L'Otan a 70 ans, sa facture reste source de tensions

©AFP

Les tensions à propos du budget de l'OTAN sont palpables depuis des décennies et les " jeux comparatifs " entre Etats producteurs et Etats consommateurs de sécurité restent bel et bien présents, avec, sous la présidence Trump, la volonté américaine d’exiger de manière plus ferme encore un effort des Européens pour la sécurité-défense en Europe.

André Dumoulin
IRSD et ULg

Lorsque l’on parle de l’OTAN qui fête demain son 70e anniversaire, il s’agit souvent de défense collective, de son article 5 et de la politique de réassurance et de dissuasion suite aux événements déstabilisants d’Ukraine (Donbass et Crimée) et de la politique imprévisible de Poutine, sinon de Trump. L’autre grand thème abordé de manière récurrente au sein de l’Alliance atlantique est la question budgétaire.

Si les Européens ont toujours « voulu de l’OTAN » pour maintenir les liens avec les Américains, les maîtres-mots finaux restent les questions du « partage des coûts et du fardeau » et du « partage des risques.

En effet, si les Européens ont toujours "voulu de l’OTAN" pour maintenir les liens avec les Américains (couplage dissuasif), les maîtres mots finaux restent les questions du "partage des coûts et du fardeau" et du "partage des risques": en d’autres termes "la doctrine de responsabilité" des Européens déjà souhaitée par Obama.

Les tensions sont palpables à ce sujet depuis des décennies et les "jeux comparatifs" entre États producteurs et États consommateurs de sécurité restent bel et bien présents, avec, sous la présidence Trump, la volonté américaine d’exiger de manière plus ferme encore un effort des Européens pour la sécurité-défense en Europe.

Un budget militaire, civil… mais aussi des coûts cachés

©REUTERS

Le budget militaire de fonctionnement de l’Alliance (infrastructure, communication, volet commun opérations, QG) est de 1,32 milliard d’euros (2019) provenant de l’apport des États. Le budget civil concernant les 3.000 fonctionnaires internationaux (renseignement, cyber, plan) atteint 250,50 millions d’euros provenant des budgets des Affaires étrangères des États alliés. Reste d’autres coûts cachés comme les opérations avec charges contributrices nationales ("coûts imputables à leur auteur") ou les dépenses associées au personnel militaire national détaché. Quant à l’addition des budgets nationaux de la défense, elle atteignait 954 milliards de dollars en 2017, faisant théoriquement de l’OTAN, la plus puissante alliance militaire de tous les temps, loin devant la Russie et la Chine.

Précisons que vu les intérêts stratégiques américains dans le Pacifique, en Corée et au Moyen-Orient – certes en voie de réduction par l’administration Trump — on peut constater la part "réduite" du budget de la défense US destinée à la défense de l’Europe (soit 30,7 milliards dollars) tandis que les Européens réunis dépensent aujourd’hui davantage que les Russes et autant que la Chine, mais avec bien des duplications et gaspillages.

Les priorités économiques internes des Etats-Unis, la "lassitude interventionniste", les promesses électorales "trumpistes" expliquent les nouvelles orientations américaines mais aussi le regain de critiques sur le partage du fardeau et les "dettes européennes accumulées", sachant que Washington a augmenté de 45 milliards de dollars son budget défense entre 2017 et 2018 pour atteindre 650 milliards l’année dernière!

©AFP

Rappelons-nous les aiguilles envoyées par Donald Trump à Bruxelles le 10 juillet 2018: "De nombreux pays de l’OTAN, que nous sommes censés défendre, sont non seulement à court de leur engagement actuel de 2% (ce qui est faible), mais ils sont également en retard depuis de nombreuses années dans les paiements qui n’ont pas été faits. Vont-ils rembourser les Etats-Unis?".

Certes, il y a bien constat d’une reprise des dépenses de défense des alliés européens depuis 3 ans avec une hausse de 87,6 milliards de dollars entre 2015 et 2018 avec la pression de l’OTAN et des Etats-Unis autour des fameux 2% à atteindre en matière de budget de la défense par les pays alliés; quand bien même les données chiffrées n’aboutissent pas nécessairement et automatiquement à l’efficience opérationnelle: guerre asymétrique et opérations hybrides et surprises stratégiques sont en embuscade.

Si le Congrès américain a verrouillé juridiquement en janvier 2019 toute tentative de l’administration de quitter l’OTAN et si le président américain lui-même a indiqué au même moment son soutien à l’Alliance, nous pourrions voir apparaître — en scénarios plus ou moins réalistes — des pressions autour dudit fardeau via, par exemple, un lien entre présence des GI’s et apport budgétaire de l’État hôte (ex: Allemagne, Belgique), remise en cause de l’automaticité de la solidarité américaine par une "entrée en dernier" des forces US en cas d’agression (procuration), processus de chantage à la dénucléarisation de théâtre, rappel de l’existence de l’article 13 de l’OTAN sur le retrait/dénonciation du Traité, etc.

Vers des sanctions?

Certains ont même imaginé ce que pourraient être d’éventuelles sanctions à l’égard des "resquilleurs" et autres "passagers clandestins": restrictions dans les postes au sein de l’OTAN, expulsion de l’Alliance, exclusion du processus de décision (Raphaël Cottain)…

©REUTERS

Au final, si l’OTAN reste, à horizon prévisible, la pierre angulaire de la sécurité transatlantique, les intérêts économiques et commerciaux américains en Europe sont immenses et la question capacitaire et budgétaire au sein de l’OTAN repose aussi sur les parts de marché des équipements militaires à vendre.

En cela, la complémentarité UE-OTAN en matière de sécurité et de défense cache bien mal les jeux d’influence, de lobby et de verrous/contrôles technologiques où s’affrontent les alliés, les industriels et les degrés d’autonomie stratégique des plus grands États.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Messages sponsorisés

n