carte blanche

La confiance, la réponse adéquate aux enjeux de la digitalisation

Conseil fiscal, partner chez Deg & Partners, professeur à la CBC Bruxelles et à l'Ephec, président du Forum For the Future.

Ces mercredi et jeudi 22 et 23 novembre se tenait le 9e congrès des professions économiques (Forum For the Future) sur le thème " Build on trust ". Un large écho y a pris place sur l’enjeu de la confiance face à la transformation digitale et ses nombreuses répercussions sur notre secteur. De quoi s’agit-il ?

Par Emmanuel Degrève, conseil Fiscal, Partner chez Deg & Partners
Professeur à la CBC Bruxelles et à l’EPHEC, il préside également le Forum For the Future

Il n’y a pas une journée sans que la digitalisation fasse la une de l’actualité. Elle est partout. Elle impose à un rythme croissant son agenda. Le menu initial est simple : " automatiser ". Sous l’ère digitale, la mécanique n’a plus d’avenir, et les métiers qui en découlent semblent soudainement menacés. Mais les perspectives digitales ne s’arrêtent pas là : elle évolue graduellement vers de l’intelligence artificielle dont les gourous technologiques promettent à brève échéance des performances inimaginées jusqu’à présent, au profit du client.

Étrangement, les cabinets ont très largement résisté à ce mouvement inéluctable. Toutes les études indiquent que finalement le passage au paperless est bien moins déployé qu’il ne devrait et la tendance digitale en retrait par rapport à certains autres secteurs. Et ce n’est pas le produit d’une carence technologique. En quelques années, les solutions cloud ont éclos couvrant tant les fonctions primaires de la comptabilité que secondaires. Il est déjà loin le temps où le placement de ces données dans les nuages virtuels était déconseillé, voire même politiquement incorrect.

Notre tissu : de nombreuses TPE

En réalité, la plupart des cabinets sont au service des PME, et plus généralement des TPE. C’est assez normal puisque le tissu économique belge est massivement concentré autour de structures unipersonnelles. Cette particularité belge est selon moi le principal frein à une digitalisation courante : nos clients sont peu éveillés au monde digital, pleinement absorbé par le business et les contraintes d’exploitation. Seuls nos clients les plus jeunes, ceux qui sont " des natifs virtuels " expriment leur intérêt pour le digital, voire même le réclame à cœur et à cris.

Le passage au full digital est douloureux pour nos professionnels, car il demande de financer un process digital à 100% pour seulement 20% de ses clients. Ce décalage explique cette réserve… momentanée.

Cette situation modère l’entrain de nos cabinets à digitaliser. D’abord et avant tout, parce qu’une digitalisation nécessite pour une organisation comptable de passer idéalement tous ces clients dans le process digital. À défaut de quoi, l’organisation est sous-productive, car elle s’oblige à entretenir deux process : l’un numérique, l’autre papier. Mais le passage au full digital est douloureux pour nos professionnels, car il demande de financer un process digital à 100% pour seulement 20% de ses clients. Ce décalage explique cette réserve… momentanée.

Le momentum digital

Momentanée est le bon terme. Depuis quelques mois, le digital " percole " enfin. Les cabinets frémissent à cette idée, et nous observons un mouvement global de conversion du papier au numérique. Un mouvement qui s’accompagne aussi d’une certaine consolidation du marché autour d’unités d’exploitation plus grandes ou plus collaboratives. L’annonce d’un accord sectoriel de l’IEC avec la plateforme de facturation électronique BillToBox, sous le standard e-fff et sa solution de transport WhereToBill sont un signal clair du secteur. Il assume sa conversion, mais aussi sa place dans cette grande transition. Le temps du changement a sonné.

Révolution ou continuation : user de la confiance

" Serons-nous donc tous digitaux ? " Cette question effraie nos ainés. Elle ne le devrait pas, car ce sont ceux-là même qui ont créé le principal actif de notre profession : la relation de confiance. Un capital qui doit plutôt nous inspirer pour le futur, quelles que soient les technologies qui seront mises en œuvre.

La confiance est une formule magique qui assure finalement à un client qu’il a fait le bon choix.

La confiance est une formule magique qui assure finalement à un client qu’il a fait le bon choix. Elle repose sur divers ingrédients que sont : la proximité, la crédibilité, la compétence ou encore la disponibilité. Bref à la fois des valeurs professionnelles et des valeurs humaines qui se combinent en un capital relationnel. Des ingrédients cruels aussi, car souvent, si l’un d’entre eux manque, sa valeur s’écroule.

Les professions économiques ont la chance de disposer aujourd’hui d’un haut capital confiance. Un bon cabinet dispose d’une clientèle stable qui en est l’illustration. De même les tout petits cabinets résistent bien aujourd’hui, d’abord et avant tout, car il dispose d’une confiance en béton, produit d’une incroyable relation qualitative " intuiti personae ".

C’est pour cela que nous pensons profondément que l’enjeu essentiel des 10 prochaines années est la confiance : son entretien, son développement ou sa maitrise. Chaque cabinet, chaque professionnel devra agir pour la maintenir au plus haut, pour conserver ce lien pérenne entre le professionnel et son client. Réinventer un cabinet au terme d’une transformation digitale devient alors un challenge qui repose principalement sur cette fameuse relation client.

Développons les ingrédients de la confiance, les valeurs professionnelles et humaines, et les angoisses digitales prendront un tout autre sens.

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