La deuxième vague n'est pas une fatalité

Faute de disposer d’un vaccin dont la mise au point risque d’être longue, nous en sommes réduits à imposer aux populations des quarantaines et même des confinements qui appartiennent à des temps que l’on pensait définitivement révolus. ©Photo News

Il faut rappeler que ni la deuxième vague, ni le rebond ne sont des fatalités, mais qu’ils le seront à coup sûr si nous perdons le contrôle de la situation.

Parmi les nombreuses leçons de la pandémie à laquelle nous sommes confrontés, il nous faudra retenir que l’environnement naturel, sacralisé par certains, n’a pas cessé d’être hostile à l’Homme et que la science, portée par l’idéologie du progrès, n’a pas réponse à tout. Plus la compréhension de la logique du vivant progresse, plus il apparaît que l’adaptation des bactéries aux substances qu’on leur oppose et l’aptitude des virus à muter font de la lutte contre les organismes pathogènes un combat à l’issue incertaine.

Claude Desama

Professeur honoraire de l'Université de Liège

Les signaux d’alerte n’ont pourtant pas manqué, que ce soient la grippe de Hong Kong, le SRAS, le H1N1 ou, plus près de nous, l’épidémie d’Ebola, mais ils n’ont pas suffi à ébranler la confiance du monde médical dans sa capacité à éradiquer, tôt ou tard, ces pandémies. Il faut dire à sa décharge que l’OMS a longtemps partagé cet optimisme, nourri par les découvertes, de Jenner, de Pasteur et de Koch, sans oublier les formidables progrès générés par les sulfamides, puis par les différents antibiotiques à partir de la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Le roi est nu

Aujourd’hui cependant, le roi est nu face au Covid-19 et faute de disposer d’un vaccin dont la mise au point risque d’être longue, nous en sommes réduits à imposer aux populations des quarantaines et même des confinements qui appartiennent à des temps que l’on pensait définitivement révolus. La mise en place de ces stratégies d’endiguement, dont nul ne peut contester l’efficacité, devrait nous convaincre que malgré nos moyens scientifiques considérables et nos équipements hospitaliers hors du commun, la voie du contrôle est la seule capable de limiter les ravages d’une telle épidémie.

"Il sera difficile de maintenir à long terme certaines formes de confinement et davantage encore de revenir en arrière."
Claude Desama
Professeur honoraire à l’Université de Liège

Les historiens démographes qui en ont observé quelques-unes (peste, choléra, variole, tuberculose, typhoïde, diphtérie) et mesuré leurs conséquences létales en l’absence de remèdes, ne sont pas surpris de ce constat, même s’ils n’imaginaient pas un tel retour vers le passé. Ils peuvent dès lors témoigner, sans paraître ringards, que le déroulement des épidémies en dehors de tout sérum ou de toute vaccination, obéit à une dynamique qui leur est propre, difficile à expliquer scientifiquement, à l’instar d’autres phénomènes naturels comme les grands feux de forêt, les inversions des courants marins ou les éruptions volcaniques.

Voilà qui devrait convaincre les épidémiologistes de ne pas s’en remettre exclusivement à des modèles mathématiques dont Jacques Attali disait, sans doute avec excès, qu’ils n’étaient que la forme la plus savante de tirer les cartes. Certaines épidémies se sont en effet éteintes, sans intervention exogène, quelques mois à peine après avoir atteint leur pic de propagation tandis que d’autres au contraire ont connu des répliques d’intensité variable.

Ajouter de l’angoisse à l’angoisse

Affirmer dès lors qu’une deuxième vague est inévitable et que seuls sont inconnus son calendrier et son ampleur est pour le moins audacieux. En réalité, nul ne sait, ici et maintenant, comment les choses vont se passer et il est inutile d’ajouter de l’angoisse à l’angoisse. Au contraire, il faut rappeler que ni la deuxième vague ni le rebond ne sont des fatalités, mais qu’ils le seront à coup sûr si nous perdons le contrôle de la situation.

Nous savons tous qu’en cette époque de productivisme économique, de concentration urbaine, d’hyper mobilité et d’addiction aux vacances ou aux loisirs, il sera difficile de maintenir à long terme certaines formes de confinement et davantage encore de revenir en arrière. Tout dépendra dès lors de la capacité des autorités publiques à mettre en place des moyens de contrôle efficace, mais surtout de la permanence de cette discipline civique dont la population a fait preuve jusqu’à présent.

Il vaut parfois mieux se fier à la sagesse de l’Homme qu’à son génie.

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