carte blanche

La Belgique n'a pas fini de courir derrière l'innovation

Managing Director chez Sirris, Head Center of Competence Innovation chez Agoria

La Belgique est désormais 8e de l’indice Digital Economy and Society Index (DESI). Pour la deuxième année consécutive nous reculons et la tendance est identique pour l’innovation: nous sommes descendus à la 27ème place du Global Innovation Index. Si l’on n’investit pas davantage dans l’innovation et le numérique, notre prospérité en pâtira.

©BELGA

Par Herman Derache
Managing Director chez Sirris
Head Center of Competence Innovation chez Agoria

L’indice relatif à l’économie et à la société numériques (DESI) mesure chaque année les progrès réalisés par les États membres de l’UE en matière de connectivité numérique, d’aptitudes internet et de numérisation des entreprises et des services publics. Bien que la Belgique occupe une belle huitième place (sur 31), nous avons dû concéder deux places par rapport à l’année dernière. En 2015, notre pays figurait même parmi le top cinq.

L’année dernière, les Pays-Bas et le Luxembourg nous ont devancés ; cette année, c’est le Royaume Uni qui passe devant nous.
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Notre recul s’explique par les efforts importants réalisés par d’autres États membres pour rattraper leur retard, et notamment par nos voisins les plus proches: l’année dernière, les Pays-Bas et le Luxembourg nous ont devancés; cette année, c’est le Royaume Uni qui passe devant nous.

Manque de moyens

Notre politique d’innovation souffre du manque de moyens mis à disposition pour la recherche et le développement. Dans le cadre de la stratégie Europe 2020, les États membres ont convenu d’y consacrer chaque année au minimum 3% de leur produit national brut. Avec ses 2,5%, la Belgique n’atteint pas le niveau d’investissement fixé.

©Hauke-Christian Dittrich/dpa

Pourtant, l’économie belge profite des efforts réalisés par les entreprises belges pour investir dans l’innovation. Si on compare les performances économiques des entreprises de l’industrie technologique depuis la crise de 2008, en nous basant sur les chiffres d’Agoria, les entreprises tournées vers l’innovation qui affinent leur expertise en la matière créent une valeur ajoutée supplémentaire de 12% par rapport aux autres entreprises du secteur.

Investir dans l’innovation est par conséquent une nécessité pour la compétitivité de nos entreprises et, de ce fait, pour la prospérité de notre pays.

Soulignons également qu’il est crucial que cette innovation se développe chez nous. En témoignent les exemples de ces dernières décennies dans l’industrie automobile, qui nous ont apporté leur lot de désolation avec les licenciements collectifs chez Renault, Ford et Opel.

Nous avions réussi à attirer en Belgique les chaînes de production de ces marques automobiles, mais nous n’avions prévu aucune recherche ni aucun développement sur ces sites. Les entreprises automobiles qui ont opté pour une autre approche, telles qu’Audi et Volvo Truck, par exemple, s’en sortent beaucoup mieux et continuent à se développer.

Au-delà des frontières régionales

©AFP

Il est évidemment crucial d’investir dans l’innovation, mais il est également important de favoriser les collaborations entre les entreprises et les centres de compétences. Et c’est là que le bât blesse: la collaboration entre les régions est quasi inexistante, d’autant que l’innovation est d’ailleurs une compétence régionale. Les collaborations entre les entreprises et les centres de compétences des différentes régions sont pratiquement impossibles en raison des incompatibilités entre les différentes initiatives de soutien.

Une autre lacune concerne la "recherche collective" qui a été reléguée aux oubliettes. Aujourd’hui, les entreprises sont confrontées à un flux massif de nouvelles technologies et de nouveaux défis.

Or bon nombre de ces défis sont communs à de nombreuses entreprises. Il serait donc logique que celles-ci les abordent ensemble pour unir leurs forces et leur expertise et partager leur savoir-faire. Hélas, l’enthousiasme pour notre recherche collective, tant copiée, fait largement défaut en Flandre et en Wallonie.

Les entreprises préfèrent se concentrer sur la recherche et le développement individuels, en petits groupes ou non, et le savoir-faire ne dépasse pas les murs des universités ou des centres de compétences.
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Les entreprises préfèrent se concentrer sur la recherche et le développement individuels, en petits groupes ou non, et le savoir-faire ne dépasse pas les murs des universités ou des centres de compétences.

Mais il y a de l’espoir. Je pense notamment au nouvel arrêté COOCK du gouvernement flamand qui permet une ouverture vers un nouveau genre de recherche collective et de diffusion collective des connaissances.

Les pouvoirs publics et les régions ont un rôle déterminant à jouer dans la mesure où ils doivent instaurer un cadre approprié: ils peuvent faciliter ou entraver les collaborations. Par le biais de l’enseignement, de campagnes de sensibilisation de la société, d’investissements et de réglementations. L’industrie devra s’y mettre, et la collaboration devra être un pilier!

La Belgique est toujours dans le peloton qui suit les chefs de file européens de la digitalisation et de l’innovation, mais si nous voulons renforcer notre position, voire la conserver, nous devons passer à la vitesse supérieure à différents niveaux, tant au sein des pouvoirs publics qu’au sein de l’industrie.

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