La créativité au secours de notre monde surendetté

L’ampleur des dettes cumulées et l’urgence climatique démontrent l’insoutenabilité de notre modèle économique. ©Club de Bruxelles

Les dettes mondiales n’ont jamais atteint de telles proportions: elles sont passées de 80 à 287 trillions de dollars en moins de 20 ans. Le PIB mondial étant d’environ 80 trillions de dollars, la situation est devenue insoutenable.

Collectif d'experts
Membres du Club de Bruxelles*

Cette instabilité est renforcée par le fait que la qualité des débiteurs s’est détériorée et que 68% de ces dettes sont en dollars, alors que seulement 47% des échanges mondiaux se font dans cette devise.

Ces dettes exorbitantes – publiques et privées – ne prennent pas en compte les coûts qu’engendreront le vieillissement de la population, les soins de santé, l’entretien des bâtiments publics, la formation aux métiers de demain ou la dette environnementale, qui est de surcroît une dette également non monétaire.

Anticiper les crises systémiques

Nous sommes de facto dans une situation fragile, à un moment charnière, potentiellement à l’aube de crises systémiques. Ces défis historiques ne pourront pas être résolus par quelques réformes isolées. L’ampleur des dettes cumulées nécessite l’avènement de solutions diamétralement différentes et d’une triple prise de conscience des citoyens, des entreprises et des gouvernements. Ce moment historique nécessitera l’implication de tous pour réinventer un consensus social.

L’ampleur des dettes cumulées nécessite l’avènement de solutions diamétralement différentes et d’une triple prise de conscience des citoyens, des entreprises et des gouvernements.

Bien sûr, il existe une grande disparité entre les pays: les dettes souveraines des pays de l’OCDE représentent 110% de leur PIB (102% pour la Belgique) alors qu’elles ne représentent que 50% du PIB des pays émergents. Les responsabilités ne sont pas non plus partagées de manière équitable: les 10% les plus riches de la population mondiale génèrent la moitié des émissions de CO2 alors que les 50% les plus pauvres n’en émettent que 10%.

Gérer différemment la chose publique

Une des multi-solutions pourrait être d’organiser l’échange de permis d’émission de CO2 par habitant entre le nord et le sud en fonction de la capacité d’absorption totale de la planète. La formation d’un prix de marché du CO2 internaliserait ses effets néfastes et rendrait rentable les énergies alternatives. L’utilisation des recettes des ventes des permis du sud permettrait de résoudre le financement d’une accélération du développement durable de ces pays.

110%
du PIB
Les dettes souveraines des pays de l’OCDE représentent 110% de leur PIB.

De manière générale, le fonctionnement même de la gouvernance est à bouleverser: plus d’efficience, de cohérence, de vision sur le long terme et de démocratie participative. L’histoire démontre que l’humanité est capable de surmonter des grands enjeux lorsqu’elle y est acculée. La nécessité engendre la créativité, l’innovation et la participation de chacun.

Sensibiliser et impliquer les citoyens

La mobilisation des jeunes pour le climat démontre que la société civile n’aspire qu’à exprimer des solutions cohérentes et des alternatives durables. De plus en plus de citoyens prennent conscience qu’une croissance infinie dans une planète dont les richesses sont finies est impossible. Pour sensibiliser le citoyen, il nous semble pertinent de le responsabiliser de manière participative et ludique.

De manière générale, le fonctionnement même de la gouvernance est à bouleverser.

Nous suggérons également que les initiatives citoyennes positives soient plus largement diffusées. Des îlots de résilience se créent sous les radars: circuits courts, monnaies locales, coopératives. Dans les périodes de crash, nous avons une tendance instinctive à l’entraide et à la coopération, contrairement à la croyance selon laquelle l’homme est un loup pour l’homme.

L’entreprise de demain

Plus de 60% des émissions dommageables à l’environnement sont imputables au processus de production. Les entrepreneurs ont leur responsabilité et doivent contribuer positivement aux enjeux multiples. L’entreprise de demain? Une philosophie de l’économie qui s’oppose à l’individualisme et à l’accumulation. Le principal capital productif est humain: connaissances, expertise, savoir-faire, valeurs intangibles.

La mobilisation des jeunes pour le climat démontre que la société civile n’aspire qu’à exprimer des solutions cohérentes et des alternatives durables.

Cette vision change la donne à plusieurs égards. La formation est dès lors pensée pour valoriser ce potentiel: culture, pédagogie alternative, éducation permanente et participative. Il est également essentiel de trouver un nouvel équilibre entre l’humain et la technologie. En fait, les entreprises doivent anticiper et se baser sur la coopération en s’inspirant des neurosciences, du biomimétisme, à l’image de la vie elle-même. Cela permettra la relance et la création de métiers porteurs de sens.

On ne résout pas un problème avec les recettes qui l’ont engendré

L’ampleur des dettes cumulées et l’urgence climatique démontrent l’insoutenabilité de notre modèle économique. Le moment est historique. À nous de nous mobiliser collectivement. La participation collective et l’intelligence citoyenne généreront les solutions intelligentes nécessaires. Finalement, le vrai moteur d’une société saine est l’action de citoyens motivés et amoureux de ce qu’ils font.

* Le Club of Brussels (clubofbrussels.org) est un groupe de réflexion sur la transition économique. Les experts signataires sont: C.Ghymers, E.Calingaert, D.Lodewyckx, E.Nève, M. de Kemmeter, C.Gilles, A.Delobbe, N.Ku, A.Arnould, T.Abergel, B. de Bellefroid, M.Ruelle, B.Arnould, B.Pitsaer, X.Dupret, M.Devuyst, P.Chaudoir.

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