’acquérir ces technologies, qui sont déjà à sa portée, ne serait-il pas culturel ?

Atelier de l’Avenir, Burnsen, Stabilame, Lasea, Emac, Prayon et Mobic, sont les  7 lauréats des prix  " Ambassadeurs Made Different " décernés le 20 mars à Namur par Digital Wallonia. Ces entreprises sont des exemples à suivre pour les entreprises manufacturières qui restent encore dubitatives face au concept d’industrie 4.0. Il est urgent de démystifier ces technologies qui font encore peur et sont perçues comme tueuses d’emplois. Cela passe tout simplement par l’information et le partage d’expériences. A cet égard, on peut se réjouir que le programme Made Different, soit de plus en plus connu en Wallonie. Initié à l’origine par Agoria, Sirris et le Pôle Mecatech, ce programme vise à aider les entreprises à adapter leurs méthodes de production et à se transformer en usines du futur. Porté aujourd’hui par l’Agence du Numérique dans le cadre de Digital Wallonia, il réunit 25 partenaires de différents secteurs.

Les 7 entreprises désignées " Ambassadeurs Made Different 2018 " rejoignent le peloton de tête des entreprises wallonnes occupées à se transformer en usines du futur, capables de produire de façon plus rapide, plus efficace et plus écologique. A l’instar d’autres pionniers wallons comme BEA (capteurs pour portes automatiques), Rolph&Rolph (produits alimentaires), Jtekt Torsen ou Valeo (équipements automobiles), ces entreprises ont commencé à intégrer les technologies les plus récentes  pour perfectionner leurs produits ou leurs processus de production, tout en maintenant l’humain au cœur de la création de valeur.

De nouveaux modèles d’affaires

Ces PME ou filiales de groupes mondiaux ont compris qu’investir dans l’une (ou plusieurs) des 7 transformations du programme Made Different est une question de compétitivité et donc de survie. Une étude de CapGemini, parue en 2017, indique que les entreprises manufacturières au niveau mondial s’attendent pour les 5 prochaines années à des gains d’efficacité annuels qui seront 7 fois supérieurs à ceux connus dans les années 90 ! Il n’est dès lors par étonnant, selon la même étude, que 76% des entreprises de fabrication aient déjà pris le cap vers la ‘smart factory’. Environ 56% des leaders du ‘manufacturing’ au niveau mondial ont déjà investi au moins 100 millions de dollars dans des usines du futur.

L’adage pour ‘vivre heureux, vivons cachés’ reste trop souvent de mise. Construire des usines du futur, ce n’est pas uniquement une question de savoir-faire mais aussi de faire-savoir.
thierry castagne
Directeur général d’Agoria Wallonie

Une chance pour l’emploi

La transition vers ces usines du futur est en enjeu économique majeur, véritable condition sine qua non pour maintenir l’ancrage industriel et l’emploi dans notre région. Rappelons qu’en 20 ans, les effectifs moyens d’une entreprise de l’industrie technologique wallonne sont passés de 23 à 17 personnes. En redéfinissant ses processus de production, et singulièrement en rendant sa chaîne logistique plus agile, plus proche de ses clients et plus écologique, BEA a par exemple rapatrié une partie de sa production de la Chine vers Liège. Ensemble, les 20 entreprises élues " Factories of the Future " par Agoria et Sirris  pour avoir investi dans les 7 leviers de transformation Industrie 4.0  - dont Jtekt Torsen et Valeo - ont augmenté leur emploi de 13%. Bref, l’industrie 4.0 est une formidable opportunité de développement, voire de relocalisation, d’activités et d’emplois dans notre région.

Valorisons nos succès wallons!

Nulle place donc pour le défaitisme. Mais pour renverser la vapeur, la Wallonie industrielle a besoin de créer une émulation. L’usine du futur est plus ouverte sur son environnement. Or, l’adage pour ‘vivre heureux vivons cachés’ reste trop souvent de mise. Construire des usines du futur, ce n’est pas uniquement une question de savoir-faire mais aussi de faire-savoir. Les Wallons doivent oser sortir de leur discrétion, partager leurs leçons pour s’inscrire dans un écosystème fort. C’est bien l’objectif de cet événement Ambassadeurs Made Different 2018 de Digital Wallonia.

On peut également se réjouir de l’inauguration en octobre dernier du Centre Wallon d’Excellence Opérationnelle d’Agoria installé dans le centre de compétences  TechnoCampus sur l’Aéropole de Charleroi. Et, dans le prolongement, du lancement attendu du Démonstrateur Industrie 4.0, sorte de Living Tomorrow de l’industrie du futur, exposant des cas pratiques, projet mobilisateur associant Technocampus, Technifutur, Mecatech et Sirris. .

“Si vous vous êtes endormi hier en tant qu’entreprise industrielle, vous allez vous réveiller ce matin en tant qu’entreprise spécialisée dans les logiciels et les solutions analytiques,” déclarait Jeff Immelt, pendant 16 ans CEO du géant américain General Electric (GE), l’un des plus gros investisseurs dans les usines du futur. À méditer ...

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