carte blanche

La France, enfin en ordre de marche?

Economiste et consultant indépendant

L’abstention est certes passée de 22% au premier tour de la présidentielle à 57% au second tour des législatives. Cependant, contester la légitimité du nouveau pouvoir est un contresens.

Par Norbert Gaillard | Économiste et consultant indépendant.

La longue séquence électorale qui vient de s’achever a bouleversé le paysage politique français. Plusieurs enseignements peuvent être tirés.

Tout d’abord, il faut saluer le triomphe incroyable du président Macron. Inconnu du grand public il y a encore trois ans, il a réussi à se faire élire à la fonction suprême en mai 2017 avec les deux tiers des voix au second tour. Créé il y a 15 mois, son parti vient d’obtenir la majorité absolue à l’Assemblée nationale (308 sièges sur un total de 577). Ce double exploit est inédit.

©doc

Les conditions de cette victoire méritent un éclairage. L’abstention est certes passée de 22% au premier tour de la présidentielle à 57% au second tour des législatives. Cependant, contester la légitimité du nouveau pouvoir est un contresens.

Lassitude

La France a connu six scrutins entre novembre 2016 et juin 2017 (deux primaires ayant précédé les élections présidentielles et législatives). Un phénomène de lassitude a dissuadé une forte proportion de citoyens d’aller voter.

De plus, un "réflexe légitimiste" (observé par les politologues depuis plusieurs décennies) les a conduits à ne pas s’opposer au Président nouvellement élu. Ce comportement explique d’ailleurs le nombre élevé de bulletins blancs et nuls enregistrés lors du second tour des législatives (quasiment deux millions).

Le Parti socialiste (leader de la majorité sortante) connaît un échec historique qui masque en fait une incapacité chronique à gouverner efficacement avec un programme économique clair et cohérent sur toute une législature.

Sous la Ve République, ce parti a systématiquement perdu tous les scrutins législatifs où il avait la majorité sortante et les défaites ont été cuisantes. En 1986, le Parti socialiste obtient 37% des sièges de la nouvelle Assemblée. Ce pourcentage tombe à 10% en 1993 et à 24% en 2002.

Pire moment

Le 18 juin 2017, les socialistes et leurs alliés n’ont remporté que 8% des sièges. À l’évidence, une refondation est inévitable mais elle intervient au pire moment. La ligne sociale-démocrate et centriste est déjà occupée par le mouvement La République en marche d’Emmanuel Macron tandis que la tendance contestataire est incarnée par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Les députés La République en marche qui sont issus du monde de l’entreprise auront un rôle crucial à jouer dans la défense de la première grande réforme du quinquennat Macron.

Les socialistes ne pourront trouver un espace que si le président Macron et son Premier ministre Edouard Philippe lancent des réformes ouvertement libérales qui les placeraient au centre-droit de l’échiquier politique.

De son côté, la droite "limite les dégâts" en devenant la première force d’opposition (130 députés pour Les Républicains et l’Union des Démocrates et Indépendants) mais elle ne parvient pas à imposer une cohabitation au nouveau Président.

Une clarification programmatique est là aussi nécessaire et les bonnes questions doivent être posées. La défense forcenée du pouvoir d’achat des retraités (cœur de l’électorat de la droite française) est-elle dans l’intérêt à moyen-long terme du pays? La question de l’immigration est-elle vraiment la priorité des Français? Quelles mesures fortes pour réduire le chômage?

Quant au Front national et à La France insoumise, ils ne dépassent pas les 30 élus à eux deux. Ces deux mouvements pâtissent évidemment du mode de scrutin majoritaire à deux tours mais leur position à l’extrême droite et à l’extrême gauche les empêche de bénéficier de bons reports de voix. Leur électorat s’est également démobilisé.

Le cas du Front national est emblématique. Les deux seuls départements qui avaient porté Marine Le Pen en tête au second tour (l’Aisne et le Pas-de-Calais) comprenaient 17 circonscriptions; les candidats frontistes n’ont gagné que quatre circonscriptions parmi celles-ci.

Reste désormais la question des défis auxquels seront rapidement confrontés le président Macron et son Premier ministre. Leur tâche principale et constante sera de faire preuve de pédagogie.

Baptême du feu

À cet égard, la réforme du marché du travail qui est en préparation constitue un vrai baptême du feu. Le gouvernement va devoir convaincre les Français que le référendum d’entreprise favorisera le dialogue social et que la primauté des accords d’entreprises sur les accords de branches assurera des règles plus adaptées au terrain.

De même, l’établissement de montants minimum et maximum de dommages et intérêts à verser aux salariés en cas de licenciement abusif incitera les employeurs à embaucher.

Les députés La République en marche qui sont issus du monde de l’entreprise auront un rôle crucial à jouer dans la défense de la première grande réforme du quinquennat Macron. Après tant d’années de passivité, la France ne peut pas se permettre de reculer sur ce dossier.

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