La reconstruction passera par un nouveau contrat social

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Pour l’avenir, il faut réfléchir à un nouveau contrat social impliquant les syndicats et les travailleurs, les fédérations et les entreprises, l’Etat et les consommateurs. Les entreprises doivent pouvoir prendre des mesures temporaires pour éviter des situations définitives telles qu’un licenciement collectif ou autres restructurations.

Le monde, l’Europe et la Belgique sont plongés dans une crise sans précédent. Ce que nous vivons aujourd’hui, nous ne l’avons jamais vécu auparavant. La réalité a dépassé la fiction. Il y a là matière à réflexion pour chacun de nous. Pour aujourd’hui, et surtout pour demain.

Herman Craeninckx

Avocat associé Strelia Avocats

 

Aujourd’hui, nous avons (re)découvert que rien n’est impossible, surtout pas le pire, qu’aucun droit ne nous est acquis, pas même le droit à la vie. Nous avons brutalement quitté notre bulle où nous pensions que rien ne pouvait nous arriver. Cela doit nous appeler à montrer davantage d’humilité et à nous interroger sur les vraies valeurs que nous voulons pour la société qui sortira de cette crise.

Nous devons viser un meilleur équilibre moral et matériel. Equilibre moral, car nous avons déjà compris que les valeurs comme la santé, la famille, les liens humains sont fondamentalement et profondément ancrés en chacun de nous. Equilibre matériel aussi, car nous allons inéluctablement vers une période difficile, voire très difficile, sur le plan économique. Certaines entreprises auront du mal à se relever, d’autres ne se relèveront pas.

Dès le début des mesures de confinement, les entreprises qui le pouvaient ont rapidement mis en place des mesures de protection de leurs travailleurs, en premier lieu, pour assurer leur protection physique pour les métiers de contact et pour les autres en accélérant la flexibilité des heures de travail ou en implémentant le plus vite possible le télétravail.

Blocages et tabous

"La solution que je préconise consisterait en une plus grande flexibilité dans les conditions et modalités de travail notamment en matière d’avantages rémunératoires de temps de travail, et de lieu de travail."
Herman Craeninckx
Avocat associé Strelia Avocats

Alors qu’en temps ordinaire, il faut souvent des mois de concertation sociale pour faire bouger les choses dans les relations sociales ou pour mettre en place de nouvelles conditions de travail, l’urgence absolue a permis de trouver rapidement des solutions efficaces et de bon sens. Gouvernement, syndicats, employeurs ont été en mesure de s’entendre et de faire bouger les choses. On pense notamment à la flexibilité en matière de télétravail ou d’heures supplémentaires, la mobilité intra-groupe ou externe pour renforcer les entreprises ou services surchargés, le report des charges sociales ou encore la simplification des procédures pour l’introduction du chômage temporaire.

On jugera évidemment regrettable que seule une pandémie mondiale ait pu avoir raison des blocages et des tabous. Un peu, triste comparaison, comme les canaux de Venise ont retrouvé leur limpidité en quelques jours d’inactivité touristique, ce que personne n’aurait jamais osé imposer en temps normal.

Mais essayons de voir le verre à moitié plein. Les choses peuvent bouger, et bouger rapidement.

C’est un point positif pour l’avenir. Car il faut préparer l’avenir dès aujourd’hui. A la sortie du confinement, la société va se retrouver dans une situation transitoire pendant laquelle il faudra se reconstruire et où chacun devra faire des efforts. Ce n’est qu’ensuite que nous pourrons revenir à la normale.

Si pour certaines entreprises, les activités reviendront rapidement à la normale et la crise ne sera plus qu’un lointain souvenir, d’autres entreprises seront encore plongées dans de grandes difficultés pour de longs mois à venir.

Pour ces dernières, il faudrait trouver des solutions temporaires et exceptionnelles pour qu’elles puissent retrouver une santé financière sans devoir procéder à des licenciements collectifs ou des fermetures.  Ces solutions impliqueraient bien entendu un effort de la part de chaque composante de la société.

Nouveau contrat social

Pour l’avenir, il faudra donc réfléchir à un nouveau contrat social impliquant les syndicats et les travailleurs, les fédérations et les entreprises, l’Etat et les consommateurs. Les entreprises doivent pouvoir prendre des mesures temporaires pour éviter des situations définitives telles qu’un licenciement collectif ou autres restructurations. La solution que je préconise consisterait en une plus grande flexibilité dans les conditions et modalités de travail notamment en matière d’avantages rémunératoires de temps de travail, et de lieu de travail.

Voilà pour l’effort des travailleurs. Je vois personnellement dans cette crise dramatique une opportunité de transformer la " vieille " concertation sociale basée sur des intérêts opposés et qui date des années 60, en une concertation reposant sur des droits et des intérêts alignés où des CCT d’entreprise auront si nécessaire priorité sur des CCT sectorielles ou nationales.

L’effort des pouvoirs publics consisterait à exonérer des cotisations de sécurité sociale une partie des rémunérations ou à diminuer l’imposition sur les revenus.

Quant aux entreprises, je proposerais qu’elles réservent de manière permanente une partie de leurs bénéfices aux travailleurs en contrepartie de leur flexibilité.

Et le consommateur dans tout cela ? Il aurait aussi son rôle à jouer. Il faudra en effet se poser des questions sur les délocalisations à l’étranger qui ont été opérées ces dernières décennies, essentiellement pour des raisons de coût de la main d’œuvre. Certains secteurs ne devraient-ils pas être relocalisés ? Je pense par exemple au secteur textile (faut-il rappeler la situation dans laquelle nous met le manque de masques de protection ?), à l’électronique, à la technologie, voire au secteur de la santé, très bien représenté en Belgique mais qui pourrait certainement encore être développé. Evidemment, la production locale a un prix, les salaires sont plus élevés et les normes plus strictes en Europe, et donc les produits seraient potentiellement plus chers. C’est là que se situerait le rôle, sociétal, des consommateurs.

S’il y a une conclusion réconfortante à tirer de l’expérience terrible et traumatisante que nous vivons actuellement, c’est celle-ci : nous pouvons être plus forts, plus flexibles et plus créatifs que nous ne le pensions.

Même dans les relations sociales, rien n’est impossible à condition d’être courageux, respectueux et déterminé.

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