La BCE n'a rien résolu... mais persiste dans son erreur

©BELGAIMAGE

En agissant isolément, sans coordination avec les politiques socio-économiques des pays de la zone euro, la BCE n’a rien résolu ; au contraire, elle a montré l’absurdité d’une politique monétaire coupée de la réalité économique.

D’ici quelques années, lorsque nous nous remémorerons les premiers emprunts à taux négatif nous réaliserons peut-être que ceux-ci ont sonné le glas de l’indépendance de la Banque Centrale Européenne (BCE). Aujourd’hui l’économie tourne en rond, les placements qui coûtent et les emprunts qui rapportent sont là pour nous faire comprendre que quelque chose a changé. Néanmoins, envers et contre tout, la BCE persiste et signe: elle vient d’annoncer son intention de créer de la monnaie à concurrence de 20 milliards d’euros par mois.

baudouin dubuisson

Administrateur de sociétés

L’assouplissement quantitatif a été nécessaire pour s’attaquer à la crise bancaire mais ce n’est pas une raison pour croire qu’il peut tout résoudre. Pourquoi l’économie réelle serait-elle subitement capable d’absorber utilement de nouveaux moyens financiers alors qu’au cours de ces dernières années ceux-ci auraient profité à 90% à l’épargne et ne lui ont laissé que les miettes.

280 milliards "parqués" en Belgique

En Belgique les montants déposés sur les carnets d’épargne volent de record en record pour atteindre aujourd’hui la somme plus que respectable de 280 milliards d’euros. Et cela alors que, comme partout en Europe, 16 à 18% de la population sont en situation de pauvreté et 30 autres% vivent dans la précarité sans la moindre réserve. Ceux qui sont les mieux placés pour relancer l’économie en consommant n’en ont pas les moyens tandis que ceux qui sont au maximum de leurs possibilités de consommer les accumulent. La Banque d’Angleterre elle-même a reconnu que la politique menée par la BCE a eu pour effet d’augmenter les inégalités en gonflant les actifs financiers des plus riches de 5%.

En croyant que la politique monétaire peut à elle seule relancer la croissance, la BCE est en train de compromettre l’une de ses principales missions : la stabilité monétaire.
.
.

En croyant que la politique monétaire peut à elle seule relancer la croissance, la BCE est en train de compromettre l’une de ses principales missions: la stabilité monétaire. L’afflux de liquidités et les taux d’intérêt au plancher se combinent avec les règles de Bâle III pour favoriser le creusement des dettes publiques des pays les plus faibles au moment même où leur désendettement est prioritaire pour assurer la cohérence de la zone euro.

Les 13.000 milliards de dollars d’emprunts, principalement publics, à taux négatifs constituent une bombe à retardement qui explosera lorsque la courbe des taux s’inversera: ce jour-là, les pays les plus endettés, Italie et France en tête, connaîtront d’inextricables difficultés similaires à celles qu’a connues la Grèce voici quelques années.

Au lieu de réduire les écarts, la BCE aura réussi à les accroître! En agissant isolément, sans coordination avec les politiques socio-économiques des pays de la zone euro, la BCE n’a rien résolu; au contraire, elle a montré l’absurdité d’une politique monétaire coupée de la réalité économique. La nouvelle et future présidente de la BCE a bien compris le problème; ne vient-elle pas de déclarer que si le "whatever it takes" de son prédécesseur ne donnait pas les résultats que tout le monde attend depuis trop longtemps, il faudrait en conclure que les mesures adéquates à prendre aux autres niveaux de pouvoir font défaut, que la monnaie, comme on l’a cru trop longtemps, ne peut tout résoudre.

Au bout d’un système…

Nous sommes au bout d’un système qui voit tou-jours les mêmes s’enrichir et les mêmes s’appauvrir.
.
.

L’économie mondiale souffre avant tout de ses déséquilibres commerciaux entre pays et des inégalités de revenus et de patrimoines. Nous sommes au bout d’un système qui voit toujours les mêmes s’enrichir et les mêmes s’appauvrir. Que ce soit au niveau macro ou microéconomique, les écarts sont devenus tout simplement insupportables. Un déficit commercial entraîne la plupart du temps un endet, ment public qui tôt ou tard sera supporté par le contribuable dont les revenus doivent permettre à la fois de consommer, payer ses impôts et rembourser ses dettes.

Quand les "perdants" du système arrivent au bout de leur capacité d’emprunt, taux au plancher ou pas, ils ne peuvent plus consommer. La croissance achetée à crédit a des limites. Souvenons-nous de Ford qui voulait que ses ouvriers gagnent suffisamment que pour pouvoir acheter les voitures qu’ils produisaient… Il n’y a rien de bien neuf sous la lune.

©REUTERS

Donald Trump a bien compris une partie du problème en prenant la question des déséquilibres commerciaux à bras-le-corps alors que 25 ans d’OMC n’ont fait que les aggraver. L’Allemagne semble vouloir contrecarrer la crise qui menace en engageant quelque cent milliards d’euros en faveur du développement durable de l’économie réelle.

La BCE trouvera-t-elle le moyen de prendre en mains la question des inégalités? Ce n’est pas en asséchant les portefeuilles des consommateurs qu’on relancera la consommation. Et pour sortir d’une impasse, rien de tel que faire marche arrière. La monnaie hélicoptère n’est peut-être plus très loin…

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés