La Belgique n'échappera pas au climat

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Les effets économiques du réchauffement climatique se font déjà sentir en Belgique. Cependant, les émissions de gaz à effet de serre sont stagnantes et le gouvernement n’atteindra pas ses objectifs environnementaux de 2020.

 

Par Céline Boulenger, économiste Degroof Petercam

La Belgique n’échappera pas au climat. Premièrement, le climat belge a déjà fortement changé depuis 1950. En effet, la température moyenne annuelle a augmenté, le nombre de jours avec précipitations abondantes a doublé, et les fortes vagues de chaleur sont à présent récurrentes chaque année (auparavant, elles n’apparaissaient qu’une fois tous les trois ans). Ces dernières ont un impact important sur la santé des Belges (de manière directe, mais aussi de manière indirecte, en alourdissant les effets nocifs de la pollution).

L’été dernier, le Plan forte chaleur et pics d’ozone a dû être activé trois fois, on a connu une surmortalité de la population (au moins 716 personnes sont décédées en raison des vagues de chaleur). Les vagues de chaleur atrophient également la productivité des travailleurs; certaines études montrent qu’au-delà de 33ºC, la productivité chute de 85% (et cela, surtout chez les hommes).

Les prédictions pour le futur sont inquiétantes; en effet, la température moyenne en été va croître de 2,4ºC à 6,6ºC, et les précipitations, elles, vont augmenter jusqu’à 23% en hiver, et diminuer de moitié en été. Les effets déjà ressentis aujourd’hui seront donc bien plus graves dans les décennies à venir.

Impact agricole

Deuxièmement, qui dit changement de climat, dit impact sur les récoltes agricoles. En effet, si le réchauffement dépasse 3ºC, les agriculteurs belges verront leurs rendements s’appauvrir. Depuis quelques années, une partie des récoltes est déjà perdue à cause des canicules. Des possibilités d’adaptation existent; certains se penchent déjà vers de nouvelles cultures dites plus "exotiques", mais ce type de mesures est coûteux, et aujourd’hui ne se fait qu’à très petite échelle. Les cultures agricoles sont une des victimes des canicules, et la production de viande en est une autre. En juillet dernier, la société Rendac rapportait une augmentation de la mortalité animale de 30%, entraînant une faiblesse de la production du lait et de viande. De plus, une étude menée par des chercheurs d’une université suisse indique qu’à partir de 2060, les températures négatives ne seront plus d’actualité en Belgique, ce qui réduirait la capacité de cultiver les céréales dites "d’hiver" comme le blé.

 

Certaines mesures ont été prises, mais il reste encore énormément à faire si la Belgique ne veut pas perdre sa crédibilité en matière de climat.
Céline Boulenger
Economiste Degroof Petercam

Montée des eaux

Troisièmement, la vitesse de la montée des eaux est inquiétante. Effectivement, le Giec parle d’une hausse du niveau de la mer de plus d’un mètre avant 2100. La côte belge est en danger (surtout les stations de Nieuport et de Bredene); 25% des habitations pourraient se retrouver sous eau. Cela entraînera des coûts économiques ahurissants, au niveau de l’infrastructure, mais aussi en diminuant la valeur de l’immobilier. D’ailleurs, la Flandre a déjà dépensé plus de 300 millions d’euros pour faire face à la montée des eaux, mais le coût total sera bien plus élevé (surtout si le niveau de la mer continue à monter plus vite que prévu).

Finalement, la biodiversité et les forêts belges sont aussi sur la sellette. Les inondations seront également de plus en plus courantes dans certaines régions, entraînant des morts, des dégâts matériels importants (en 2017, les coûts liés aux fortes intempéries s’élevaient à plus de 352 millions d’euros), une hausse des primes des assurances, et des chamboulements sur le marché de l’immobilier.

Bas du classement

La Belgique a donc une myriade de raisons de lutter contre le changement climatique et de promouvoir la décarbonisation du pays, mais malheureusement, elle n’a pas suffisamment répondu à l’appel, et se classe en bas du classement par rapport aux objectifs fixés lors de l’Accord de Paris. La Flandre, par exemple, avait pour but de réduire ses émissions de 15,7% d’ici 2020, mais n’atteindra même pas 10%. Le nouveau gouvernement flamand compte faire de l’environnement une priorité, mais reste néanmoins moins ambitieux que le gouvernement wallon. Au nord du pays, on vise une réduction des émissions de 35% d’ici 2030 et 80% d’ici 2050, alors qu’au sud, on parle de 55% d’ici 2030, de neutralité carbone en 2050. La Wallonie veut évoluer vers une économie circulaire (80% des produits seraient recyclés); une opportunité pour elle de se réindustrialiser de manière durable et de rattraper son retard économique (elle a d’ailleurs émis son premier "green bond" il y a quelques mois et récolté 1 milliard d’euros pour des projets consacrés à la transition énergétique).

Certaines mesures ont été prises, mais il reste encore énormément à faire si la Belgique ne veut pas perdre sa crédibilité en matière de climat. Pour notre génération, mais surtout pour les générations futures, espérons que les nouveaux gouvernements prendront les choses en main, car la note économique du changement climatique s’annonce salée.

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