La mise en garde de Tocqueville à l'adresse des démocraties

©Serge Vandaele

"Le monde selon Tocqueville", Nicolas Baverez, éditions Tallandier, 286 pages, 19,90 euros

La démocratie occidentale, traversée par une puissante lame de fond populiste, connait en ce début du 21e siècle sa crise la plus importante depuis la grande dépression des années 1930. Cette tentation populiste, Alexis de Tocqueville l’avait prédite dès 1835 lors de son voyage initiatique aux États-Unis.

"Dans l’Amérique, j’ai vu plus que l’Amérique", écrivait-il. À travers son œuvre littéraire, l’aristocrate normand n’a cessé de mettre en garde contre les risques de dérives despotiques inhérentes aux régimes démocratiques lorsque la "passion égalitaire" l’emporte sur les principes de liberté politique.

L’économiste et essayiste français Nicolas Baverez invite pour sa part à relire Tocqueville pour mieux cerner le monde actuel, avec ses soubresauts et ses convulsions. Baverez prend ainsi la suite de Raymond Aron qui avait en son temps, lui aussi, fortement contribué à réhabiliter un Tocqueville étrangement peu apprécié dans son propre pays. Alors que dans les pays anglo-saxons, il est considéré comme un philosophe politique majeur.

"Le premier risque des démocraties, comme l’avait prédit Tocqueville, c’est leur décomposition intérieure sous la pression de l’individualisme, de la corruption de l’information, de la démagogie, de la fascination devant les hommes forts et la violence", explique Nicolas Baverez.

"Dans les pays développés, le populisme prend sa source dans la déstabilisation des classes moyennes du fait de la mondialisation et de la révolution numérique, dans la polarisation des individus et des territoires, dans le blocage des salaires nets pour une majorité de la population active (…), dans les peurs identitaires face aux vagues migratoires…", poursuit-il.

La présidence de Donald Trump, estime Baverez, illustre parfaitement les risques de dérive despotique qui pèsent sur la démocratie, discréditant ses valeurs, biaisant ses institutions et corrompant ses mœurs. À ses yeux, l’année 2016, avec le Brexit et l’élection de Trump, marque une rupture historique. "Elle acte la disparition du monopole de l’Occident dans la conduite de l’histoire mondiale ouverte à la fin du 15e siècle (…) Le monde se retourne", assure-t-il.

Mais Tocqueville n’est pas seulement précieux dans l’analyse des fragilités des démocraties. Il est également pertinent pour trouver des solutions à leur crise. Cette solution passe par le réengagement des citoyens, à travers l’éducation et des contre-pouvoirs efficaces. Baverez ajoute à cela "un nouveau contrat économique et social inclusif pour les hommes et les territoires, le renforcement de l'État de droit et le rétablissement de la sécurité, qui constitue la première condition de la liberté".

Sans oublier ce qui constitue sans doute un préalable, ce que Tocqueville appelait "le culte de la modération" afin de "maîtriser les passions collectives". Tout un programme, à l’ère des réseaux sociaux…

"Le monde selon Tocqueville", Nicolas Baverez, éditions Tallandier, 286 pages, 19,90 euros

©Serge Vandaele


 

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