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La bistro-politique, ou comment passer de l'obligation de voter à l'envie de s'exprimer

Le Groupe du Vendredi a proposé à maintes reprises des solutions innovantes d’e-démocratie, comme l’application Fluicity, Lumio ou Democracy OS, qui vitaliseraient cet échange démocratique entre élus et citoyens. ©BELPRESSNEWS

En vingt ans, le nombre d’adhérents aux partis politiques belges a chuté à moins de 5% de la population. Pire encore, plus de 70% des Bruxellois et des Wallons dit ne pas faire confiance au gouvernement fédéral ou wallon en 2017. Les raisons sont multiples. Mais force est d’admettre que les partis politiques manquent de proximité.

Maxime Parmentier
Entrepreneur et économiste, membre du Groupe du Vendredi

En revenant d’un week-end à Paris, je m’étonne du contraste quant à l’engouement politique entre nos amis français et nous, les Belges. Les premiers débattent souvent nuit et jour en terrasse de café, quand les seconds voient parfois les élections comme une pénible corvée ruinant leur week-end. Pourquoi un tel désamour de la politique en Belgique?

Les raisons sont nombreuses, à commencer par la complexité institutionnelle et notre système proportionnel. Mais nos partis politiques sont également en crise. D’abord parce que les lignes politiques sont bien plus floues qu’auparavant – suis-je progressiste ou conservateur, de gauche ou de droite? Ensuite, parce que le parti à l’idéologie monolithique ne résonne plus.

Des idéologies politiques anachroniques

Les citoyens le confirment. L’année dernière, une équipe de politologues de l’ULB révélait que sur les vingt dernières années, le nombre d’adhérents aux partis politiques belges avait chuté à moins de 5% de la population. Pire encore, plus de 70% des Bruxellois et des Wallons disait ne pas faire confiance au gouvernement fédéral ou wallon en 2017. Les raisons sont multiples. Mais force est d’admettre que les partis politiques manquent de proximité, prônant des programmes issus de prismes idéologiques parfois obsolètes, parfois excessivement empiriques.

La sociologie des électeurs est aujourd’hui plus complexe et la mondialisation, les inégalités et les progrès technologiques bouleversent quotidiennement nos craintes et nos aspirations.
Maxime Parmentier

Aussi visionnaire qu’un politicien puisse être, comment peut-il prétendre appréhender les besoins du peuple? Peut-être il y a 20 ans. Mais la sociologie des électeurs est aujourd’hui plus complexe et la mondialisation, les inégalités et les progrès technologiques bouleversent quotidiennement nos craintes et nos aspirations. Ajoutons à cela la particratie ambiante dans notre pays, où la loyauté aux lignes du parti, gage de survie politique, prévaut souvent sur l’audace des idées.

Le grassroot movement, l’approche start-up de la politique

Alors que faire? Je baigne dans un environnement de start-ups, où les maîtres mots sont "lean start-up", ou comment consulter en permanence ceux que l’on souhaite aider pour apporter une solution à leurs besoins. La recette? Jeff Bezos, le patron d’Amazon, la donnait: il faut éviter les hypothèses et créer un canal de communication direct avec ceux que l’on sert.

La Grande Marche a consulté près de cent mille citoyens en porte-à-porte avec pour question: qu’est ce qui fonctionne et qu’est-ce qui ne fonctionne pas en France? Un million de réponses plus tard, le leader d’"En Marche" étayait un projet pragmatique.
Maxime Parmentier

De nombreux politiciens ont pris le pli à l’étranger: le grassroot movement de Barack Obama reposait sur une approche inédite de consultation de la base. Au travers de multiples canaux, dont plus de 2,6 millions "d’amis" Facebook, les citoyens exprimaient directement leurs attentes à leur futur dirigeant. Son exemple a fait des émules, mais il s’agit souvent de copier le style, plus que la philosophie sous-jacente.

Plus récemment, la Grande Marche, organisée par le mouvement de Macron, a consulté près de cent mille citoyens en porte-à-porte avec pour question: qu’est ce qui fonctionne et qu’est-ce qui ne fonctionne pas en France? Un million de réponses et des milliers de tables rondes plus tard, le leader d’"En Marche" étayait un projet pragmatique, issu d’une vision ambitieuse, mais aussi imprégné des échos citoyens.

Pourquoi pas un grassroot en Belgique?

En Belgique, le désaveu politique menace notre socle démocratique. À l’heure où se dessinent les prochains cycles électoraux de 2018 et 2019, les partis politiques gagneraient à défendre le pragmatisme et la transparence.

Pourquoi alors ne pas organiser une consultation populaire à l’instar de ces grassroot movements? Les expériences antérieures ont démontré leur faible coût à travers l’appel à des bénévoles et le bon usage des technologies.

c’est l’opportunité de (re)construire un réseau de "marcheurs" militants qui ne cherchent pas à convaincre, mais se contentent d’abord d’écouter. Et surtout pourquoi ne pas pérenniser ce dialogue direct entre citoyens et politiques de sorte que sa vertu persiste?
Maxime Parmentier

L’objectif? Tirer des enseignements sur les vraies priorités des citoyens et se donner une légitimité politique. Mais aussi créer un engouement politique par lequel nous, citoyens, nous rapprocherions de la chose politique puisqu’elle s’est rapprochée de nous.

Enfin, c’est l’opportunité de (re)construire un réseau de "marcheurs" militants qui ne cherchent pas à convaincre, mais se contentent d’abord d’écouter. Et surtout pourquoi ne pas pérenniser ce dialogue direct entre citoyens et politiques de sorte que sa vertu persiste? Le Groupe du Vendredi a proposé à maintes reprises des solutions innovantes d’e-démocratie, comme l’application Fluicity, Lumio ou Democracy OS, qui vitaliseraient cet échange démocratique entre élus et citoyens.

Dans une citation célèbre, Churchill affirmait que le meilleur argument contre la démocratie était une conversation de cinq minutes avec l’électeur moyen. Ce qu’il ne disait pas, c’est qu’il prenait régulièrement cinq minutes pour l’écouter. Chers candidats politiques, à l’aune de nouvelles élections, consultez-nous avant de nous demander de sanctionner, par les urnes, vos idées. Et pourquoi ne pas le faire à la terrasse d’un café?

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