La récession est-elle aux portes de l'Europe?

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Les indicateurs macroéconomiques et la confiance des entreprises sont en berne. L’économie allemande est touchée et l’incertitude qui entoure le Brexit perdure. Le risque d’une récession susceptible de contaminer l’ensemble de la zone euro est bien réel. L’Europe dispose toutefois des outils nécessaires pour éviter ce scénario.

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Marc Danneels
Chief Investment Officer de Beobank

Tout le monde en parle: l’Europe a du mal à trouver un rythme de croissance satisfaisant. Pour 2019, tant les économistes que le Fonds monétaire international (FMI) anticipaient un ralentissement mondial. Cette perspective semble néanmoins se concrétiser davantage sur le vieux continent qu’ailleurs. La Banque centrale européenne (BCE) l’admet elle-même.

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L’Allemagne, première puissance économique d’Europe, a d’ailleurs frôlé la récession, au dernier trimestre de 2018. Cela s’explique essentiellement par le coup dur porté au secteur automobile (qui représente 20% des exportations allemandes) à la suite du scandale du dieselgate et des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis.

Fin 2018, certains indicateurs macroéconomiques annonçaient déjà une récession. L’indice PMI avait alors connu une baisse marquée, pointant un faible niveau de confiance des entreprises, mais nous avions également enregistré une stagnation de l’inflation à près de 1% et un taux de croissance de seulement 1,8% (contre 2,4% en 2017). Cette tendance s’est poursuivie en 2019.

L’Europe étranglée

Face à cette conjoncture morose, l’Europe semble étranglée entre des facteurs externes et des divisions internes. Dans l’ensemble, l’Europe exportatrice a eu du mal à absorber le ralentissement de la croissance mondiale, en particulier celle de la Chine. En interne, le psychodrame du Brexit a sérieusement perturbé la donne.

Après plus de dix ans de politique monétaire active et de taux d’intérêt proches de zéro, la Banque centrale européenne dispose, en outre, d’une marge de manœuvre trop faible pour stimuler la croissance. Un risque que les marchés ont d’ores et déjà pris en compte.

Des Bourses relativement calmes

"Les marchés financiers réagissent relativement calmement à ces incertitudes, ce qui pourrait indiquer que les bourses européennes ont déjà partiellement intégré les perspectives négatives."

Mais tout n’est pas aussi sombre qu’il paraît. Différents gouvernements européens ont pris des mesures pour encourager les dépenses des ménages. Cette croissance de la demande intérieure est encore renforcée par la politique de la BCE qui stimule les achats et les investissements en maintenant le taux d’intérêt à 0% au moins jusqu’à la fin de cette année.

Grâce à la faiblesse relative de l’euro, les exportations restent également à un bon niveau. En parallèle, le risque d’une guerre commerciale semble avoir diminué et l’emploi évolue positivement en Europe.

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Les marchés financiers réagissent relativement calmement à ces incertitudes, ce qui pourrait indiquer que les Bourses européennes ont déjà partiellement intégré les perspectives négatives. De quoi expliquer la relative faiblesse des valorisations boursières actuelles.

Ces dernières représentent une opportunité pour les investisseurs, a fortiori si nous partons du principe que certains scénarios négatifs prévus dans le passé (par exemple, l’escalade du différend commercial entre les États-Unis et l’Europe) ne se produiront pas.

À la veille d’un printemps européen ?

Les prévisions de croissance pour la zone euro en 2019 oscillent entre 1,1% et 1,3%.

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L’Europe n’attirera les investisseurs que si elle peut les convaincre qu’elle a été victime d’un certain pessimisme ambiant, mais qu’elle dispose en fait de nombreux atouts pour une reprise. Un élément catalytique, tel qu’un Brexit doux, peut suffire à rétablir la confiance.

À la veille des élections européennes, on peut imaginer que l’Europe est consciente des défis à venir et déterminée à exclure une récession.

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