carte blanche

La puissante flotte d'assurance britannique se prépare à traverser la Mer du Nord

L'impact du Brexit sur le secteur des assurances européen pourrait être nettement plus important que ce que de nombreux observateurs estiment aujourd'hui.

par Pedro Matthynssens
CEO Vanbreda Risk & Benefits

Alors que les négociations autour du Brexit n’ont toujours pas abouti et que le Premier Ministre Theresa May se querelle avec le négociateur européen Michel Barnier à propos de la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord, les conséquences économiques du départ de la Grande-Bretagne de l’UE sont plus claires que jamais. Et pas seulement dans le secteur des assurances. L’impact du Brexit sur les assureurs et courtiers en assurances britanniques et, par extension, les Américains, est actuellement fortement sous-estimé par nombre d’observateurs.

Les assureurs et courtiers en assurances britanniques sont en train de tout préparer pour pouvoir prendre pied sur le continent européen avant mars 2019, moment auquel le Brexit deviendra réalité.
.
.

On l’explique par la possible perte des droits au passeport suite au Brexit. Ces droits permettent à des acteurs du Royaume-Uni de vendre des assurances en Europe et de payer des sinistres à des clients européens. En raison de l’impasse dans laquelle se trouvent actuellement les négociations du Brexit, nombre d’assureurs et courtiers en assurances britanniques mettent de l’eau dans leur vin. Ils sont en train de tout préparer pour pouvoir prendre pied sur le continent européen avant mars 2019, moment auquel le Brexit deviendra réalité.

Des exemples en pagaille

©EPA

Et une foule d’exemples prouvent déjà aujourd’hui qu’ils ne se limitent pas à la planification. L’assureur américain AIG va déplacer son quartier général de Londres au Luxembourg. Le marché des assurances Lloyds of London démarrera début 2019 à Bruxelles une société sous le nom "Lloyds of Europe". L’assureur QBE est en train de créer une base européenne à Bruxelles et de fermer son quartier général européen à Londres. Et le groupe maritime belge Exmar a vendu à la fin de l’année dernière son courtier en assurances Belgibo pour un prix attrayant de 20 à 30 millions d’euros à Jardine Lloyd Thompson Group. JLT a acheté une plate-forme pour pouvoir être au service de clients en Europe une fois que le Royaume-Uni aura quitté l’Union européenne.

Les pays européens voient cette évolution d’un bon œil. L’Irlande, le Luxembourg et la Belgique sont des points de chute européens privilégiés. Et les pouvoirs publics de ces pays rivalisent pour attirer le secteur des assurances du Royaume-Uni en proposant des conditions attrayantes aux niveaux réglementaire et fiscal. Les pouvoirs publics et le législateur belges ne sont pas restés les bras croisés et, en dépit de l’avantage linguistique qu’offre l’Irlande, il semble tout de même plus naturel de combler le fossé avec l’Europe en se rendant vers le sud-est plutôt que vers le nord-ouest.

315.000
Employés
Le secteur des assurances britannique est le plus grand d'Europe et le troisième plus grand à l'échelle mondiale. Il emploie 315 000 personnes.

L’impact de ce mouvement peut difficilement être surestimé. Le secteur des assurances britannique est le plus grand d’Europe et le troisième plus grand à l’échelle mondiale. Il emploie 315.000 personnes. Un tiers de toutes les primes d’assurance sont générées par le secteur des assurances du Royaume-Uni. Environ 100 compagnies font appel aux droits au passeport pour exercer des activités sur l’Europe continentale à partir de la Grande-Bretagne.

Concurrence accrue

L’arrivée de ces acteurs sur le continent européen aura donc un impact sur le secteur des assurances du continent. Un important travail supplémentaire attend les autorités de surveillance européennes du secteur des assurances. La procédure d’inscription et d’autorisation d’un courtier est aujourd’hui une activité qui demande du temps dans notre pays et peut prendre jusqu’à quatre mois.

Mais, et cette influence peut être plus notable encore, la concurrence dans les assurances en Europe pourrait considérablement s’accroître.

Nous assisterons probablement à davantage de fusions et acquisitions et à des prix plus élevés pour certains actifs d'assurance.
.
.

Nous assisterons probablement à davantage de fusions et acquisitions et à des prix plus élevés pour certains actifs d’assurance. Pour rendre leur investissement dans une présence physique rentable, les assureurs et courtiers faisant leur entrée sur leur continent seront probablement en quête de plus de substance. Ce qui signifie par exemple que les assureurs en Belgique seront en concurrence avec Lloyds of Europe et que des courtiers internationaux comme JTL seront en concurrence avec les plus gros courtiers locaux installés chez nous.

Tandis que d’aucuns pensaient que le Brexit allait protéger le marché européen contre la concurrence parfois dévastatrice qui caractérise les marchés des assurances anglo-saxons, l’arrivée d’assureurs et courtiers du Royaume-Uni pourrait avoir l’effet inverse et induire une transformation accélérée des assurances européennes plutôt plus conservatrices. Ce dernier point est crucial. Car une chose est sûre: si la puissante flotte d’assurance britannique franchit la Mer du Nord, il y aura à bord des coffres à trésor à remplir.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content