La Belgique doit investir massivement dans la médecine personnalisée

De nombreuses études montrent que les médicaments dits « blockbusters » – c'est-à-dire les médicaments universels qui sont utilisés à grande échelle – sont peu (voire pas du tout) efficaces dans 7 cas sur 8. Et cela alors que les patients et la sécurité sociale payent toujours plus. ©AFP

La médecine personnalisée (souvent sous la forme de médicaments de thérapie innovante, dits ATMP) est une forme de soins de santé où chaque patient reçoit le meilleur traitement individuel possible, adapté à ses caractéristiques, besoins et préférences uniques. C'est l'avenir.

De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le coût élevé des médicaments et des thérapies contre le cancer. À juste titre, car nombre de nouvelles solutions "universelles" coûtent trop cher pour certains patients et mettent dès lors en péril notre sécurité sociale. Mais, dans les faits, le débat porte-t-il sur le bon sujet? Après tout, ces médicaments et thérapies ne sont pas très efficaces et pourraient bientôt devenir désuets. En effet, l’avenir appartient à la "médecine personnalisée": des traitements spécifiquement adaptés à chaque patient. Malheureusement, la Belgique est à la traîne dans ce domaine. Si nous voulons profiter pleinement des possibilités offertes par la médecine personnalisée, notre pays doit changer de cap de toute urgence.

Bart Van Acker

Jeune entrepreneur flamand de l'année 2019 et fondateur-CEO de Quality By Design

La médecine personnalisée (souvent sous la forme de médicaments de thérapie innovante, dits ATMP) est une forme de soins de santé où chaque patient reçoit le meilleur traitement individuel possible, adapté à ses caractéristiques, besoins et préférences uniques. Ces traitements régénératifs – qui incluent la thérapie cellulaire ou la thérapie génique – débouchent généralement sur un traitement plus efficace. C’est l’avenir.

Écraser une mouche avec un marteau

Si vous avez un cancer aujourd’hui, vous recevrez probablement un des traitements classiques contre le cancer parce qu’il n’y a pas d’alternative. Vous n’aurez aucune garantie qu’il fonctionnera pour votre cas spécifique et vous souffrirez en outre d’une série d’effets secondaires pénibles.

Traitement de chimiothérapie. ©AFP

La chimiothérapie en est un bon exemple. C’est comme écraser une mouche avec un marteau: il se peut que vous ratiez les cellules cancéreuses, et en plus vous endommagerez beaucoup de cellules saines.

Il est donc grand temps d’investir massivement dans la médecine personnalisée. Cette forme de thérapie ne sera certainement pas moins coûteuse qu’une thérapie classique, du moins au début. Mais cela sera compensé par un meilleur résultat, parce que lorsque les gens guérissent plus vite, ils pèsent moins sur la sécurité sociale. De plus, ils redeviennent actifs plus tôt, ce qui leur permet de recommencer à contribuer. Enfin, les thérapies cellulaires et les autres thérapies en sont encore à leurs balbutiements. Par exemple, elles nécessitent énormément de tâches manuelles. Mais tout comme le secteur chimique a fort évolué à cet égard, la biotechnologie trouvera également des moyens d’automatiser ce processus manuel et de réaliser ainsi des économies de coûts.

Nous n’avons pas vraiment le choix: de nombreuses études montrent que les médicaments dits "blockbusters" – c’est-à-dire les médicaments universels qui sont utilisés à grande échelle – sont peu (voire pas du tout) efficaces dans 7 cas sur 8. Et cela alors que les patients et la sécurité sociale payent toujours plus. Ce n’est tout simplement pas tenable, surtout quand l’alternative est si prometteuse.

Si la Belgique veut conserver son statut international de pionnier de la biotechnologie – un secteur qui emploie 36 000 personnes, – elle doit d'urgence redoubler d’efforts.
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Où le bât blesse-t-il, en fait? Peu de gens savent que le secteur belge de la pharmacie et surtout de la biotechnologie est un leader mondial en termes de parts de marché et d’innovation. En plus de l’énorme expertise et des formations disponibles dans notre pays, le climat créé par le gouvernement est particulièrement favorable. Mais dans le domaine de la médecine personnalisée le gouvernement manque de perspicacité. Par conséquent, nous risquons d’être dépassés par de nombreux autres pays. Le Royaume-Uni, en particulier, joue un rôle de pionnier de premier plan dans ce domaine. Depuis des années, leur gouvernement favorise la recherche et le développement de la médecine personnalisée. Et les résultats ne se font pas attendre: 55 sociétés ATMP sont déjà établies au Royaume-Uni. C’est presque le double de la France et cinq fois plus que la Belgique. Si la Belgique veut conserver son statut international de pionnier de la biotechnologie – un secteur qui emploie 36.000 personnes, – elle doit d’urgence redoubler d’efforts.

Ne payer que si ça marche

Le secteur lui-même a une responsabilité à assumer, et le gouvernement ne devrait pas hésiter à l'encourager. Avec un cadre juridique sur la rémunération à l'acte, par exemple, qui impliquerait que les fabricants ne soient pas payés, ou bien moins payés, si le médicament n'a pas fonctionné pour un patient.
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Bien sûr, le secteur lui-même a une responsabilité à assumer, et le gouvernement ne devrait pas hésiter à l’encourager. Avec un cadre juridique sur la rémunération à l’acte, par exemple, qui impliquerait que les fabricants ne soient pas payés, ou bien moins payés, si le médicament n’a pas fonctionné pour un patient. Le fait que Maggie De Block ait récemment indiqué qu’elle était intéressée par cette option est un bon signe. De toute façon, nous avons de l’eau jusqu’au cou. Et si nous restons obnubilés par les thérapies classiques, nous risquons de nous noyer.


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