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La Belgique doit rembourser au plus vite les applications médicales

La très florissante startup limbourgeoise Fibricheck a développé une appli permettant de détecter les troubles du rythme cardiaque via le smartphone ou la smartwatch. ©Fibricheck

Le prochain ministre fédéral de la santé devra veiller à ce que les applications médicales soient enfin remboursées. L’Allemagne, qui dispose d’un système de remboursement similaire au nôtre, a déjà approuvé un assouplissement du dispositif. Si nous leur emboîtons le pas, cette adaptation pourrait coûter 20 à 30 millions d’euros; une bagatelle comparée aux gains que pourrait représenter, pour la société, une augmentation de l’utilisation des applications médicales: moins de frais médicaux, moins d’hospitalisations tout en assurant un contact plus étroit avec le médecin.

Lors d’une petite excursion en famille, je me suis rendu compte à quel point le smartphone et la smartwatch nous avaient simplifié la vie. Après avoir vérifié mes e-mails et parcouru l’actualité après le petit-déjeuner, j’ai utilisé Waze pour trouver l’itinéraire le plus rapide pour atteindre notre destination. Un petit coup d’œil sur notre compte bancaire avant de partir et nous étions fins prêts. Nous avons écouté de la musique via Spotify dans la voiture et avons réglé tous nos paiements via Payconiq. Nous avons passé une excellente journée ! Et selon mon application de santé, nous avons même fait 10.000 pas !

Tom Braekeleirs

Directeur du BlueHealth Innovation Center (BHIC), un partenariat public-privé qui soutient la transformation numérique des soins de santé

Le secteur médical a également cerné l’énorme potentiel de cette nouvelle technologie. Les gens peuvent mesurer très facilement, via leur smartphone ou leur smartwatch, leur rythme cardiaque, leur tension, leur glycémie et même leur activité cérébrale et communiquer les résultats directement à leur médecin.

©doc

Ainsi, la très florissante startup limbourgeoise Fibricheck a développé une appli permettant de détecter les troubles du rythme cardiaque via le smartphone ou la smartwatch. Une autre startup limbourgeoise Epihunter a développé, quant à elle, une application permettant de scanner en permanence l’activité du cerveau au moyen d’un capteur afin de détecter les crises d’épilepsie.

Le potentiel de ces applications médicales est énorme. Cette technologie va permettre à la société d’économiser beaucoup d’argent, mais aussi d’améliorer la santé en général et de renforcer l’efficacité des prestataires de soins.
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Le potentiel de ces applications médicales est énorme. Les médecins peuvent, grâce à elles, agir plus préventivement et éviter ainsi de devoir recourir à des soins de santé onéreux. Les patients ne doivent souvent plus rester en observation à l’hôpital puisque la surveillance peut se faire à distance. Cette technologie va permettre à la société d’économiser beaucoup d’argent, mais aussi d’améliorer la santé en général et de renforcer l’efficacité des prestataires de soins. Les patients auront ainsi plus rapidement accès aux soins adéquats qu’ils méritent. Qui dès lors pourrait s’y opposer ?

Pourtant, ce genre d’applications, souvent accessibles uniquement sur prescription, ne parvient pas à atteindre le large public en Belgique. Les gens préfèrent encore se fier aux bonnes vieilles méthodes traditionnelles, notamment parce que celles-ci sont beaucoup moins coûteuses vu qu’elles sont partiellement ou entièrement remboursées par l’INAMI ou la mutuelle comme il est de tradition de le dire. Mais ce n’est pas le cas pour les applications médicales. Sur les 13 applis belges certifiées CE, qui ont donc été validées médicalement, aucune n’est actuellement remboursée par le gouvernement.

Procédures inadaptées

Là où le bât blesse principalement, c’est au niveau des procédures: ces start-ups doivent pouvoir démontrer que leur application a bel et bien des répercussions, tant au niveau financier que sur la santé. Souvent, ces répercussions ne sont mesurables qu’à long terme, et le temps fait souvent défaut à ces nombreuses start-ups. Et ce, alors que ces applications sont déjà disponibles pour le large public, certes contre paiement. Il est donc extrêmement difficile de faire percer les applications médicales pour les intégrer dans nos habitudes de vie.

L’Allemagne, qui dispose d’un système de remboursement analogue au nôtre, a compris qu’il fallait sauter dans le train.
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L’Allemagne, qui dispose d’un système de remboursement analogue au nôtre, a compris qu’il fallait sauter dans le train. Il y a trois semaines, le gouvernement fédéral allemand a par conséquent approuvé la loi Digitale Versorgung Gesetz ou loi DVG, autorisant le remboursement des applications médicales déjà certifiées CE pendant une période d’un an. Au cours de ce laps de temps, ces start-ups peuvent recueillir davantage de données du "monde réel" pour démontrer que leurs applications ont un impact positif. À l’issue de ce délai d’un an, les conditions de remboursement sont réexaminées et adaptées, si nécessaire. Ce système permet à davantage de personnes d’utiliser les applications au cours de ladite période puisque celles-ci sont devenues tout à coup abordables.

Introduire un tel système en Belgique coûterait actuellement quelque 20 à 30 millions d’euros au gouvernement si nous nous fondons sur les chiffres allemands. Cet investissement en vaut pourtant plus que la peine. En effet, si plus de personnes peuvent utiliser ces applications médicales fiables, la santé publique en Belgique s’en trouvera améliorée. Et si les résultats ne sont pas probants après un an, l’application perdra partiellement ou complètement le droit au remboursement. Le nouveau gouvernement fédéral a donc tout intérêt à s’inspirer de l’exemple allemand. Nous pourrions ainsi jouir d’une société plus saine tout en bénéficiant de soins de santé abordables. Qui dès lors pourrait s’y opposer ?

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