La crise de la dette américaine est pour bientôt

Le déficit public américain est supérieur à 4%, alors que dans le passé, à croissance économique comparable, les États-Unis affichaient un surplus. ©EPA

Lorsque l’économie commencera à souffrir des vents contraires liés à la guerre commerciale lancée par Trump et à la hausse inéluctable des taux d’intérêt, le pays de l’Oncle Sam pourrait se réveiller avec une solide gueule de bois.

Geert Noels
Économiste Econopolis

Ce pays a une dette supérieure à 105% du PIB et un déficit public de 4% en période de haute conjoncture. Nous ne parlons pas ici de l’Italie ou de la Belgique, mais des États-Unis. Les réductions d’impôts de Trump ont mis un turbo sur l’économie, mais l’effet devrait être de courte durée. Lorsqu’il s’estompera et que l’économie commencera à souffrir des vents contraires liés à la guerre commerciale lancée par Trump et à la hausse inéluctable des taux d’intérêt, le pays de l’Oncle Sam pourrait se réveiller avec une solide gueule de bois. À cause de la politique de Trump, les États-Unis courent le risque de voir éclater une crise de la dette.

"Penser comme Trump": cela pourrait être le titre d’un (petit) livre ou de cet article. Sa façon de penser est celle d’un homme d’affaires – pas d’un entrepreneur – d’un négociateur ou d’un opportuniste. Il aime la simplicité et applique des stratégies plutôt élémentaires de type "Cut the crap" (ça suffit!). Il va directement au but, sans fioritures ni beaucoup de blabla. Il faut de préférence que tout aille aussi vite que possible, comme cela semble être également le cas dans ses projets extra-professionnels. Trump n’est pas non plus constant sur le long terme. Quand une stratégie ne fonctionne pas ou qu’il change d’avis, il peut affirmer le contraire de ce qu’il a déjà dit avec la même conviction.

Trump n’est pas constant sur le long terme.
Geert Noels

Le Président n’a pas fait mystère de son objectif de "rendre sa grandeur à l’Amérique". Ce qui veut dire également: l’Amérique ne peut contribuer à rendre d’autres pays plus forts, elle doit d’abord penser à elle-même. C’est simple. Pour Trump, l’énorme déficit commercial des États-Unis est une épine dans le pied. Cette question a été attisée par Peter Navarro, économiste et personne de confiance du Président, qui estime que le défit commercial avec la Chine – et dans une moindre mesure avec l’Allemagne – est inacceptable.

Revers à long terme

Dans un exercice "penser comme Trump", cela aurait peu de sens d’expliquer que ce n’est pas totalement correct. Mais ce n’est pas non plus totalement faux, et pour Trump, cela suffit.

Donald Trump a déjà progressivement soumis 250 milliards de dollars d’importations chinoises à des taxes douanières. Il est prêt à doubler ce montant, et à taxer lourdement l’ensemble des importations chinoises et le déficit commercial. "Penser comme Trump" est très axé sur les objectifs. Si vous n’aimez pas quelque chose, vous ne cherchez pas à le contourner. Vous prenez la grosse artillerie et vous tirez dessus. Cela aura effectivement un effet: les importations chinoises vont diminuer et seront plus chères. Mais cela ne sera pas sans conséquences.

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Plus de 50% des produits vendus par Walmart viennent de Chine.

Comme les lecteurs d’Econochoc l’ont lu il y a dix ans, plus de 50% des produits vendus par Walmart viennent de Chine. Ce sont des produits bon marché, importants pour le confort de l’Américain moyen. Walmart a déjà annoncé que tous ces produits seraient plus chers. Les sociétés américaines qui achètent des pièces en Chine commencent à sentir les effets de cette guerre commerciale. Qu’en pensent Apple avec Foxconn & Co comme principaux fournisseurs de composants?

Une inflation plus élevée ira de pair avec une hausse des taux par la banque centrale américaine. Trump crée lui-même les obstacles économiques. Il ne le sait pas encore, car ces effets se feront sentir avec un peu de retard. Aujourd’hui, l’Américain moyen est content de Trump: l’économie est en plein essor, les entreprises s’en sortent bien, le taux de chômage est bas.

Trump souhaite remporter les élections de mi-mandat, et il y réussira certainement grâce aux performances économiques. Mais cela aura un prix: Trump s’est offert une économie florissante en réduisant les impôts, en particulier l’impôt des sociétés. Cette mesure a donné un coup de pouce aux bénéfices des entreprises, à la Bourse et aux portefeuilles des riches Américains. L’Américain moyen, quant à lui, a vu son pouvoir d’achat légèrement augmenter, mais se situe encore en termes réels au même niveau qu’il y a 30 ans.

L’Américain moyen a vu son pouvoir d’achat légèrement augmenter, mais se situe encore en termes réels au même niveau qu’il y a 30 ans.
Geert Noels

John Doe, notre monsieur Tout-le-Monde, est content et les riches Américains trouvent la situation fantastique. Ils ont un président qui se bat pour l’industrie américaine, contre les "profiteurs chinois et mexicains" et contre "les affabulateurs en matière de climat". Trump a réussi à très court terme à tenir une grande partie de ses promesses. Les Américains ne savent pas – ou ne veulent pas savoir – que ces promesses auront leur revers à long terme.

Les boutons qui ont le plus d’effet

Un regard sur les finances publiques nous apprend que Trump fait ce qu’il sait faire le mieux: contracter des dettes et reporter les solutions aussi longtemps que possible. Le déficit public américain est supérieur à 4%, alors que dans le passé, à croissance économique comparable, les États-Unis affichaient un surplus. La charge de la dette est relativement faible, mais en hausse. Le CBO (Congressional Budget Office), s’attend à ce que le défit continue à augmenter, parallèlement à la dette publique. Goldman Sachs a calculé qu’en cas de récession, le déficit pourrait exploser pour représenter 9% du PIB.

Une telle récession n’est certes pas pour demain, mais avec le lancement de la guerre commerciale, la hausse des taux, la remontée des prix du pétrole et la longueur du cycle économique en cours, Trump est en train d’organiser lui-même le ralentissement de la croissance. L’Américain moyen vit au jour le jour, et en cas d’augmentation des prix, il réduira sa consommation.

Trump est en train d’organiser lui-même le ralentissement de la croissance.
Geert Noels

Par ailleurs, les Chinois ne vont certainement pas rester passifs. "Penser comme les Chinois" est très différent de "penser comme Trump". Trump joue aux dames, et les Chinois aux échecs. La Chine ne peut faire mal aux États-Unis au niveau du commerce, mais certainement dans d’autres domaines.

La Banque centrale chinoise détient 1.200 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Elle pourrait arrêter d’en acheter, ou commencer à les brader. Ce n’est pas parce que Trump connaît et dorlote la vieille économie que les Chinois le suivront. La nouvelle économie constitue le véritable pilier des États-Unis. Les entreprises chinoises sont les seules à pouvoir riposter via les géants américains de la technologie.

Mais la dernière question de l’exercice "penser comme Trump" sera: que fera Donald si l’économie ralentit et que le déficit se creuse? Il appuiera sur les boutons qui ont le plus d’effet: faire baisser le dollar, mettre la Fed sous pression pour qu’elle rachète de la dette, et augmenter les impôts sur les démocrates. Et vu que les démocrates sont surtout forts en Californie, les richesses des Big Techs se retrouveront dans le viseur de Trump. "Penser comme Trump" n’est pas très difficile. Par contre, balayer les décombres qu’il laissera derrière lui sera une autre affaire.

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