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La mondialisation par le Sud

Par E.B.

La mondialisation véhicule des idées simplistes : les pauvres n’en seraient que les victimes et les exclus, exploités par une élite minoritaire de multinationales occidentales sans vergogne. Mais jusqu’où ces binômes faciles (Nord/Sud, villes/campagnes … ) sont-ils pertinents ? Peut-on enfermer " les pauvres " – la moitié des habitants de la planète – dans une seule et même passivité ?

Les auteurs, géographes, déconstruisent ces poncifs et clichés habituels. Certes, la mondialisation produit des inégalités ; certes elle fait des victimes et, oui, près d’un milliard d’individus survivent avec trois fois rien.

Mais si l’on se distancie d’un regard occidentalo-centré, et si on parcourt les espaces méconnus des échanges internationaux – en dehors des " chaînes globales de valeur " des multinationales et des grandes places financières – une tout autre mondialisation se révèle, portée par des acteurs aussi engagés que discrets.

Pour nous la montrer, l’enquête nous entraîne dans d’autres lieux et sur d’autres routes des échanges mondiaux – en Chine, au Maghreb, dans les pays du Golfe et en Afrique.

Ainsi Yiwu (Chine), comptoir mondial pour grossistes, concentre une offre pléthorique de produits toutes catégories à bas prix, et accueille chaque année des dizaines de milliers de commerçants qui s’y fournissent pour alimenter leurs réseaux au Nigeria, en Égypte, au Brésil ou en Inde.

Mondialisation par le bas

Des villes moins connues apparaissent comme nœuds de cette "mondialisation par le bas" : Dubaï, Shanghai, Sao Polo, Mumbaï, Tripoli et bien d’autres encore.

De là, des foules d’entrepreneurs nomades font circuler les produits à prix réduit vers un immense marché émergent, générant dans leur sillage un commerce foisonnant.

Si la Chine inonde les marchés avec leurs produits low cost, les Indiens ne sont pas en reste, de même que les Africains – tel cet entrepreneur Béninois qui a fait fortune dans le commerce des mèches de cheveux.

Voitures d’occasion importées depuis Bruxelles, tongs, ciment, jeans… en suivant la route de ces produits, les auteurs rendent visible une autre mondialisation qui conquiert et dynamise tous les continents.

Ces nouvelles routes marchandes, largement alternatives voire souterraines, visent un marché prometteur sur les plans démographique (4 milliards de consommateurs gagnant moins de 3000 $/an) et économique (5000 milliards $/an).

L’Afrique, dont la population va plus que doubler d’ici trente ans, en est le marché-phare, en pleine expansion, et constitue l’ultime frontière du capitalisme.

Il n’y a donc pas un Nord riche et actif et un Sud passif et démuni. " La circulation des biens contribue à donner une forme aux modes de vie et de subsistance des pauvres, tout comme ceux-ci se révèlent indispensables à la mondialisation en tant que nouvelle frontière d’expansion des marchés ".

En désoccidentalisant le regard sur la mondialisation, cet ouvrage tord le cou à de nombreux clichés qui lui sont attachés. Décidément, la mondialisation mérite bien son nom. E.B.

La mondialisation des pauvres. Loin de Wall Street et de Davos, Armelle Choplin, Oliver Pliez, Seuil (La République des Idées), 2018, 128 pages, 11,80 €.

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