chronique

La fin de la décennie de la procrastination

On peut sans exagérer qualifier ces dix dernières années de "décennie de la procrastination". La politique belge et la politique européenne peuvent se résumer de la même manière: "kicking the can down the road". C’est la traduction de la procrastination en langage politique.

Nous sommes au début d’une nouvelle décennie qui devrait être fondamentalement différente de la précédente. Au cours des dix dernières années, l’Europe s’est surtout acheté du temps. On a principalement décidé de ne pas décider. Cette période de "kicking the can down the road" nous a mis au pied du mur, au fond d’une impasse. Pendant la décennie qui s’annonce, nous n’aurons pas le choix: nous devrons décider.

©Dieter Telemans

La procrastination est la tendance – agaçante, mais très humaine – à reporter les problèmes importants parce qu’ils nous effraient d’une certaine manière. Le report de décisions importantes peut cependant s’avérer fatal. On attend de nos leaders qu’ils fassent preuve de dynamisme et ne laissent pas aller les choses.

On peut sans exagérer qualifier ces dix dernières années de "décennie de la procrastination". La politique belge et la politique européenne peuvent se résumer de la même manière: "kicking the can down the road". C’est la traduction de la procrastination en langage politique.

Inertie, paralysie…

Prenons tous les défis importants: vieillissement de la population, climat, stabilité financière, immigration, mobilité, énergie, sécurité, disruption technologique, etc. Il y a dix ans, nous savions déjà qu’il s’agissait des grands défis politiques pour l’avenir. Quelqu’un a même écrit un livre sur ce sujet. Son titre? "Econochoc".

Notre politique a été totalement paralysée par des groupes d’intérêts, les droits acquis impayables de l’ancienne génération et le manque de vision et de force de persuasion pour mettre en place les changements qui s’imposent.

Mais au lieu d’action, nous n’avons vu que de l’inertie. Pratiquement rien n’a changé. Notre politique a été totalement paralysée par des groupes d’intérêts, les droits acquis impayables de l’ancienne génération (qui tient aujourd’hui les rênes du pouvoir) et le manque de vision et de force de persuasion pour mettre en place les changements qui s’imposent.

L’Europe est par excellence le continent de la procrastination. Ces dix dernières années, la Chine a fondamentalement modifié son modèle économique. C’est bien entendu plus facile dans une dictature.

Mais aux Etats-Unis également, beaucoup de choses ont changé. Malgré l’élection d’un président narcissique et instable, ils ont connu une décennie à marquer d’une pierre blanche au niveau économique.

Cela s’explique surtout par l’esprit d’entreprise et en particulier l’innovation technologique. Mais les secteurs traditionnels comme les banques, les télécoms, les services aux collectivités et l’industrie ont également fait preuve de beaucoup de dynamisme. C’est un contraste frappant avec l’Europe, où la dynamique économique est en panne dans de nombreux secteurs.

La bourse ne ment pas. La courbe des bénéfices des entreprises européennes cotées est quasi plate, tandis qu’aux Etats-Unis, les bénéfices ont plus que doublé (+ 150%).

Il y a beaucoup de raisons qui expliquent cette situation, mais les principales causes de la stagnation de l’économie européenne se situent au niveau de la politique européenne elle-même et de la culture du "no risk" qu’elle génère. Alors qu’aux Etats-Unis le secteur bancaire a été rapidement "nettoyé", nous nous contentons en Europe de demi-mesures. Deutsche Bank, une des plus grandes banques européennes, a perdu 80% de sa valeur boursière, tandis que JP Morgan gagnait 200%.

Japonisation de l’Europe

©BLOOMBERG NEWS

L’Europe a reproduit avec 30 ans de retard la stratégie choisie par le Japon et ne doit donc pas s’étonner d’obtenir les mêmes résultats. La "japonisation" se caractérise par la présence de banques et d’entreprises zombies, la hausse de l’endettement et des déficits, et l’absence d’innovation et de gains de productivité.

Si, sous la direction de Lagarde, la BCE continue à promouvoir les dépenses et les déficits publics, les taux négatifs et le rachat d’obligations des pouvoirs publics et des grandes entreprises, la japonisation de l’Europe se poursuivra. Nous aurons alors une nouvelle décennie de stagnation et de procrastination.

Comment briser ce cercle vicieux? En fait, l’Europe a "gaspillé" la crise de 2008-2009. Bien entendu, personne n’espère voir éclater une nouvelle crise, mais elle aurait au moins le mérite de faire bouger les choses. Même on ne peut exclure que la BCE s’obstine dans la même voie absurde et continue à "faire plus de la même chose". Il semble difficile de couper le cordon avec le Japon.

Nous avons parfois des "cygnes noirs", des événements inattendus qui rebattent les cartes et bouleversent la situation.

Le Brexit est un bel exemple de "game changer", l’élection de Trump en était d’une certaine façon un autre. La rébellion de Klaas Knot, le banquier central néerlandais, contre la politique de la BCE fut un embryon de "cygne noir".

La frustration des Pays-Bas face à la politique européenne et en particulier de la banque centrale augmente chaque jour. Les fonds de pension néerlandais ont perdu en 2019 près de 15 points de pourcentage de ratio de réserve, malgré les excellentes performances de la bourse.

Cela s’explique par la politique de taux de la BCE et pousse à de nouveaux "rabais" sur les droits à la pension. Peut-être une simple récession aura-t-elle un effet domino qui poussera à prendre de véritables décisions.

La liberté!

Mon espoir repose sur la jeune génération. La très jeune Greta Thunberg a mis en évidence un problème connu de tous et a fait bouger les choses. Nous avons besoin de jeunes qui se lèvent et forcent l’ancienne caste, grisonnante et procrastinante, à faire un pas de côté.

Mon espoir repose sur la jeune génération. La très jeune Greta Thunberg a mis en évidence un problème connu de tous et a fait bouger les choses. Nous avons besoin de jeunes qui se lèvent et forcent l’ancienne caste, grisonnante et procrastinante, à faire un pas de côté.

Partout où je rencontre la jeune génération, je vois de l’esprit d’entreprise, des talents créatifs et des idées fantastiques. Donnons-leur la liberté! Nous devrions en 2020, à l’instar des marches pour le climat, manifester pour la libération de l’esprit d’entreprise, contre le carcan étouffant des lobbies, de la bureaucratie et de la "réglementite" des dirigeants européens.

Ils ne sont pas la solution, mais une partie du problème.

Lire également

Messages sponsorisés