L'industrie wallonne peut-elle aider à sauver la planète?

Recyclage automobile sur le site de Comet à Obourg. ©Dominic Verhulst/dotch.be

Face à la mobilisation pour la planète mais en considérant le poids relatif de la Wallonie à l’échelle mondiale, nos acteurs industriels peuvent-ils vraiment avoir un impact significatif sur les enjeux climatiques? À travers les technologies développées, la réponse est oui!

Par Dominique Demonté
Directeur général Agoria Wallonie

Avant d’aborder le potentiel wallon, la première question, cruciale, qui oppose actuellement "techno-sceptiques" et "techno-confiants" est: la technologie peut-elle sauver la planète? S’il est clair que le progrès technologique ne résoudra pas à lui seul tous les problèmes environnementaux, il peut y contribuer très largement. L’innovation technologique est même aujourd’hui une des pistes les plus sérieuses pour préserver notre planète sans sacrifier notre bien- être. Certaines entreprises wallonnes en sont l’illustration, cultivant un savoir-faire technologique capable de "verdir" des secteurs entiers et d’avoir un impact bien au-delà de nos frontières.

Ceci étant dit, nos entreprises en font-elles assez pour la planète?

66%
CO2
Une étude Roadmap 2050 estime que les émissions de CO2 par l’industrie technologique pourraient baisser de 66% supplémentaires d’ici 2050, ce qui représenterait une réduction totale de 75% par rapport au début du siècle.

Si l’on considère les entreprises en tant que consommatrices d’énergie (et émettrices de CO2), les secteurs de l’industrie technologique auront en moyenne, pour la période 2000-2013, diminué leurs émissions CO2 d’environ 25%. De nouveaux engagements ambitieux, via des "accords de branche" ont été pris jusqu’en 2020. C’est bien mais ce n’est encore que le début d’un cycle vert (ueux): une étude Roadmap 2050 estime que les émissions de CO2 par l’industrie technologique pourraient baisser de 66% supplémentaires d’ici 2050, ce qui représenterait une réduction totale de 75% par rapport au début du siècle.

Ces efforts sont indispensables, ils doivent être salués et bien entendu poursuivis. Mais le champ des possibles ne se limite pas au verdissement des processus internes à nos entreprises. L’industrie technologique wallonne a également une carte à jouer en tant qu’acteur de changement pour l’ensemble de la société, en facilitant des progrès systémiques sur le plan environnemental avec des impacts globaux. Et c’est sur ce potentiel d’innovation écologique au service de tiers, voire de filières entières, que nous souhaitons nous attarder ici.

Si la Wallonie n’est pas encore un eldorado «greentech», on peut se réjouir de constater qu’un certain nombre d’entreprises prennent une longueur d’avance dans la mise en adéquation des enjeux écologiques et économiques.

Si la Wallonie n’est pas encore un eldorado "greentech", on peut se réjouir de constater qu’un certain nombre d’entreprises prennent une longueur d’avance dans la mise en adéquation des enjeux écologiques et économiques.

L’auto en économie circulaire

Recyclage automobile sur le site de Comet à Obourg. ©Dominic Verhulst/dotch.be

Un premier exemple, qui a fait l’actualité ces derniers jours avec l’inauguration de l’un des premiers centres en Europe pour le recyclage des véhicules électriques et hybrides, est le groupe Comet. Cette entreprise familiale (quelque 380 travailleurs), spécialisée à l’origine dans la collecte et le traitement des métaux et des plastiques, a développé au fil des ans sur son site d’Obourg (Mons) une filière complète et évoluée de valorisation des différents types de résidus issus de véhicules en fin de vie. Comet traite quelque 250.000 tonnes de résidus de broyage par an. Au final, plus de 95% du véhicule à la casse est réinjecté dans l’économie circulaire. Le résidu le plus fin est valorisé comme sable de substitution dont l’utilisation pour la réfection des routes a été certifiée par le service public wallon.

L’entreprise étend à présent son savoir-faire de recycleur vers le secteur en devenir des véhicules hybrides et électriques, proposant notamment un processus spécifique de dépollution, extraction, valorisation et (re) conditionnement des batteries à technologie Lithium-Ion, par opposition aux batteries traditionnelles au plomb.

Parallèlement, Comet collabore avec une autre entreprise wallonne, Citius Engineering, dans l’objectif de valider puis commercialiser un processus innovant de tri robotisé des métaux, avec la promesse d’optimiser les taux de recyclage chez des tiers.

Enfin, Comet devrait bientôt récolter les premiers fruits du projet de recherche Phoenix, initié en 2013 dans le cadre du Plan Marshall et axé sur la production d’un carburant fabriqué exclusivement avec des résidus automobiles. Les ingénieurs de Comet estiment qu’un véhicule recyclé "produit" entre 15 à 20 litres de carburant. En collaboration avec la Liégeoise Coretec Energy, ce carburant révolutionnaire devrait être testé d’ici la fin de l’année sur une centrale à cogénération qui devrait, à terme, rendre Comet auto-suffisante en énergie, bouclant ainsi joliment la boucle.

Chauffage au bois moins polluant

©stuv

Restons dans le domaine de l’énergie pour un deuxième exemple wallon, facilitant l’éco-efficacité au cœur des foyers cette fois: le fabricant de poêles de chauffage Stûv, à Bois-de-Villers. En intégrant le digital dans un secteur traditionnel, l’entreprise s’est distinguée récemment pour son éco-conception d’un poêle à pellets sans doute le moins polluant du marché avec une production de particules fines quatre fois inférieure à la réglementation européenne qui entrera en vigueur en 2022, et une production de CO vingt fois inférieure à la future norme européenne.

La première ressource de la Wallonie, c’est sa matière grise. Comme le démontrent les ingénieurs des entreprises précitées, le réchauffement climatique est aussi une opportunité de concilier innovation, savoir-faire industriel et flair commercial pour rendre nos modes de vie plus respectueux de la planète. Ces exemples démontrent par ailleurs qu’à travers des partenariats technologiques et via des développements industriels, la Wallonie peut significativement contribuer aux enjeux climatiques.

 

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