carte blanche

L'Italie au pied du mur

Norbert Gaillard

Les investisseurs n’ont donc aucune raison de s’affoler outre mesure face aux résultats des élections italiennes. Il n’en reste pas moins que l’Italie se trouve aujourd’hui dans une triple impasse: institutionnelle, politique et économique.

©doc

Par Norbert Gaillard
Économiste et consultant indépendant

Les élections italiennes du 4 mars ont rendu leur verdict. Le grand perdant de ce scrutin est indiscutablement le Parti démocrate, à la tête de la majorité sortante, qui n’obtient que 18% des sièges à la Chambre des députés et au Sénat. Les deux grands vainqueurs sont le Mouvement 5 Étoiles (M5S) et la coalition de droite qui obtiennent respectivement 36% et 42% des sièges dans chacune des deux assemblées.

Ces résultats étaient assez largement anticipés par les instituts de sondage. La seule surprise notable est finalement de voir la Ligue devancer son partenaire Forza Italia au sein de la coalition de droite. Les investisseurs n’ont donc aucune raison de s’affoler outre mesure. Il n’en reste pas moins que l’Italie se trouve aujourd’hui dans une triple impasse.

Impasse institutionnelle…

©REUTERS

Impasse institutionnelle d’abord. Les réformes menées ces dernières années n’auront pas permis de dégager systématiquement une majorité absolue à chaque scrutin législatif. Ce fut le cas en 2013 mais pas en 2018. Même si le très ambitieux projet de réforme constitutionnelle soumis à référendum en 2016 par le Président du Conseil d’alors Matteo Renzi avait été adopté – rappelons qu’il a été rejeté par 59% des électeurs italiens –, le pays n’aurait pas pour autant été capable de se doter d’une majorité absolue.

L’Italie ne peut sortir véritablement de cette impasse qu’en optant pour un mode de scrutin exclusivement majoritaire ou en accouchant d’un système politique bipartite.
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L’Italie ne peut sortir véritablement de cette impasse qu’en optant pour un mode de scrutin exclusivement majoritaire ou en accouchant d’un système politique bipartite, ou tout au moins reposant sur deux grandes coalitions. Force est de constater que de nombreux élus et dirigeants économiques n’ont aucun intérêt à un tel bouleversement. Quand on observe la montée des populismes dans la péninsule, on est tenté, non sans un certain cynisme, de leur donner raison.

…politique…

Passons maintenant à la deuxième impasse, politique celle-ci. Les élections ont marqué le triomphe des partis anti-système, en particulier le M5S et la Ligue. Ces mouvements, ayant réuni 50% des voix à eux deux, sont ouvertement eurosceptiques – on parlera même d’europhobie dans le cas de la Ligue.

Quelle que soit la coalition qui émerge, il faut s’attendre à un grand flou dans les orientations et à un risque d’instabilité gouvernementale susceptible de saper la crédibilité du pouvoir en place.
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Néanmoins, leur alliance est assez improbable à ce stade. Le M5S, qui s’est recentré sous la houlette de son jeune leader Luigi Di Maio, semble plus apte à constituer un gouvernement en s’alliant, par exemple, avec le Parti démocrate. Mais sur quelles bases? Quelle que soit la coalition qui émerge, il faut s’attendre à un grand flou dans les orientations et à un risque d’instabilité gouvernementale susceptible de saper la crédibilité du pouvoir en place.

… et économique

Troisième impasse, sans doute la plus importante: l’impasse économique. Au-delà des rodomontades et de la rhétorique, le gouvernement qui prendra les rênes de l’Italie dans les prochaines semaines (ou les prochains mois…) aura des marges de manœuvre aussi réduites que celles du gouvernement actuel de Paolo Gentiloni.

Le taux de chômage, à 11,5%, est le troisième taux le plus élevé de la zone euro mais le Mezzogiorno, qui a massivement voté pour le M5S, a un niveau de sous-emploi comparable à la Grèce. Le ratio de dette des administrations publiques sur PIB s’est certes stabilisé à 155% depuis trois ans mais il est le plus important de la zone euro après celui d’Athènes.

Dernier point: le secteur bancaire italien reste extrêmement fragile en dépit des garanties et des recapitalisations récentes. La banqueroute d’un établissement pourrait précipiter une nouvelle crise de la dette souveraine, ravivant le spectre d’un défaut de paiement.

Une rupture avec l’Union européenne serait aussi maladroite que contre-productive.
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Que peut donc faire alors le prochain gouvernement? Une rupture avec l’Union européenne serait aussi maladroite que contre-productive.

Tout d’abord, l’Italie a besoin de ses partenaires européens pour résoudre la crise des migrants. Elle est d’ailleurs en droit de leur mettre la pression afin d’obtenir plus de moyens financiers et humains. Ensuite, le prochain Président du Conseil devra comprendre que les nombreux débats actuels au sein de l’Union sont autant d’opportunités pour nouer des alliances.

D’un côté, le Président Macron souhaite un renforcement de la gouvernance de la zone euro via l’instauration d’un budget commun. De l’autre, huit "pays du Nord" (la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, la Finlande, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et l’Irlande) ont publié le 6 mars un communiqué commun dans lequel ils considèrent que le respect des règles du Pacte de Stabilité et de Croissance est une condition préalable à tout approfondissement de la construction européenne. Le décor est planté.

Enfin, l’Italie doit suivre de près les discussions visant à transformer dès 2019 le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) en Fonds Monétaire Européen (FME). Le FME, qui serait un organe communautaire et non plus intergouvernemental comme le MES, jouerait le rôle de garant des banques de la zone euro en difficulté. Voilà qui pourrait être bien utile…

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