La collapsologie, une maladie gravement contagieuse

La collapsologie adopte une vision apocalyptique du monde sans autre forme de réflexion. ©BELGAIMAGE

Pour éviter toute contamination à des discours collapsologistes, le meilleur remède reste d’appliquer une bonne hygiène de l’information en sélectionnant ses sources et ses contacts mais surtout en sachant maintenir un esprit critique face à ce qui est présenté comme une évidence.

Karolien Haese
Avocat et administrateur chez DCH Avocats
Fondatrice & Chief Wealth Officer BHCT

La collapsologie se caractérise par la capacité de la personne infectée à transmettre à une autre, une vision apocalyptique du monde sans autre forme de réflexion.

Si l’histoire de l’humanité a été marquée par quelques piques épidémiques, essentiellement d’origine religieuse, le début du 21ème siècle ne semble épargner ni thème, ni continent. La transmission du virus est largement facilitée par les réseaux sociaux qui peinent à enrayer les porteurs recueillant plusieurs milliers d’abonnés, devenant rapidement multi-résistants aux messages scientifiques.

©Avalon.red

Pas plus tard que le 4 mai dernier, l’activiste climatique Greta Thunberg publiait sur son compte twitter, suivi par quelque 600.000 abonnés: "Can we all now please stop saying “climate change” and instead call it what it is: climate breakdown, climate crisis, climate emergency, ecological breakdown, ecological crisis and ecological emergency?", générant plusieurs milliers de retweet, like et commentaires, incitant le monde au véganisme et à la décroissance rapide, sous peine d’être responsable d’une extinction de masse.

Le complotisme n’est pas loin

Dans sa forme la plus sévère, le virus de la collapsolgie conduit cependant ses porteurs à imaginer de grands complots mondiaux.
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Dans sa forme la plus sévère, le virus de la collapsolgie conduit cependant ses porteurs à imaginer de grands complots mondiaux, visant l’extinction de l’espèce humaine ou à sa subordination à la seule volonté d’une élite intellectuelle et financière.

Sont spécialement visés les géants du numérique qui, par espionnage organisé de nos données personnelles, cartographient le monde en établissant les futurs "permis de vivre"; les sociétés pharmaceutiques qui imposent leurs vaccins consciemment dangereux pour l’humanité dans le seul but de générer du bénéfice ou encore les titans de la finance qui entraînent volontairement le monde dans une croissance consumériste auto-destructrice.

Que faire face à ce fléau qui pollue le web et ouvre la voie à d’habiles manipulateurs dont le charisme, si particulier, a le don de convaincre même les personnes les plus raisonnables?

Il n’y a malheureusement que peu à attendre de nos dirigeants politiques, surtout depuis que le 20ème siècle a fait du "politicien" un métier rémunéré et à part entière. Toute personne embrassant la carrière politique ne peut se permettre de perdre des milliers d’électeurs contaminés par l’idée d’une fin du monde proche et elle n’a guère d’autre option que de surfer sur la vague en jouant d’un paternalisme bienveillant, souvent éloigné de tout discours scientifique bien documenté.

Un discours vendeur

Le discours apocalyptique est vendeur, bien plus que la promesse de potentialités liées à l’innovation technologique.
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Par ailleurs, dans nos sociétés occidentales, le discours apocalyptique est vendeur, bien plus que la promesse de potentialités liées à l’innovation technologique qui permettraient d’avancer sur des solutions concrètes à des problèmes bien identifiés et non démentis par la communauté scientifique.

Quant au levier de l’éducation, dans un univers scolaire et académique totalement dépassé par la vitesse de transmission de l’information et la réalité du web, il ne donne guère plus d’espoir.

La jeune génération forge sa personnalité en 140 caractères, parle une langue étrangère par machine interposée, trouve ses réponses à des questions de cultures générales en quelques millièmes de seconde sur Wikipedia et s’autodiagnostique par Dr Google et l’Apple Watch.

On peut alors se demander à quoi bon encore apprendre de tête le tableau Mendeleïev ou les dates des principales batailles napoléoniennes, sinon pour l’ego d’une culture générale acquise. L’intérêt premier ne réside-t-il pas dans le débat que peuvent avoir enseignants et élèves à discuter de la nécessité de modifier ledit tableau en fonction des progrès ou de mieux comprendre les ambitions napoléoniennes sur le plan économique et politique?

©BELGAIMAGE

Former les générations à avoir un esprit critique sur les plans scientifiques, politiques, socio-économiques et historico-religieux, leur apprendre ou chercher l’information et comment la lire, leur faire prendre conscience que les bases nécessaires pour entrer dans un débat se retrouvent dans leur programme scolaire ou académique, serait sans doute une approche plus judicieuse pour permettre de résister efficacement aux discours conspirationnistes et apocalyptiques qui pullulent sur le net.

Hérésie

Toutefois tenir un tel discours relève de l’hérésie dans une société où le diplôme se maintient comme seul et unique témoin de connaissances acquises, accréditant "la mise sur le marché" du jeune diplômé, sans s’interroger sur son savoir être et de sa capacité à réfléchir par soi-même.

Restent enfin les anti-collapsologues actifs sur les réseaux sociaux qui tentent d’enrayer le phénomène en adoptant un langage, plus populaire, de réalités scientifiques et économiques, pour les rendre accessible à un large public.

Une ambiance du net qui rappelle qu’obscurantisme et populisme ont encore de beaux jours devant eux et que l'exil des intellectuels n'est pas un phénomène du passé.
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Mais ici encore, le combat est inégal. Reléguées par la communauté scientifique et académique au rang de "vulgarisateur", les personnes qui s’y attellent ne tardent pas à s’essouffler et cherchent à se retirer avant une exclusion professionnelle définitive de leur propre communauté. Parallèlement, afficher ostensiblement une opposition aux collapsologues les plus radicaux, quand bien même celle-ci est scientifiquement documentée, conduit inexorablement à un ostracisme réseau de plusieurs milliers de followers qui peut s’avérer particulièrement violent et haineux.

Une ambiance du net qui rappelle qu’obscurantisme et populisme ont encore de beaux jours devant eux et que l’exil des intellectuels n’est pas un phénomène du passé.

Aussi, pour éviter toute contamination à des discours collapsologistes, le meilleur remède reste d’appliquer une bonne hygiène de l’information en sélectionnant ses sources et ses contacts mais surtout en sachant maintenir un esprit critique face à ce qui est présenté comme une évidence.

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