tribune

La Belgique doit augmenter son aide au développement

Secrétaire général du CNCD-11.11.11.

À l'entame des discussions sur le budget 2022, il serait problématique pour les pays les plus pauvres, durement touchés le Covid-19, que l’aide belge au développement subisse de nouvelles coupes budgétaires.

Les négociations sur le budget fédéral 2022 s’annoncent difficiles, la secrétaire d’État au budget ayant annoncé qu’il faudrait "se serrer la ceinture les dix prochaines années" pour compenser l’impact budgétaire de la crise du coronavirus. Une telle perspective serait doublement problématique.

Arnaud Zacharie.

D’une part, le retour de l’austérité provoquerait les mêmes effets récessifs et les mêmes conséquences sociales, environnementales et démocratiques néfastes que par le passé.

D’autre part, le risque est grand de voir le gouvernement faire de l’aide au développement une variable d’ajustement budgétaire, avec pour effet de réduire les moyens disponibles pour financer les objectifs de développement durable dans les pays partenaires.

L’extrême pauvreté augmente

Car les conséquences de la pandémie de COVID-19 sont dramatiques pour les pays en développement. Outre les millions de morts, 120 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans l'extrême pauvreté et 114 millions d'emplois ont été perdus en 2020. Les travailleurs du secteur informel, soit 70% des travailleurs dans le monde en développement, sont les plus affectés par les baisses de revenu et les pertes d’emploi.

L’accès inégal aux vaccins a pour effet de prolonger la pandémie et ses conséquences néfastes.

Les perspectives pour 2021 ne sont pas plus réjouissantes. L’extrême pauvreté augmente alors que des pays en développement font face à une nouvelle vague de contaminations. L’accès inégal aux vaccins a pour effet de prolonger la pandémie et ses conséquences néfastes. La baisse des revenus et la hausse des prix alimentaires menacent des millions de personnes de famine. La hausse de l’indice des prix alimentaires de la FAO est la plus élevée depuis 2011, quand elle avait déclenché le printemps arabe.

Les pertes économiques prévues suite à la pandémie sont plus élevées dans les pays en développement que dans les pays développés, pourtant lourdement touchés. Des interventions des banques centrales et l'expansion des déficits budgétaires sans précédent ont permis jusqu’ici d’éviter une crise de la dette et de réduire l’impact économique et social de la crise. Mais cela reste le privilège des pays riches qui concentrent 80% des mesures de soutien économique, alors que la majorité des pays à faible revenu sont exposés au risque de surendettement.

Aide belge inférieure à la moyenne européenne

Les soutiens budgétaires envisagés par les pays développés représentent 22,6% du PIB, mais seulement 6,2% dans les pays en développement – et parmi eux à peine 2,4% dans les pays à faible revenu. Les pays en développement, déjà confrontés à des contraintes budgétaires plus strictes, voient leurs recettes fiscales et les financements extérieurs diminuer. Le G20 a prolongé le moratoire sur la dette des pays à faible revenu jusqu’à la fin de l’année 2021, mais cela ne fait que repousser un problème qui risque de ressurgir dramatiquement en 2022.

Si rien n’est fait, une décennie de progrès dans la lutte contre la pauvreté sera réduite à néant.

Si rien n’est fait, une décennie de progrès dans la lutte contre la pauvreté sera réduite à néant, alors que les pays en développement sont censés atteindre les Objectifs de développement durable des Nations Unies à l’horizon 2030. Pour inverser la tendance, il est indispensable d’augmenter, plutôt que réduire, le budget de la coopération au développement, comme le prévoit la Déclaration du gouvernement Vivaldi. Cette dernière stipule en effet que "pour les dépenses de coopération internationale, compte tenu des circonstances budgétaires exceptionnelles, une trajectoire de croissance contraignante sera définie et mise en œuvre à partir de 2021 afin d’atteindre, d’ici 2030, la norme convenue au niveau international, soit 0,7 % du RNB".

0,47%
La Belgique n’a mobilisé que 0,47% de son revenu national brut pour l’aide au développement, bien loin de l’objectif de 0,7% des Nations Unies.

Malgré une hausse de 2,8% en 2020, l’aide belge au développement reste insuffisante et inférieure à la moyenne européenne. La Belgique n’a mobilisé que 0,47% de son revenu national brut pour l’aide au développement, bien loin de l’objectif de 0,7% des Nations Unies. C’est la conséquence de coupes quasi continues durant la dernière décennie, qui a vu l’aide belge passer de 0,64% du RNB en 2010 à 0,4% en 2019.

Alors que la pandémie de Covid-19, la crise économique mondiale, le défi climatique et l’agenda 2030 des Objectifs de développement durable nécessitent de renforcer la coopération internationale et de mobiliser des financements conséquents, de nouvelles coupes dans l’aide belge au développement enverraient un signal désastreux aux pays partenaires du Sud. Le gouvernement belge doit donc respecter son engagement d’adopter une "trajectoire de croissance contraignante" du budget de la coopération belge au développement dès 2021, car dans un monde de plus en plus interdépendant, on ne sortira durablement de la crise mondiale actuelle que lorsque ce sera le cas partout – y compris dans les pays en développement.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11

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