chronique

La BCE va-t-elle trop loin?

Christine Lagarde, qui entre en fonction le 1er Novembre aura fort à faire dans la mise en place d’une politique monétaire acceptée par tous.

La fin de l’été sur le front économique est marquée par la nouvelle baisse des taux de la BCE. Las, les banques commencent à répercuter cette charge sur leurs clients épargnants. En France, la banque helvétique Lombard Odier a annoncé que ses clients qui disposent de liquidités excessives en dehors d’un mandat de gestion se verront appliquer un taux négatif. En Belgique, plusieurs banques commencent à faire de même.

Edouard Nouvellon

Risk Return

Le mandat de Mario Dhraghi qui prend fin en octobre aura été marqué par une volonté de fer d’éviter à l’Europe la mélasse déflationniste qui menace l’euro. Son fameux "whatever it takes" de juillet 2012 restera dans les mémoires. Si l’inflation est encore loin du niveau cible de 2%, l’objectif est atteint et un scénario à la japonaise semble complètement éloigné pour le moment. La poursuite de la baisse des taux, en territoire négatif depuis plusieurs mois est-elle néanmoins souhaitable?

Mario Draghi ©REUTERS

L’idée derrière cette politique ultra-expansionniste est de pénaliser l’épargne afin qu’elle soit injectée dans le circuit économique sous forme d’investissement des entreprises, de consommations des ménages, relançant ainsi la production de biens et services. Ceci fonctionne jusqu’à atteindre la fameuse trappe à liquidité mise en avant par Keynes et reprise par d’éminents économistes.

Nous semblons être en plein dans cette trappe à liquidité en Europe! Puisque l’épargne ne rapporte plus rien, le comportement de précaution incite les agents à augmenter cette masse d’épargne qui est replacée à taux négatif auprès de la BCE. Les taux bas ne semblent plus avoir d’impact sur la production de biens et services et donc sur la croissance. La poursuite d’un environnement de taux bas peut-elle être néfaste à moyen terme?

Vous avez dit: "bulle"?

Les taux bas alimentent une hausse continue du prix des actifs financiers dont l’immobilier. La question d’une bulle immobilière est sur toutes les lèvres.
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Les taux bas alimentent une hausse continue du prix des actifs financiers dont l’immobilier. La question d’une bulle immobilière est sur toutes les lèvres. Le souci d’une bulle est qu’on ne connaît véritablement son existence qu’après son éclatement. Même si nous semblons à l’abri d’un scénario de baisse massive et violente des prix de la brique comme dans les années 90’, ce risque est peu accommodant et incite à la prudence. La BNB incite d’ailleurs vivement les banques à "rationner" les crédits hypothécaires.

La rentabilité du système financier est mise à mal par les taux négatifs. Les banques croulent sous les dépôts qu’elles recyclent à la BCE à taux négatifs. Les compagnies d’assurance sont également concernées. Elles sont engagées à verser sur nos contrats de pension des taux de 1 à 3% en plaçant ces avoirs en obligations à taux bien plus bas voire négatifs. Ceci diminue la rentabilité du secteur financier et réduit à termes leurs fonds propres. Toute la politique réglementaire post 2008 visant à augmenter les fonds propres du secteur financier pourrait être annihilée par une période trop longue de taux négatifs. La répercussion partielle des taux négatifs aux épargnants ne réduira que partiellement cet impact.

Enfin la cohésion européenne est mise à mal par cette politique. L’Allemagne et les Pays-Bas montrent des signes d’agacements patents vis-à-vis de cette politique monétaire, injustifiée selon eux au regard des fondamentaux et de la croissance attendue de 1,1% en 2019.

la cohésion européenne est mise à mal par cette politique.
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L’économie allemande est caractérisée d’une part par une masse d’épargne très importante à cause du vieillissement de sa population. D’autre part, le niveau de sa dette souveraine est très faible. Ce que les épargnants allemands perdent sur la rémunération de leur épargne n’est pas "regagné" par l’État via une réduction du coût de la dette comme cela peut être le cas en France ou en Italie. Ceci ne peut qu’alimenter des différences de vision dans la manière de construire l’Europe économique de demain. Christine Lagarde, qui entre en fonction le 1er novembre aura fort à faire dans la mise en place d’une politique monétaire acceptée par tous.

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